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Monde. La Chine communiste cible les dissidents à l’étranger

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Des pratiquants de Falun Gong (aussi appelé Falun Dafa) participent à une manifestation silencieuse devant le Parlement Européen, le 14 juillet 2016 (Bruxelles). Le Parti communiste chinois cible et persécute sévèrement cette pratique spirituelle depuis le 20 juillet 1999. (Image : wikimedia / Nivent2007 / CC BY-SA 4.0)
 

Un groupe de réflexion basé à Washington D.C. a récemment publié une étude sur les efforts considérables déployés par la dictature communiste chinoise pour faire pression sur les dissidents et les militants résidant dans des pays du monde entier et les réduire au silence.

Freedom House a publié en février un rapport sur la campagne de répression transnationale menée par la Chine communiste et par certains autres pays contre des dissidents à l’étranger. La Chine y est citée comme le pire des pays en la matière, dans le cadre de sa campagne internationale visant à harceler de nombreux groupes de dissidents et de militants à l’étranger, qui critiquent son gouvernement. Des exemples montrent que cette campagne est en œuvre depuis des décennies et que ses victimes se situent dans des pays démocratiques du monde entier ou ayant des liens étroits avec le Parti communiste chinois (PCC).

Comment le PCC cible les groupes à harceler

Le PCC cible les défenseurs des droits humains qui dénoncent les violations des droits de l’homme perpétrées par le régime communiste. Les groupes de minorités ethniques ou spirituels tels que les Ouïghours, les Tibétains, les pratiquants de Falun Gong et, plus récemment, les Mongols sont confrontés à toutes sortes de difficultés lorsqu’ils vivent en Chine continentale. Les individus appartenant à ces groupes qui fuient vers d’autres pays risquent de ne pas bénéficier de toutes les libertés dans leur nouvelle terre d’accueil.

Le traitement réservé aux Ouïghours, une ethnie musulmane minoritaire résidant dans la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, a notamment fait l’objet d’un examen approfondi, suite à la mise en œuvre par le PCC de programmes de rééducation, notamment le travail forcé et la stérilisation des femmes.

Les Tibétains, qui constituent également un groupe minoritaire, sont ciblés depuis des années en raison de leurs liens culturels avec le Dalaï Lama, le chef spirituel bouddhiste qui a trouvé l’asile en Inde après avoir fui le Tibet en 1959. Les Ouïghours et les Tibétains, assimilés par les autorités chinoises à des groupes séparatistes potentiels, font l’objet d’une étroite surveillance pour toute activité que le régime considère comme pouvant mener à l’indépendance de la Chine.

Le Falun Gong (aussi appelé Falun Dafa), une pratique de méditation pacifique et spirituelle, fondée sur le continent dans les années 1990, compte également de nombreux pratiquants dans le monde entier. En raison de l’énorme popularité de cette pratique dont le nombre de pratiquants atteignait les 100 millions en 1999 en Chine, le PCC, sous la direction de l’ancien dirigeant Jiang Zemin, a initié le 20 juillet 1999 une campagne de persécution à l’échelle nationale contre les pratiquants de Falun Gong. Cette persécution se poursuit encore aujourd’hui.

 

Corée du Sud : des panneaux affichant des informations sur la pratique du Falun Gong et sur sa persécution en Chine. (Image : InSapphoWeTrust / Flickr / CC BY 2.0)
Corée du Sud : des panneaux affichant des informations sur la pratique du Falun Gong et sur sa persécution en Chine. (Image : InSapphoWeTrust / Flickr / CC BY 2.0)
 

Les Mongols ont été récemment pris pour cible, après que des manifestations aient éclaté en août et septembre 2020 dans la région de la Mongolie intérieure, en Chine, suite à un nouveau programme éducatif mis en place par le PCC, visant à imposer l’enseignement du mandarin, au détriment de la langue mongole. 

Hong Kong a été le théâtre de gigantesques manifestations de la part des défenseurs de la démocratie, pour l’instauration du suffrage universel et la loi sur la sécurité nationale. L'érosion de la démocratie à Hong Kong, alors que Pékin continue de resserrer son emprise sur le territoire, a suscité l’inquiétude et la condamnation de la communauté internationale. Les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme et les ressortissants chinois habitant à l’étranger sont également pris pour cible par le PCC pour s’être exprimés sur des sujets que le parti communiste considère comme une menace pour son pouvoir.

Les groupes d’activistes et les opposants Hongkongais peuvent également devenir la cible du harcèlement du PCC si leur activisme est considéré comme une menace.

Les tactiques d’intimidation du Parti

Le PCC utilise différentes méthodes pour intimider ses victimes et les contraindre au silence. Dans le cas des musulmans ouïghours vivant à l’étranger, ils peuvent être soumis à des appels vidéo, appelés « Preuve de vie », où l’on voit des membres de leur famille les implorer de cesser de parler de la persécution, alléguant que leur activisme est basé sur le mensonge et qu’il fait honte à la famille. Bon nombre de ces vidéos ont manifestement fait l’objet d’une mise en scène, les membres de la famille étant contraints de lire ces messages textes.

