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Sagesse. Zhuge Liang enseigna à son fils la vertu à l’aide 86 caractères chinois

CHINE ANCIENNE > Sagesse

Zhuge Liang, le célèbre stratège de l’époque des Trois Royaumes, conseilla à son fils de se contenter de peu et de cultiver la sérénité. Vingt-neuf ans plus tard, ce dernier refusa un titre princier.

En 234 ap. J.-C., la santé de l’homme d’État et stratège Zhuge Liang déclinait après de nombreuses années de service dévoué et désintéressé auprès de l’empereur Liu Bei de la dynastie Han : notamment en tant que régent pour son fils adolescent, Liu Shan. Incapable de s’occuper personnellement de son fils, il rédigea un court texte d’instructions à l’intention du garçon de huit ans avant de mourir. Il l’intitula Conseils à mon fils.

Zhuge Liang enseigna à son fils la vertu à l’aide 86 caractères chinois
Les conseils de Zhuge Liang, quant à eux, mettent l’accent sur le développement du caractère. Sans doute influencé par la faiblesse du leadership de Liu Shan, Zhuge Liang espérait que son propre fils atteindrait la grandeur en menant une vie exemplaire. (Image : wikimedia / Zhang Feng / Domaine public)

« L’homme de noble caractère se cultive par le silence et nourrit sa vertu par la frugalité. Sans indifférence à la gloire et au gain, nul ne peut définir clairement son dessein. Sans paix intérieure, nul ne peut aller loin. L’apprentissage requiert la quiétude de l’esprit, et le talent requiert l’apprentissage. Sans apprentissage, point de développement des talents, sans détermination, point de maîtrise de son savoir. La paresse et l’oisiveté sapent la volonté d’agir, l’imprudence et l’impatience laissent le tempérament ingrat. Les années filent et la détermination s’étiole avec les jours, jusqu’à ce que l’on se flétrisse comme une feuille morte, inutile au monde, se lamentant dans une misérable chaumière. Dès lors, que peut-on faire ? ».

Bien que composée de seulement 86 caractères chinois, Conseils à mon fils de Zhuge devint après avoir été transmise à son fils, une œuvre de sagesse célèbre, étudiée et analysée par des générations d’érudits.

Comprendre les conseils de Zhuge Liang

Si les parents souhaitent toujours le meilleur pour leurs enfants, leurs conseils portent souvent sur la réussite financière et la reconnaissance. Les conseils de Zhuge Liang, quant à eux, mettent l’accent sur le développement du caractère. Sans doute influencé par la faiblesse du leadership de Liu Shan, Zhuge Liang espérait que son propre fils atteindrait la grandeur en menant une vie exemplaire.

L’importance de la tranquillité (静 jing)

L’un des thèmes majeurs des conseils de Zhuge Liang est le jing, la quiétude de l’esprit. Ce concept est en accord avec la philosophie chinoise traditionnelle et la philosophie occidentale.

Le classique confucéen La Grande Étudesouligne l’importance de la « quiétude » dès son premier verset : « Savoir s’arrêter permet d’être résolu, être résolu permet d’être calme, être calme permet d’être en paix, être en paix permet de délibérer, délibérer permet d’atteindre. »

Pendant des siècles, les érudits confucéens et taoïstes ont préconisé d’apaiser l’esprit en s’asseyant en silence pour apprendre et atteindre la sagesse.

En Occident, la Théorie des Formes de Platon suggère que la véritable connaissance provient d’un état de calme et de contemplation, tandis que l’empereur et philosophe romain Marc Aurèle insistait sur la nécessité du silence intérieur dans ses Pensées pour moi-mêmeou Méditations.

Zhuge Liang enseigna à son fils la vertu à l’aide 86 caractères chinois
Un esprit serein est ce qui vous porte le plus loin (宁静致远 Níng jìng zhì yuǎn).– Proverbe tiré de l’enseignement de Zhuge Liang. (Image : wikimedia / anonymous / Domaine public)

Cultiver la frugalité et le détachement pour atteindre la tranquillité

Bien que l’on associe souvent la frugalité à l’avarice, ici, cette qualité est liée à l’autodiscipline. Faire preuve de maîtrise de soi et se détacher des biens matériels est essentiel pour un esprit clair et serein.

Un esprit serein est ce qui vous porte le plus loin (宁静致远 Níng jìng zhì yuǎn).– Proverbe tiré de l’enseignement de Zhuge Liang.

