Le vieillard persévérant déplace les montagnes

Par Bei Jiu
Le 04/12/2020
Montagne Taihang. Peint par Yun Shou Ping, dynastie Qing (1644-1911). (Image : Musée national du Palais, Taipei / @CC BY 4.0)
Montagne Taihang. Peint par Yun Shou Ping, dynastie Qing (1644-1911).
(Image : Musée Nationale du Palais de Taiwan / @CC BY 4.0)
 

Dans l’antiquité, comment un vieillard chinois persévérant mais considéré comme un idiot obtint l’aide des cieux grâce à sa diligence et parvint à déplacer les montagnes hautes de vingt-sept mille mètres près de chez lui ?

Taihang et Wangwu sont deux grandes montagnes d’un diamètre de 350 kilomètres et d’une hauteur de vingt-sept mille mètres environ, situées au sud de la province du Hebei et au nord du fleuve Jaune.

Un vieil homme du nom de Yu Gong (littéralement : vieillard idiot) âgé de 90 ans, habitait au pied de ces montagnes avec sa famille. Il devait faire des détours pour aller et venir car les chemins n’étaient pas très praticables, et c’était difficile. Il réunit toute la famille et lui demanda : « Si nous enlevions ces deux montagnes pour accéder directement à la province du Henan et jusqu’à la rivière Han. Est-ce que ça pourrait marcher d’après vous ? »  La famille entière fut d’accord.

Seule sa femme exprima des doutes et lui demanda : « Avec si peu de force, vous ne parvenez même pas à déplacer une petite colline, comment comptez-vous niveler les deux grandes montagnes, Taihang et Wangwu? En plus, où mettrez-vous tous ces déblais ? »

La famille suggéra : « Jetons une partie des gravats à côté de Bohai et l’autre partie à Yintu, au nord-est de la Chine. »

Ainsi, Yu Gong a conduit trois de ses fils pour déterrer et casser les blocs de terre, ciseler les pierres, porter les fardeaux, utiliser des pelles à poussière et des paniers pour transporter le tout vers la mer de Bohai. Sa voisine, la veuve de M. Jingcheng, mère d’un enfant de sept ans, est également venue, en claudiquant, pour les aider. Ils ne pouvaient faire qu’un seul aller-retour entre l’hiver et l’été.

Un vieil homme du nom de Zhi Sou (littéralement : vieillard sage), qui habitait en bordure du fleuve jaune, a vu que Yu Gong, ses enfants et ses petits-enfants creusaient les montagnes inlassablement, alors il l’a taquiné et a essayé de le dissuader  « tu es tellement stupide. A ton âge et avec si peu de force, tu ne peux même pas retirer un brin de chaume, que peux-tu faire avec toute cette boue et ces pierres ? »

 

Le vieillard fou déplace les montagnes. (Image : Li Zhi / Vision Times France)
Le vieillard fou déplace les montagnes. (Image : Li Zhi / Vision Times France)
 

Yu Gong soupira longuement et dit : « Vous êtes têtu, si têtu que vous ne pouvez pas changer d’avis, pire qu’une veuve ou un orphelin. Même si je meurs, il y aura toujours mes fils! Mes fils auront des fils, ces petits-fils auront également leurs fils et ainsi de suite, c’est sans fin! La montagne capitulera. On creuse un peu, et on réduit un peu la montagne, alors pourquoi m’inquiéter de ne pas pouvoir la niveler ? » Zhi Sou qui habitait en bordure du fleuve jaune resta sans voix.

Le dieu de la montagne entendit ce que Yu Gong disait, et craignant que celui-ci ne continue à creuser, il rapporta l’affaire à l’Empereur du ciel. Ému par la persévérance de Yu Gong, l’Empereur du ciel envoya les deux fils de Quar’e, une divinité géante chinoise d’une force incroyable, pour déplacer ces deux montagnes et les porter ailleurs : l’une à l’est de Shuofang et l’autre au sud de Yongzhou. Dès lors, du sud de la province du Henan jusqu’à la rive sud de la rivière Han, il n’exista plus de barrière montagneuse.


Traduit par Jessica Wang

Source : Liezi – Tangwen (列子·湯問篇), par Lie Yukou (450 av. J.-C. - 375 av. J.-C), période des Printemps et des Automnes ou des Royaumes combattants