Les victimes peuvent également être surveillées à l’aide de technologies impliquant le piratage d’applications de médias sociaux comme WeChat pour consulter les messages. Diverses applications technologiques ont également été utilisées pour cibler les militants des droits de l’homme. En 2020, trois militants ont vu leur compte Zoom suspendu avant ou immédiatement après la date anniversaire du massacre de la place Tiananmen.

L’un de ces militants dont le compte Zoom a été désactivé a également eu des problèmes avec une autre application. Zhou Fengsuo, leader étudiant lors du massacre du 4 juin, a également vu son profil LinkedIn rendu inaccessible en Chine continentale. Après un tollé médiatique, son profil a été réactivé.

 

Manifestation pour le droit à l'autodétermination des Tibétains et des Ouïghours, devant l'ambassade de Chine à Washington D.C. en mars 2008. (Image : futureatlas.com / Flickr / CC BY 2.0)
Manifestation pour le droit à l'autodétermination des Tibétains et des Ouïghours, devant l'ambassade de Chine à Washington D.C. en mars 2008. (Image : futureatlas.com / Flickr / CC BY 2.0)
 

L’intimidation a également pris la forme d’attaques physiques ou de visites en personne par des agents du PCC. Le Dr Bob Fu, militant des droits de l’homme et l’un des leaders étudiants lors du massacre de la place Tiananmen, réside actuellement aux Etats-Unis. Il est le président de China Aid, une organisation qui dénonce les abus du PCC à l’encontre de la communauté chrétienne. En septembre 2020, lors d’une conférence, des manifestants du PCC se sont présentés devant son domicile au Texas, menaçant sa femme et ses enfants. L’ordre du jour était : « Arrêtez le témoignage chrétien et toute critique du Parti Communiste Chinois. »

Les visites de gangs liés au Parti communiste, comme celles-ci, sont parfois devenues violentes par nature, comme cela a été le cas lors de l’attaque de l’imprimerie Epoch Times en novembre 2019 à Hong Kong. Quatre individus masqués sont entrés dans l’imprimerie, ont aspergé d’essence l’équipement et y ont mis le feu. Bien que les incendiaires n’aient pu être formellement identifiés, il existe des raisons de soupçonner le PCC, car Epoch Times soutient le Falun Gong et dénonce les agissements du Parti communiste.

Certaines victimes qui tentent de fuir la persécution font l’objet de détentions et de déportations dans des pays proches du gouvernement chinois. Cela a été le cas pour le citoyen suédois Gui Minhai, enlevé en 2015 alors qu’il était en vacances en Thaïlande et détenu dans un lieu tenu secret en Chine depuis. Ses proches pensent que son enlèvement est dû au contenu de ses publications critiquant le gouvernement chinois.

La surveillance d’individus ou de groupes à parfois lieu à l’intérieur d’un pays, par l’intermédiaire de personnes liées à des emplois permettant d’entretenir des liens étroits avec une communauté. En septembre 2020,  un policier du département de police de New York, d’origine tibétaine, Baimadajei Angwang, a été inculpé pour avoir espionné la communauté tibétaine en exil, au profit de la Chine. Son contact était un fonctionnaire du consulat chinois travaillant pour le Département du travail du Front uni, une entité de propagande du PCC qui s’efforce d’influencer les individus et les groupes d’élite dans les entreprises et les gouvernements étrangers.

Certains gouvernements prennent des mesures contre la répression de Pékin

Certains pays ont renforcé et développé leurs liens avec le PCC, accentuant la répression envers les dissidents. Le Népal, un pays autrefois connu pour offrir un passage sécurisé aux Tibétains vers l’Inde, a changé de politique et arrête désormais les Tibétains à sa frontière, les renvoyant en Chine. D’autres pays ont fait le chemin inverse et prennent des mesures pour mettre fin aux intimidations et au harcèlement infligés par le PCC aux dissidents vivant à l’étranger.

En octobre 2020, le FBI a inculpé huit personnes impliquées dans une « campagne internationale visant à menacer, harceler, surveiller et intimider » un résident anonyme du New Jersey et sa famille « afin de les forcer à retourner en République populaire de Chine ». La campagne, baptisée « Operation Fox Hunt », a abouti à l’arrestation de cinq personnes. Les trois autres personnes impliquées se trouvent actuellement en Chine.

Certains législateurs de l’Union européenne et du Royaume-Uni, ont imposé des sanctions à l’encontre de quatre responsables chinois pour leur rôle dans les violations des droits de l’homme commises à l’encontre des Ouïghours dans la région du Xinjiang. Le Royaume-Uni a pris des mesures visant à protéger les Ouïghours entrés au Royaume-Uni pour y trouver la sécurité, contre tout harcèlement dont ils pourraient faire l’objet.

Traduit par Fetty Adler

Version en anglais : Communist China’s Pathology of Targeting Overseas Dissidents