La loi sur l'aide à mourir votée en cette mi-juillet 2026 perturbe profondément la conscience de nombreux Français. Elle ébranle leur confiance dans le corps médical, qui sera autorisé, si la loi est promulguée, à fournir ou à administrer des produits létaux pour mettre fin à la vie d'une personne, sur sa demande. Dans une souffrance physique ou morale extrême, quelle liberté de conscience le patient aura-t-il pour prendre une décision aussi radicale et irréversible ?
Un patient dans une souffrance physique ou morale extrême, peut-il avoir une conscience éclairée et prendre une décision réfléchie, assumée, quand son entière volonté est d'arrêter la souffrance ?
La dénomination de la loi sur l'euthanasie et le suicide assisté, apparaît comme une recherche de novlangue, pour tenter d'adoucir un acte violent en lui-même ? Elle a changé plusieurs fois de nom au cours des derniers mois : « assistance médicale à mourir », « aide active à mourir », et enfin « aide à mourir ». Aider à mourir, c'est imprécis, cela peut même sembler bienveillant, qu'y a-t-il à reprocher là-dedans ?
Le développement et la pratique des soins palliatifs mis en concurrence, face à la pratique de l'aide à mourir?
Les soins palliatifs sont un véritable soutien pour terminer sa vie dignement en atténuant la souffrance. On établit une relation respectueuse avec la personne en fin de vie. Le patient est accompagné par le personnel médical, de façon personnalisée avec une présence, une écoute empathique, des pratiques et des soins adaptés.

Les soins palliatifs ont été créés en France à la fin du siècle dernier, avec l'élaboration de pratiques et de traitements efficaces dans le soulagement de la souffrance physique ou morale. Ils suppléaient à une impuissance de la médecine face aux grandes souffrances qui pouvaient engendrer des pratiques euthanasiques non déclarées.
Dans son article Soins palliatifs et euthanasie : pourquoi les deux modèles ne peuvent pas cohabiter, sur fr.aleteia.org, l'auteur Elisabeth de Courrèges affirme: « les services de soins palliatifs français ont appris à bien s’entourer, en s’appuyant sur des professions paramédicales variées, en laissant une place considérable à l’entourage, à la musique, à l’art, à la spiritualité, en affinant les protocole de soins ou d’arrêts de soins, en maintenant une ouverture sur la cité ».
Cependant, les soins palliatifs n'ont pas été assez développés ces dernières années en France, et environ la moitié des patients qui en auraient besoin en fin de vie n'y ont pas accès. La loi sur l'euthanasie et le suicide assisté ne va pas, semble-t-il, favoriser le développement des soins palliatifs.
Les statistiques d'autres pays : un recours inquiétant à l'euthanasie pour des enfants aussi et des personnes atteintes de troubles psychiatriques
Le Canada, la Belgique et les Pays-Bas, ayant adopté des lois sur l'euthanasie ou le suicide assisté depuis plusieurs années montrent un recours de plus en plus fréquent à cette façon de mourir. En 2024, 5,1% des personnes décédées au Canada ont reçu l'aide médicale à mourir. En Belgique en 2025, ce sont 4% des décès, soit 12 euthanasies en moyenne par jour.

Aux Pays-Bas, l'euthanasie est pratiquée depuis 2001. En 2025, 6% des décés sont dûs à l'euthanasie dans ce pays. En 2024, 427 personnes atteintes de démence ont été euthanasiées, 219 cas liés à des troubles psychiatriques. L'euthanasie des enfants de 1 à 12 ans est possible depuis février 2024, sur simple décision gouvernementale, selon les informations de l'article Bilan de l'euthanasie aux Pays-Bas : de 2001 à 2023, du site alliancevita.org .
Le souhait de certains patients confrontés à une extrême souffrance
Il n'est pas rare que les soignants soient confrontés au souhait de certains malades de mourir pour abréger leur souffrance. La réponse des soignants était jusqu'à maintenant en accord avec le serment d'Hippocrate : soulager les souffrances et ne pas provoquer délibérément la mort.
La loi sur l'euthanasie et le suicide assisté rend maintenant cette réponse plus difficile, puisque le patient, si la loi est promulguée, pourra désormais faire une demande pour mettre fin à ses jours. La tentation d'y avoir recours pourrait être forte, surtout pour les personnes n'ayant pas d'attaches familiales ni de croyances religieuses dans leur vie. À quoi bon vivre encore si c'est pour souffrir à l'extrême ?
Si le personnel soignant peut envisager d'avoir recours aux soins palliatifs pour répondre à la détresse du patient, ce serait alors la meilleure solution pour tous.
L'auteur Élisabeth de Courrèges dit aussi : « Je continuerai de croire que la présence des proches (et même des moins proches), participe à part entière au soin de la personne en situation de fragilité, lui restaurant son sentiment d’existence, d’appartenance et de dignité ».

