Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont le Centre des droits de l’homme de Hong Kong (HKCHR), Amnesty International et Hong Kong Watch, ont soumis des rapports et des déclarations écrites au Comité des droits de l’enfant (CDE) des Nations Unies, critiquant publiquement le gouvernement de Hong Kong pour ce qu’elles qualifient de violations des droits de l’enfant.
Le Centre des droits de l’homme de Hong Kong (HKCHR), organisation de défense des droits de l’enfant basée à l’étranger, a annoncé mardi 4 août sur Facebook avoir soumis un rapport au Comité des droits de l’enfant (CDE) des Nations Unies détaillant ce qu’il considère comme une série de violations des droits humains commises par le gouvernement de Hong Kong à l’encontre d’enfants et de jeunes.
Le Centre des droits de l’homme de Hong Kong souligne que son Comité avait demandé au gouvernement de Hong Kong de soumettre son rapport officiel avant la fin mars 2019, mais que ce dernier ne l’a fait qu’en 2023, retardant considérablement l’examen par le Comité de la protection des droits de l’enfant à Hong Kong.
« Treize ans, c’est beaucoup trop long pour qu’un gouvernement puisse échapper à un examen indépendant de la manière dont il traite les enfants. Ce rapport soumet ce bilan au Comité et demande à l’État partie d’en répondre », a déclaré un porte-parole de la Commission des droits de l’homme de Hong Kong (HKCHR).
La répression gouvernementale n’aurait pas respecter les droits des mineurs
Avec ce rapport, le Centre des droits de l’homme de Hong Kong, met en lumière le siège de l’Université polytechnique de Hong Kong en novembre 2019, lors des manifestations antigouvernementales, et souligne qu’un grand nombre de mineurs se sont retrouvés piégés sur le campus. Cet incident a déclenché des opérations de secours d’urgence menées par divers secteurs de la société, et plusieurs directeurs d’établissement scolaire sont intervenus dans des négociations qui ont finalement permis à environ 300 mineurs de quitter le campus sains et saufs.
Dans ce rapport le Comité allègue également que le gouvernement de Hong Kong a fait un usage abusif du système de protection de l’enfance en demandant à la police d’invoquer des ordonnances de placement ou de protection en vertu de l’ordonnance sur la protection des enfants et des mineurs pour détenir des mineurs ayant participé aux mouvements de protestation de 2014 et 2019, mais n’ayant fait l’objet d’aucune accusation formelle. Selon le rapport, un mineur a été détenu pendant 27 jours en vertu d’une telle ordonnance.
De plus, avec ce rapport, le Centre des droits de l’homme de Hong Kong allègue que les autorités ont poursuivi et obtenu la condamnation de personnes œuvrant en première ligne pour la protection de l’enfance, notamment des travailleurs sociaux et des agents civils de maintien de la paix intervenus pour protéger les jeunes des violences policières lors des manifestations.
Le Centre des droits de l’homme de Hong Kong s’inquiète également des conditions de détention dans les établissements correctionnels pour mineurs de Hong Kong, citant dans son rapport de nombreux témoignages remontant à 2017 faisant état de mauvais traitements infligés aux détenus. Il mentionne également une affaire de 2026 dans laquelle un agent correctionnel a été condamné pour avoir maltraité un jeune délinquant incarcéré.
Des violations des droits de l’enfant à Hong Kong
Le rapport du Centre des droits de l’homme de Hong Kong critique le gouvernement de la ville pour avoir imposé une « éducation patriotique » obligatoire et un endoctrinement idéologique aux jeunes détenus, ainsi qu’à des milliers de manifestants qui, bien que n’ayant jamais été formellement inculpés, demeurent dans une situation d’incertitude juridique prolongée.