Dans le Tao Te Ching, Lao Tseu affirmait qu’« il n’y a pas de plus grand malheur que d’être mécontent de son sort ». Le désir de gloire et de gain ne fait que distraire et troubler l’esprit. Zhuge Liang lui-même vivait selon ce principe. Malgré sa position éminente, il se contentait de ses « 800 mûriers et de ses 15 acres de terres pauvres à Chengdu » et ne cherchait pas à accroître sa fortune dans d’autres activités commerciales.

Ainsi, la tranquillité n’est pas un état passif. Elle se cultive activement en résistant aux tentations de la gloire et de la fortune. C’est ainsi que l’on peut reconnaître et réaliser ses véritables aspirations.

La tranquillité est le fondement de l’apprentissage

Zhuge Liang souligne à nouveau l’importance du calme intérieur en matière d’apprentissage et de développement. Un esprit paisible est nécessaire à la fois pour définir ses aspirations (qui donnent la détermination d’apprendre) et pour apprendre efficacement. Pour réaliser son potentiel, la tranquillité est le fondement, l’apprentissage le chemin et l’ambition la direction ; ces trois éléments sont indispensables.

Éviter la complaisance et l’imprudence

L’avertissement de Zhuge Liang mentionne également les défauts qui nuisent à la formation du caractère. La complaisance, l’oisiveté, l’imprudence et l’impatience témoignent d’un manque de discipline. La négligence conduit au manque d’efforts. L’impulsivité, quant à elle, risque de mener à des décisions hâtives et insensées.

Ne tarder pas à cultiver la vertu

Enfin, Zhuge Liang conclut par un plaidoyer émouvant, reflétant sa plus profonde inquiétude. Il savait que sa propre gloire mettrait son fils sous les feux de la rampe, ce qui pourrait le rendre arrogant et suffisant, le détournant de la culture de la vertu. Zhuge Zhan a-t-il écouté les paroles de son père ?

Influence sur Zhuge Zhan

Les habitants de Shu favorisaient sans aucun doute Zhuge Zhan par amour pour son père. Pourtant, le jeune garçon n’en demeurait pas moins talentueux et compétent : doué pour la calligraphie et la peinture, et doté d’une mémoire remarquable.

Les Chroniques officielles des Trois Royaumesrapportent qu’il s’attribuait souvent le mérite de politiques qu’il n’avait pas proposées et que sa réputation surpassait ses réalisations réelles. Mais finalement, il suivit les traces de son père.

En 263, Deng Ai, général du royaume rival de Wei, parvint à Mianzhu et envoya une lettre proposant à Zhuge Zhan le titre de prince de Langya s’il se rendait. Face à la gloire et aux gains que son père lui avait conseillé de refuser, Zhuge Zhan fit exécuter l’envoyé, mena ses troupes au combat et mourut finalement sur le champ de bataille aux côtés de son fils aîné, Zhuge Shang.

Il rejeta la gloire et la fortune, et préserva la vertu.

Sagesse intemporelle

L’Admonition à mon filsou Conseils à mon fils de Zhuge Liang est devenue un guide classique de développement personnel, car elle révèle une vérité qui transcende le temps : la véritable essence d’une personne ne réside pas dans ce qu’elle peut acquérir, mais dans sa capacité à préserver son intégrité morale. En seulement quatre-vingt-six caractères, il a exposé la méthode pour cultiver la vertu : commencer par la tranquillité, la cultiver par la frugalité, l’enrichir par l’apprentissage et la guider par l’ambition.

Zhuge Liang enseigna à son fils la vertu à l’aide 86 caractères chinois
L’Admonition à mon fils ou Conseils à mon filsde Zhuge Liang est devenue un guide classique de développement personnel, car elle révèle une vérité qui transcende le temps : la véritable essence d’une personne ne réside pas dans ce qu’elle peut acquérir, mais dans sa capacité à préserver son intégrité morale. (Image : wikimedia / 周曰校(Before 1640 / Domaine public)

Pertinence contemporaine

À l’ère du numérique, du multitâche et de la surcharge informationnelle, il nous est de plus en plus difficile de maintenir un esprit clair et concentré. L’universitaire et auteur Cal Newport a indiqué dans son ouvrage Deep Workque la capacité à se concentrer sur une tâche complexe pendant une période prolongée est devenue l’une des compétences les plus rares et les plus précieuses de notre époque.

Pour une solution pertinente et éclairante, il suffit de se pencher sur une lettre vieille de 1 800 ans, écrite par un père soucieux à son fils.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : Zhuge Liang Taught His Son to Uphold Virtue in 86 Characters

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