S'il n'y a pas de possibilité de soins palliatifs à proximité, le patient sera tenté de demander à mourir. Beaucoup d'hommes et de femmes en France, beaucoup de jeunes ont abandonné la croyance en Dieu. La société matérialiste et les tendances de la culture contemporaine ont conduit peu à peu les gens vers l'athéisme.
La mort est peut-être un passage, une étape, une transformation ? C'est la conscience de chacun qui peut s'y éveiller et y répondre. Est-ce à nous de décider notre moment de quitter ce monde? Si nous souffrons, ne peut-il pas y avoir une raison aussi à cette souffrance ?
Les choses ne sont peut-être pas aussi simples qu'on le souhaiterait : on absorbe un produit létal, et on serait tranquille pour l'éternité ? Rien ne le prouve. Qui sait ce que nous réserve l'au-delà ?
Le gouvernement d'un pays et les parlementaires peuvent-ils moralement proposer une loi si controvesée ?
Une question se pose à laquelle il sera difficile, et peut-être impossible, de répondre : comment fixer des critères de mesure fiables pour évaluer la souffrance et décider si quelqu'un peut, ou ne peut pas, accéder au droit à mourir ?
Dans cette loi, peut apparaître aussi un enjeu économique. Évidemment, cela n'est pas mis en avant par les promoteurs de la loi. Cependant le coût de la programmation d'une mort, de la dose de produit létal et de l'exécution du patient ne devrait-il pas être bien moindre que le long séjour d'une personne en soins palliatifs ?

L'euthanasie et le suicide assisté ont, peut-être, en commun avec les soins palliatifs, le même but de soulager la douleur du patient. Mais évidemment le résultat est fondamentalement différent.
D'un côté une personne meurt volontairement pour fuir la souffrance ou une vie qui n'a plus de sens pour elle. Peut-être même fuit-elle cette situation dévalorisante d'être à charge de sa famille et du pays. Elle est accompagnée des pleurs et peut-être des regrets de sa famille.
De l'autre côté, une personne vivante, lucide, qui respecte son destin, entourée par les siens, par des amis ou par des soignants dévoués. Elle vit sa vie jusqu'au bout, car elle sait intuitivement que la vie est sacrée et mystérieuse, et que ce n'est pas elle de décider quand elle doit quitter ce monde.
Pouvons-nous abandonner les personnes fragiles et ne plus leur donner ce dont ils ont le plus besoin pour vivre : notre protection et notre amour ?
Louis Bouffard, auteur et conférencier âgé de 26 ans, est atteint d'une maladie dégénérative, la myopathie de Duchenne, qui touche l'intégralité de ses muscles. Son état physique se dégrade peu à peu depuis ses plus jeunes années Cependant il se bat pour vivre jusqu'au bout et prend position contre la loi sur l'aide à mourir.
Il expose sa vision de la loi sur l'aide à mourir dans une vidéo publiée en janvier 2026 sur le site fr.aleteia.org. Il commence par ces mots : « Ce que je demande à la société, ce n'est pas de m'aider à mourir, mais c'est d'aider, de nous aider tous à vivre. »
Il explique lucidement que ce seront les plus pauvres et les plus isolés qui auront recours à l'aide à mourir. Il a aussi observé à l'étranger qu'un cadre strict de la loi, avec des garde-fous, « ne tient pas très longtemps (…), pour moi c'est très grave et je ne peux l'accepter ».

Louis clame que, malgré sa maladie, la vie est belle et il veut la vivre. Il a cette inquiétude, avec cette loi, de devenir éligible à l'aide à mourir, mais c'est surtout pour d'autres qu'il est inquiet. Il sait qu'il a la chance d'être entouré par sa famille et de pouvoir accéder aux soins.
Mais qu'en sera-t-il des personnes isolées, sans famille ou qui n'auront pas les moyens d'être accompagnées et soulagées. Pour Louis, « cette loi serait une injustice qu'on ne peut accepter aujourd'hui dans notre pays. »
Louis termine par un appel émouvant : « Quelle société voulons-nous pour demain. Une société qui soulage, qui accompagne, qui garantit à chacun les conditions d'une vie digne, d'une vie où chacun a sa place dans la société, ou au contraire, voulons-nous une société qui abandonne les plus fragiles et les plus vulnérables ? »
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