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Chine. Des pratiques dangereuses d’édition génétique en Chine, deux décès de jeunes patients révélés en l’espace de deux semaines

ACTUALITÉ > Chine

Le secteur des biotechnologies a récemment été frappé par des affaires révélant des décès survenus lors d’essais d’édition génétique en Chine. Le 5 août dernier, le média américain de référence en biomédecine STAT News a publié une enquête exclusive révélant qu’un jeune garçon est mort au cours d’un essai clinique mené par la start-up chinoise HuidaGene sur la myopathie de Duchenne. Il s’agit du second décès lié à un essai d’édition génétique dévoilé par la presse étrangère en l’espace de deux semaines à peine.

Une dose radicalement augmentée, aux conséquences fatales

Selon les registres publics, cet essai clinique a débuté en décembre 2024 à l’hôpital pédiatrique de Shanghai, rattaché à la faculté de médecine de l’université Jiao Tong. Il devait recruter quatre garçons âgés de 4 à 8 ans, encore capables de marcher mais présentant des troubles moteurs, afin de tester la thérapie d’édition génétique CRISPR/Cas12 baptisée HG302.

Les résultats n’ont pourtant pas été à la hauteur des ambitions affichées. Les deux premiers patients n’ont montré qu’une amélioration marginale. En mai 2025, lors du congrès annuel de l’American Society of Gene and Cell Therapy (ASGCT), Lu Yingming, alors PDG de HuidaGene, a lui-même reconnu que le premier garçon traité à faible dose ne présentait qu’un taux d’expression « infime » de la dystrophine. Poussée par la volonté de revendiquer une « première mondiale » et par la pression des investisseurs réclamant des résultats, l’équipe a pris une décision extrêmement risquée : multiplier drastiquement la dose administrée.

La dose a ainsi été portée à environ cent mille milliards de particules (1 × 10¹⁴ vg/kg) de vecteur viral adéno-associé (AAV) par kilo de poids corporel. En août 2025, un petit garçon, le quatrième et dernier patient à recevoir cette forte dose de HG302 a développé très rapidement une activation massive du système du complément accompagnée d’un orage cytokinique après une perfusion intraveineuse. L’enfant a rapidement présenté un syndrome de détresse respiratoire aiguë et est décédé malgré les tentatives de réanimation. L’espoir a laissé place au désarroi ; une vie à peine commencée s’est brutalement achevée.

Des dirigeants de HuidaGene disparus des radars, puis un aveu tardif arraché sous la pression

Après ce décès, HuidaGene n’a pas communiqué immédiatement sur les faits. À l’été 2025, l’entreprise a connu un bouleversement interne majeur : le PDG Lu Yingming et le directeur technique ont quitté leurs fonctions coup sur coup. À l’époque, seuls ces départs soudains avaient attiré l’attention, sans que personne ne soupçonne qu’ils dissimulaient un décès.

Sans l’enquête approfondie menée pendant plusieurs mois par STAT News, publiée le 5 août 2026, cette affaire serait probablement restée confinée à un hôpital de Shanghai.

Le jour même de la parution de l’article, sous la pression de l’opinion, HuidaGene a été contrainte de publier un communiqué confirmant pour la première fois que l’enfant était mort d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë consécutif à une réaction immunitaire sévère. 

L’entreprise s’y défend en affirmant avoir respecté les procédures d’approbation du comité d’éthique et de suivi réglementaire, précisant que « les résultats complets de l’enquête ont été soumis à évaluation par les pairs dès janvier, et que les détails scientifiques seront rendus publics à la publication de l’article ».

Reste une question : pourquoi un accident mortel a-t-il pu être tenu secret en interne pendant près d’un an ? Pourquoi les familles et le public n’ont-ils pas été alertés en temps réel, et ont dû attendre la révélation d’un média étranger pour obtenir une réaction officielle ? Cette logique du silence, selon laquelle rien ne filtre tant que la presse étrangère ne parle pas, vise-t-elle à enterrer l’affaire ?

Le décès d’une fillette de six ans passé sous silence dans les publications scientifiques

Plus préoccupant encore, le cas HuidaGene n’est pas isolé. Deux semaines seulement avant cette révélation, le 23 juillet 2026, la revue Science et le site Retraction Watch avaient déjà mis au jour une dissimulation d’une gravité comparable.

