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Monde. La Pologne nie avoir entrepris des démarches en vue d’un PolExit, après un conflit juridique avec l’UE

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La Pologne et l’Union européenne sont en désaccord depuis plusieurs années concernant les réformes judiciaires introduites par le parti conservateur nationaliste au pouvoir dans ce pays. Le conflit n’a cessé de prendre de l’ampleur, faisant craindre la menace d’un « Polexit ».

La tension a atteint un point culminant après que le Tribunal constitutionnel polonais ait jugé que le processus d’intégration juridique, tel qu’il est codifié dans le droit des traités de l’UE, avait atteint une « nouvelle étape » et était inconciliable avec le droit national polonais.

« Les organes de l’Union européenne agissent en dehors des pouvoirs qui leur sont conférés par la République de Pologne », indique le jugement et ajoute qu’en cas de maintien de ce jugement, « la Pologne ne peut fonctionner comme un État souverain et démocratique. »

Dès que la nouvelle est tombée, de nombreux partisans de l’Union Européenne, comme la France, l’Allemagne, l’Irlande et les Pays-Bas, ont dénoncé l’acte nationaliste de la Pologne, le jugant audacieux. L’UE a appelé à de lourdes sanctions financières à l’encontre de Varsovie, au cas où elle ne respecterait pas ses accords. La situation a fait craindre que la Pologne ne finisse par quitter l’Union européenne, faisant planer la menace d’un « Polexit ».

Alors qu’il s’adressait à des manifestants, lors d’un rassemblement pro-UE à Varsovie, le dimanche 10 octobre, Donald Tusk, l’ancien chef du Conseil européen, aujourd’hui leader de la Plateforme civique, a déclaré : « un pseudo tribunal, un groupe de personnes habillées en blouse de juge et sur ordre du chef du parti, en violation de la constitution polonaise, a décidé de conduire notre patrie hors de l’UE ».

« Après tout, nous savons très bien pourquoi ils veulent quitter l’Union européenne …  en fait, afin de violer les droits des citoyens en toute impunité, de violer les principes démocratiques et de voler sans retenue » a-t-il ajouté, selon un rapport de l’AP.

Le gouvernement polonais a nié avec véhémence que le pays envisageait de se retirer de l’Union Européenne, tout en délimitant dans le même temps les frontières de son propre territoire judiciaire.

« Toutes les obligations découlant du droit primaire et secondaire de l’Union européenne restent en vigueur et continueront donc à être pleinement respectées par la Pologne », a déclaré son ministère des Affaires étrangères.

« Les dispositions du traité de l’Union européenne indiquées dans l’arrêt […] restent en vigueur. Ce qui ne peut être accepté, ce sont uniquement les formes de leur interprétation ou de leur application qui violent la constitution. »

S’exprimant lors d’un sommet à Budapest avec les quatre États de Visegrad, le Premier ministre Mateusz Morawiecki a affirmé que le gouvernement de Varsovie n’avait pas l’intention de quitter le bloc.

« Notre chère opposition tente d’insinuer que nous voulons affaiblir l’union en quittant l’UE », « Ce n’est évidemment pas seulement de fausses nouvelles, c’est quelque chose de pire - c’est un mensonge qui vise à affaiblir l’Union ».

Les relations entre la Pologne et l’UE ont commencé à se dégrader en 2015, lorsque Mateusz Morawiecki et son parti conservateur et patriotique Droit et Justice, ou PiS, ont remporté les élections présidentielles et législatives.

Peu après son installation, le nouveau président Andrzej Duda a nommé plusieurs juges constitutionnels avec pour mission de statuer davantage en accord avec les principes du parti, au grand dam de plusieurs partisans de l’UE et de la Cour européenne des droits de l’homme, qui ont estimé qu’il s’agissait d’une violation des codes juridiques polonais.

Un rapport de la BBC mentionne que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré : « notre priorité absolue est de veiller à ce que les droits des citoyens polonais soient protégés et à ce que ces derniers bénéficient des avantages accordés par l’adhésion à l’Union européenne. »

Mais le PiS a justifié cette décision en affirmant que cette disposition contribuerait à la responsabilisation des juges. Les nominations sont aussi un moyen de purger les éléments corrompus en place depuis l’ère communiste (1945-1989).

Les sanctions financières imminentes imposées par Bruxelles touchent le point faible de la Pologne, car l’économie du pays dépend fortement des dizaines de milliards de dollars de subventions européennes qu’il reçoit chaque année.

Entre-temps, Mateusz Morawiecki doit faire face à une vague d’immigration clandestine en provenance du Belarus voisin. Un incident survenu le 2 septembre a amené le gouvernement à proclamer l’état d’urgence le long de sa région frontalière de 418 kilomètres.

Depuis quelques années, l’immigration massive s’avère problématique pour Mateus Morawiecki et son parti, qui accusent le président biélorusse Alexandre Loukachenko de déstabiliser les frontières de l’Europe de l’Est et de la Pologne, en ouvrant totalement les vannes à l’immigration, dans une tentative de repousser les sanctions européennes imposées à Minsk.

Rédacteur Fetty Adler

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