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Société. Le port du chapeau : entre mode, identité et langage social

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Que nous raconte le port du chapeau sur nous-même et le monde qui nous entoure ? Pourquoi le chapeau fait-il partie de nos accessoires depuis des temps immémoriaux ? D’où lui vient cependant ce côté intemporel ? Nous allons axer notre réflexion sur ces quelques points dans les lignes qui suivent.

Le port du chapeau : entre mode, identité et langage social
Dès l’apparition des premières religions, le port du chapeau est associé au spirituel et au divin. Dans l’Égypte antique, le pharaon portait le némès, « coiffe rayée verticalement avec des pans retombant devant de chaque côté de la tête ». (Image : wikimedia / en:User:MykReeve, CC BY-SA 3.0)

Le port du chapeau, une histoire ancienne

L’histoire du chapeau tout comme celle de l’humanité est fort ancienne. Un dessin représentant un homme portant ce couvre-chef a été retrouvé dans une grotte. Le dessin date de 15 000 ans avant notre ère. Rappelons la définition du mot « chapeau ».

Selon l’Encyclopédie Universalis, c’est une « coiffure en feutre, en tissu ou en paille placée au-dessus de la tête pour la protéger du soleil, de la pluie, du froid, du vent, etc.

Par ailleurs dès l’apparition des premières religions, le port du chapeau est associé au spirituel et au divin. Dans l’Égypte antique, le pharaon portait le némès, « coiffe rayée verticalement avec des pans retombant devant de chaque côté de la tête ». Selon la même source, le site HISTOPHILE.com, « Pharaon était le seul à pouvoir porter cette coiffe de tissu rayée verticalement (souvent blanche et rouge) qui couvrait son front, tombait derrière sa nuque et dont deux pans retombaient devant de chaque côté de sa tête. » 

Dans la Rome antique, au contraire, le pileus, sorte de bonnet était réservé au peuple. Il passe pour être l’ancêtre du bonnet phrygien. Quant au pétase porté par les Grecs, il annonçait le chapeau à large bord. Agriculteurs et voyageurs se partageaient l’usage de cette coiffe pour se protéger du soleil.

Le chapeau devient un marqueur social

Au fil des siècles, la fonction purement utilitaire de l’antique couvre-chef va se transformer pour devenir un marqueur social au langage codé.

Au Moyen Âge, si le chapeau continue à jouer un rôle utilitaire notamment en protégeant les paysans du soleil et de la pluie, les plus fortunés arborent non pas des capuchons en feutre mais de véritables chapeaux plus élaborés et confectionnés dans des matières plus recherchées que le feutre.

Durant la Renaissance, le port du chapeau apparaît plus nettement comme un signe extérieur de richesse. La noblesse en particulier a l’art d’orner les couvre-chefs à l’aide d’accessoires plus somptueux les uns que les autres : les plumes, rubans et autres ornements sont la marque de l’élégance masculine. Les coiffes féminines ne sont pas en reste : de plus en plus raffinées, elles incarnent les tendances esthétiques contemporaines.

Quant au XVIIIe siècle, il accorde au chapeau un rôle plus politique avec la mode du bonnet phrygien et du tricorne cher aux révolutionnaires et à la noblesse.

Le port du chapeau : entre mode, identité et langage social
 Du temps de l’âge d’or du chapeau, les chapeaux melons, les canotiers fleurissent chez les hommes tandis que les femmes exhibent les chapeaux à plumes les plus extravagants. (Image : wikimedia / See page for author / Domaine public)

L’âge d’or du chapeau

Le XIXe siècle est souvent considéré comme l’âge d’or du chapeau. Le développement de l’industrialisation favorise une productivité remarquable des coiffes et autres couvre-chefs tout en laissant la place à un artisanat de qualité. Les observateurs estiment plus largement que durant la période comprise entre les années 1890 et 1930 la chapellerie atteint son apogée. 

Des chapeliers de renom occupent le terrain, souvent relayés par les modistes faisant preuve d’une grande créativité. D’autant que le port du chapeau est quasi incontournable aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Sortir sans son chapeau est inimaginable : c’est une question de respectabilité, pour les femmes en particulier. Une femme qui sort « en cheveux » est une femme de « mauvaise vie ». L’extrait suivant, issu du site cairn.info nous en dit long sur le point de vue de l’époque :

« Le chapeau et autres couvre-chefs (fichu, charlotte, coiffe, bonnet, etc.) ont longtemps été un accessoire indispensable pour les femmes évoluant hors de leur domicile. (…) Il s’agit de couvrir la tête. Pourquoi couvrir cette partie du corps ? (…) En effet, si aujourd’hui le chapeau peut apparaître comme un objet de luxe voire superflu, jusqu’aux années 1960, il appartenait au vestiaire des femmes. Il se portait en extérieur pour se protéger des intempéries autant que pour cacher ses cheveux ».

Le port du chapeau : entre mode, identité et langage social
Au début du XXe siècle, les femmes adoptent le chapeau cloche, signe d’une certaine libération. (Image : wikimedia / Bain News Service / Domaine public)

Les chapeaux melons, les canotiers fleurissent chez les hommes tandis que les femmes exhibent les chapeaux à plumes les plus extravagants. Toutefois, au début du XXe siècle, les femmes adoptent le chapeau cloche, signe d’une certaine libération.

Déclin et renaissance

À partir des années 1970, le port du chapeau montre des signes d’essoufflement. L’émancipation féminine, les nouveaux modes de vie et styles vestimentaires ont fait du chapeau un accessoire plus optionnel qu’obligatoire. Le chapeau ne se portait plus que dans des cérémonies officielles ou pour se mettre à l’abri. 

Depuis quelques décennies cependant, la tendance est inversée. Le port du chapeau a retrouvé ses lettres de noblesse auprès de la jeune génération qui l’avait délaissé. Symbole d’élégance et d’identité, il reste un élément essentiel de la mode et du savoir-faire à la française.

Collaborateur Evelyne Boilève

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