Les rudiments du chinois classique : le latin de l’Asie de l’est (1ère partie)

Le 27/03/2020
Zhao Mengfu a écrit le Conte de la Déesse de la rivière Luo. (Photo : Shenyunperformingarts.org)
Zhao Mengfu a écrit le Conte de la Déesse de la rivière Luo. (Photo : Shenyunperformingarts.org)
 

Les gens peuvent penser que le chinois n’est qu’une seule et même langue. En réalité, il existe des centaines de dialectes parlés à travers la Chine, nombreux sont incompréhensibles les uns des autres, et il y a même des subdivisions dans les dialectes. La plupart des gens pensent en premier au mandarin, bien que le cantonais a aussi un grand nombre de locuteurs, notamment au sud de la Chine, à Hong-Kong et dans les Chinatown du monde entier.

Avec une telle diversité de langues, comment les gens ont-ils réussi à communiquer ? Malgré les différences de prononciation, de grammaire et de langage vernaculaire, un dialecte a été normalisé dans toute la Chine et s’étend même à d’autres pays de l’Asie de l’Est : le chinois littéraire ou classique.

Dérivé du chinois parlé de la Dynastie pré-Qin (221-207 A.E.C), le chinois classique s’est progressivement séparé du langage courant, développant ainsi sa propre écriture formelle et littérature classique. 
 

Une langue uniquement écrite

Dans le chinois moderne, la plupart des mots comprennent au minimum deux caractères qui, ensemble, révèlent une signification particulière. Prenez le caractère 文 (Wén), par exemple. Quand il est combiné avec le caractère 化 (Huà), il devient 文化 signifiant «culture». Quand il est combiné avec 件 (Jiàn), il devient 文件, signifiant «document» et avec 字 (), il devient 文字, signifiant «langue écrite

Mais, dans le chinois classique, la plupart des mots ont un seul caractère et peuvent être librement utilisés comme différentes particules du langage. Ainsi 文 se réfère à tous les exemples ci dessus. Il pourrait aussi signifier civil, par opposition à martial. Il décrit une personne comme douce ou savante ou peut même être le nom de quelqu’un. Les indices se trouvent dans le texte environnant et il appartient au lecteur de déchiffrer la signification correspondante.

文言文 (Wén Yán Wén) est le terme chinois pour «le chinois classique

Voyez comme on retrouve 文 en premier et troisième caractère. Ainsi, le terme lui-même reflète un des concepts les plus importants dans le chinois classique : l’interprétation variable.

En effet 文言文 révèle une myriade de possibilités. «Un document qui parle de l’écriture» serait une possibilité. «L’écriture élégante» en serait une autre. Ou, peut-être «un texte sur la façon d’être une personne douce et gentille.» Ou cela pourrait être «un rapport de ce qu’avait dit Me Wen» ou même «M. Wen parle de littérature.» Mais généralement 文言文 signifie «l’écriture littéraire.»

Comme le chinois est une langue où beaucoup de mots ont la même prononciation mais des écritures différentes, cela mènerait à une grande confusion de parler en chinois classique. Voyons 文 (Wén) de nouveau. Il se prononce de la même façon que 聞, pour entendre 紋, le grain du bois 蚊, le moustique… et la liste continue.

En écrivant le chinois classique, il n’y a aucune ambiguïté dans la signification du caractère et le lecteur a le temps de le considérer dans son contexte. Une fois parlée, les malentendus sont presque immédiats.

Alors, comment se fait-il que la Chine, la Corée, le Japon et le Viêt-Nam aient tous utilisé le chinois classique comme langue écrite officielle pendant des milliers d’années ? Dans mon prochain blog, je présenterai quelques théories. J’essayerai aussi de vous donner une idée des prononciations du chinois classique (ou plutôt des écritures).


Source : https://fr.shenyunperformingarts.org/