Il est aussi mis en lumière dans ce rapport souligne une augmentation des suicides chez les jeunes, indiquant que 187 élèves du primaire et du secondaire se sont suicidés entre 2019 et 2025. Selon ce rapport, la librairie Hunter avait prévu d’organiser un séminaire sur le suicide chez les étudiants, mais l’événement a attiré l’attention du Département de la sécurité nationale avant même sa tenue, et des agents ont perquisitionné les lieux. Le Centre des droits de l’homme de Hong Kong affirme dans son rapport que les libertés académiques et culturelles à Hong Kong ont été restreintes, faisant écho aux préoccupations déjà exprimées par d’autres organes conventionnels des Nations Unies.
À l’aide de ce rapport le Centre des droits de l’homme de Hong Kong recommande une série de mesures, notamment :
- La restauration de l’espace civique.
- La fin du recours abusif aux ordonnances de protection et à la législation sur la sécurité nationale à l’encontre des mineurs.
- La mise en place d’un mécanisme de contrôle indépendant pour les centres de détention pour mineurs.
- Le règlement des affaires en suspens concernant de jeunes manifestants qui n’ont jamais été formellement inculpés.
Amnesty International : le Comité des affaires des enfants manque de représentation des jeunes
Dans sa contribution, Amnesty International cite des cas précis où des mineurs ont fait l’objet d’enquêtes ou de poursuites en vertu de la loi sur la sécurité nationale et de la loi sur la sédition à Hong Kong.
L’organisation critique le Comité des affaires des enfants de Hong Kong, le qualifiant d’organe consultatif non statutaire sans autorité légale.
Elle soutient que le gouvernement détermine seul l’ordre du jour des consultations, laissant peu de place à la parole des jeunes. Amnesty déplore la faible participation du public et le risque que le processus de consultation ne devienne qu’une simple formalité.
Amnesty International recommande au gouvernement de Hong Kong de transformer le Comité des affaires des enfants en un organe statutaire doté de la personnalité juridique.
Hong Kong Watch appelle à un contrôle indépendant des centres de détention pour mineurs
Par ailleurs, Hong Kong Watch, une organisation non gouvernementale basée au Royaume-Uni, a soumis une déclaration écrite aux Nations Unies documentant le traitement des enfants détenus en vertu de la loi sur la sécurité nationale.
Le document décrit des allégations de violences physiques et sexuelles dans les centres de détention pour mineurs, le recours systématique à l’isolement cellulaire et l’absence de tout contrôle international indépendant sur ces institutions.
Il cite le rapport de la Fondation pour la liberté à Hong Kong (CFHK), intitulé Nous avons été faits pour souffrir, publié en septembre 2025, qui conclut que les centres de détention pour mineurs de Hong Kong sont devenus « particulièrement tristement célèbres pour leurs violences excessives », notamment des cas documentés de passages à tabac répétés sur des mineurs en détention.
Hong Kong Watch soulève également, dans ce document, des inquiétudes quant à diverses violations présumées des droits de l’enfant, notamment l’enseignement obligatoire de la sécurité nationale dès l’âge de six ans, le retrait d’un grand nombre de livres pour enfants des bibliothèques publiques et scolaires, et l’emprisonnement de mineurs pour leurs prises de parole en ligne et leur participation à des activités communautaires, ce qui constitue, selon le document, une atteinte aux droits numériques.
Avec ce document, Hong Kong Watch appelle le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies à demander aux autorités compétentes de fournir des données désagrégées sur le nombre d’enfants actuellement détenus pour des accusations liées à la sécurité nationale ou à la sédition. Le rapport recommande également d’autoriser les organisations internationales indépendantes à superviser les centres de détention pour mineurs de Hong Kong.
« Le recours par le gouvernement de Hong Kong aux lois sur la sécurité nationale à l’encontre des enfants : que ce soit par l’emprisonnement, le contrôle des programmes scolaires ou la surveillance en ligne, témoigne d’un manquement systémique à ses obligations au titre de la Convention relative aux droits de l’enfant. Nous exhortons le Comité à exiger une transparence totale quant au nombre d’enfants concernés et à recommander une supervision indépendante des centres de détention et des salles de classe pour mineurs de Hong Kong. », a déclaré Megan Khoo, directrice des politiques de Hong Kong Watch.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Multiple Rights Groups File UN Report Alleging Hong Kong Violations of Children’s Rights
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