En mars 2024, une fillette de six ans est décédée après avoir reçu un traitement d’édition génétique à l’hôpital Xinhua, également rattaché à la faculté de médecine de l’université Jiao Tong de Shanghai. Un tel événement aurait dû déclencher une alerte majeure dans le monde médical.

Or, lorsque l’équipe de recherche a publié ses résultats dans une revue internationale, l’essai clinique concerné (et la mort de la fillette) n’y sont tout simplement pas mentionnés. Une vie a été effacée des données de l’étude, laissant croire à un traitement sûr et efficace.

Une telle manipulation des données d’essais cliniques et une telle dissimulation d’un décès constituent une rupture totale avec l’éthique de la recherche : les jeunes patients traités comme de simples sujets de laboratoire, célébrés comme une « percée majeure » en cas de succès, et purement effacés des dossiers en cas d’échec mortel.

Shanghai, terrain d’expérimentation pour l’édition génétique sans garde-fous ?

Deux affaires mortelles révélées en l’espace de deux semaines, toutes deux survenues dans des hôpitaux universitaires de premier plan à Shanghai (l’hôpital pédiatrique et l’hôpital Xinhua), ne relèvent pas du hasard : elles mettent en lumière une faille structurelle profonde du secteur biotechnologique chinois, symptomatique des dérives observées dans le domaine de l’édition génétique en Chine.

Dans le circuit réglementaire classique du médicament, les essais cliniques menés à l’initiative d’un industriel (IND) sont soumis à un contrôle strict de l’agence du médicament (qu’il s’agisse de la NMPA chinoise ou de la FDA américaine), avec une surveillance rigoureuse des doses et une déclaration obligatoire des effets indésirables. 

Mais la Chine, dirigée par le Parti communiste chinois (PCC), dans sa volonté de rattraper rapidement son retard biotechnologique, une autre forme de « Grand Bond en avant », a largement recours à un autre format : l’essai clinique à l’initiative de l’investigateur (Investigator-Initiated Trial, IIT).

Ce format visait initialement à encourager les cliniciens à mener des recherches exploratoires, mais son contrôle a été largement délégué aux comités d’éthique internes des hôpitaux. Or, dans de nombreux établissements, ces comités entretiennent des liens d’intérêts étroits avec la direction de l’hôpital, les équipes de recherche, voire les investisseurs biotechnologiques. L’examen reste souvent formel, réduisant le comité d’éthique à une simple chambre d’enregistrement.

Plus grave encore, les essais IIT ne disposent d’aucun système national de suivi en temps réel ni de base de données publique, ce qui maintient l’information dans un vase clos. Poussées par l’urgence de produire des résultats et de lever des fonds, lesentreprises biotechnologiques et les équipes hospitalières prennent des risques inconsidérés : une dose faible sans effet ? On la multiplie par cent mille. Un décès survient ? L’affaire est gérée en interne, le comité d’éthique se contente d’une formalité, voire l’événement disparaît purement et simplement de la publication scientifique.

Sans droits humains ni transparence, l’édition génétique en Chine présente des risques mortels

Le progrès scientifique ne peut faire l’économie de la dimension humaine et d’un encadrement rigoureux. La Chine met aujourd’hui en avant sa position de pointe dans des domaines comme l’édition génétique ou la thérapie cellulaire ; mais si cette soi-disant « avance » se construit au prix de la sécurité des patients, par la dissimulation des données de mortalité et l’opacité de l’information, elle repose sur des bases fragiles.

Les enfants, les uns après les autres, entrent dans un service hospitalier dans l’espoir de retrouver la santé, et en ressortent parfois sans vie. La douleur des familles trouve peu d’écho auprès du système, et le droit du public à l’information se heurte au mur académique et au filtrage de l’information. Qu’il faille, à chaque fois, une enquête menée par des médias étrangers pour lever un coin du voile en dit long sur le décalage entre la réalité et le slogan officiel plaçant « le peuple et la vie humaine au-dessus de tout ».

Dans le système du Parti communiste chinois, la faible priorité accordée à la vie humaine a déjà été relevée à plusieurs reprises. Sans une supervision tierce, indépendante et objective, sans sanctions sévères contre les équipes de recherche qui dissimulent des accidents, sans un démantèlement en profondeur du vide réglementaire des essais IIT, et sans un droit à l’information et de regard pleinement garanti aux familles et au public, Shanghai, et la Chine tout entière, risquent de voir d’autres patients perdre la vie dans des zones d’ombre où se mêlent intérêts financiers et pouvoir.

Rédacteur Yi Ming

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