L’arrestation d’Andrew Mountbatten-Windsor, frère du roi Charles III, pour inconduite dans sa fonction publique, a provoqué un choc. De nombreux articles, dans divers médias, ont qualifié l’arrestation d’un membre de la famille royale d’« inédite ». Mais, en portant un regard sur l’histoire anglaise, il est possible de recenser toute une série d’arrestations de membres de la famille royale anglaise.
On a longtemps cru que la dernière arrestation royale remontait à celle du roi Charles Ier (règne : 1625-1649), par les forces parlementaires en 1646. Cet épisode s’est tragiquement conclu par l’exécution de Charles Ier en 1649. Bien que les arrestations royales aient diminué au XVIIe siècle, celle de Charles Ier n’a pas été la dernière documentée dans l’histoire de la famille royale anglaise.

De la conquête normande jusqu’au début du XVIIIe siècle, 58 membres de la famille royale ont été arrêtés
Au sein du royaume d’Angleterre, puis du Royaume-Uni, on recense 58 membres de la famille royale arrêtés (34 hommes et 24 femmes) depuis la conquête normande de 1066 jusqu’au début du XVIIIe siècle. Parmi eux, 19 furent libérés, un s’évada, 12 moururent en détention, 21 furent exécutés, trois disparurent et deux furent assassinés.

Andrew Mountbatten-Windsor n’est pas le premier membre de la fratrie du monarque à avoir été arrêté. Le cas le plus connu est sans doute celui de George, duc de Clarence, frère cadet du roi Édouard IV (qui régna de 1461 à 1483), qui fut emprisonné pour trahison. Le roi le déchu de ses titres, le déshérita et le fit exécuter à la Tour de Londres en 1478. Selon la légende, il fut noyé dans un tonneau de vin de Malvoisie.
La dernière sœur d’un monarque à avoir été arrêtée fut la future reine Elizabeth Ier, emprisonnée par sa sœur, Marie Ier (qui régna de 1553 à 1558), en 1554. Accusée de conspiration contre Marie, Élisabeth passa quelques mois à la Tour de Londres avant d’être assignée à résidence le 19 mai, jour anniversaire de l’exécution de sa mère, Anne Boleyn. Elle fut finalement graciée en 1555 grâce à l’intervention du roi Philippe, époux de Marie.
Des arrestations pour des motifs divers
Les membres adultes de la famille royale soupçonnés de conspiration et de trahison n’étaient pas les seuls à être placés en détention. Des enfants royaux innocents furent également emprisonnés, officiellement pour les protéger, mais en réalité pour contrôler la succession. Les célèbres Princes de la Tour y furent retenus par leur oncle usurpateur, Richard III (qui régna de 1483 à 1485), après son accession au trône en 1483, mais disparurent peu après. Richard III est généralement considéré comme leur meurtrier, mais d’autres théories ont émergé.
Deux autres enfants royaux placés sous la tutelle de leur oncle furent Éléonore et Arthur de Bretagne. Leur oncle, le roi Jean (qui régna de 1199 à 1216), était le fils cadet, et l’existence de ces deux enfants bretons, fils de son frère aîné défunt, menaçait son pouvoir. Ils furent tous deux emprisonnés au début du XIIIe siècle. Arthur disparut après 1203 et l’on suppose qu’il fut assassiné. Éléonore croupit en prison jusqu’à la fin de sa vie et meurt en détention au château de Bristol en 1241.
La plupart des membres de la famille royale arrêtés étaient accusés de trahison et de conspiration, mais ces accusations étaient souvent aggravées par des accusations d’hérésie et de sorcellerie. Henri V (qui régna de 1413 à 1422) fit arrêter sa belle-mère, Jeanne de Navarre, soupçonnée de sorcellerie.
Son fils et successeur, Henri VI (règne : 1422-1471), fit emprisonner sa tante par alliance, Éléonore Cobham, en 1441, sous l’accusation de nécromancie. Bien que les deux femmes aient été arrêtées conformément à la loi de leur époque, leurs emprisonnements ont pu masquer des motivations inavouées : financières pour Jeanne de Navarre et politiques pour Éléonore.
Henri VIII : le règne le plus prolifique en matière d’arrestations royales

Le règne le plus prolifique en matière d’arrestations royales fut, sans surprise, celui d’Henri VIII (règne : 1509-1547), qui fit incarcérer douze proches parents, dont trois épouses, une nièce et une cousine germaine.
Le dernier emprisonnement royal fut celui de Sophie-Dorothée de Celle en 1694. Épouse de Georges de Hanovre, qui devint plus tard Georges Ier en 1714, elle fut accusée d’adultère. Bien qu’étant la mère du prince de Galles, Sophie demeura emprisonnée après l’accession au trône de son époux et mourut en détention en 1726.
Arrêté pour inconduite dans sa fonction publique, suite à l’affaire des dossiers Epstein, Andrew Mountbatten-Windsor n’est donc que le dernier d’une longue série d’arrestations royales, une pratique qui a perduré jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
Rédacteur Charlotte Clémence
Auteur :Gonzalo Velasco Berenguer : Maître de conférences en histoire, Université de Bristol. Cet article est republié du site The Conversation, sous licence Creative Commons.
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