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Chine.  Chine : que sait-on du sort de l’avocat des droits de l’homme Gao Zhisheng, disparu depuis neuf ans ?

ACTUALITÉ > Chine

Cela fait neuf ans que l’avocat des droits de l’homme Gao Zhisheng a disparu, dans des circonstances que des organisations de défense des droits humains attribuent à une disparition forcée, orchestrée par le Parti communiste chinois (PCC). Aucune information officielle n’a depuis été communiquée sur son sort. Sa famille ainsi que des groupes de défense des droits établis à l’étranger poursuivent leurs recherches. 

Wu Shaoping, président de l’Alliance des avocats chinois des droits de l’homme en exil, souhaite que ce dossier soit évoqué par Donald Trump lors de sa rencontre prévue en septembre avec Xi Jinping, estimant que l’attention de la communauté internationale reste déterminante pour l’amélioration de la situation de l’avocat.

Le geste pionnier de l’avocat des droits de l’homme Gao Zhisheng

Interrogé par Kan Zhongguo (Vision Times), Wu Shaoping rappelle que depuis la disparition de Gao Zhisheng en août 2017, ses proches n’ont jamais cessé de le rechercher, en particulier son épouse, installée aux États-Unis, qui poursuit ses démarches depuis plusieurs années. Selon lui, chaque prise de parole publique conserve son importance, car elle rappelle que le sort de l’avocat demeure inconnu et que l’extérieur n’a aucune information sur ses conditions de détention. Il précise que l’objectif de ces recherches est d’abord de s’assurer que Gao Zhisheng est toujours en sécurité, avant d’obtenir sa libération et le rétablissement de ses droits fondamentaux.

Wu Shaoping revient également sur l’engagement de Gao Zhisheng en faveur des pratiquants de Falun Gong, à qui il avait apporté une assistance juridique. Il souligne qu’à une époque où le Falun Gong faisait l’objet d’une campagne de persécution et où le climat social était marqué par une forte tension, le fait de défendre publiquement des personnes persécutées représentait une prise de position qui exigeait du courage. Il décrit ce choix comme un geste pionnier, qui a contribué à faire connaître des situations jusque-là peu documentées.

Selon Wu Shaoping, cet engagement initial a encouragé d’autres avocats à s’investir à leur tour dans la défense des droits fondamentaux des personnes persécutées, contribuant progressivement à l’émergence du groupe d’avocats aujourd’hui désigné comme les avocats des droits de l’homme chinois, puis à la constitution d’un collectif plus structuré. Il relève que cette évolution s’est étalée sur plus d’une décennie, dans un contexte qu’il qualifie de très difficile, et attribue à l’initiative de Gao Zhisheng un rôle déterminant dans la formation de ce groupe, « Il a apporté une contribution extrêmement importante à la cause des droits de l’homme. »

Wu Shaoping indique que, depuis son entrée dans ce collectif d’avocats, il a régulièrement entendu parler du parcours de Gao Zhisheng par des confrères, bien qu’il ne l’ait personnellement jamais rencontré. Il estime que l’engagement de ce dernier en faveur de la justice et des droits humains continue d’influencer les avocats spécialisés dans ce domaine, en les encourageant à défendre les droits fondamentaux par la voie judiciaire.

Une marge de manœuvre judiciaire restreinte, mais une portée jugée irremplaçable

Sur la question de savoir si les recours judiciaires, la défense en justice ou les lettres ouvertes conservent une utilité concrète dans le contexte judiciaire chinois actuel, Wu Shaoping considère que ces démarches produisent des résultats limités, sans pour autant être dépourvues de sens. Il indique que certains accusés ont pu bénéficier d’un allègement de peine grâce à une défense assurée par un avocat, et que, dans de rares cas, des personnes ont été libérées. Il ajoute que les plaidoiries, les lettres de plainte et les avis juridiques ont, selon lui, également pour effet de faire connaître certains faits auprès du public, ce qui, à ses yeux, peut avoir une influence positive sur les personnes qui en prennent connaissance, y compris au sein même de l’appareil judiciaire.

Wu Shaoping relève par ailleurs un paradoxe : de nombreux riches et cadres chinois cherchent par tous les moyens à envoyer leurs enfants étudier à l’étranger, ce qui, selon lui, trahit une certaine lucidité de ces milieux sur les limites du système dont ils font pourtant partie. « Je n’exclus pas que le travail des avocats consistant à dire et à diffuser la vérité sur la société ait aussi contribué à leur faire voir la nature réelle de la société chinoise », avance-t-il. 

Il ajoute que les difficultés rencontrées ne signifient pas que cette voie soit sans effet, et considère que la valeur sociale de ce travail reste, selon lui, difficile à remplacer par un autre moyen.Il estime que les avocats des droits de l’homme chinois, en se servant du droit pour mettre au jour ces questions, ont objectivement contribué à faire évoluer la société chinoise. Il compare ce travail à « une tentative de sauver des personnes sous la menace d’une arme »

Concernant l’absence d’information par les autorités à la famille de Gao Zhisheng sur son sort, Wu Shaoping avance qu’une telle attitude peut avoir une fonction dissuasive à l’égard d’autres personnes susceptibles de s’engager dans une démarche similaire.

Une mobilisation à l’étranger confrontée à de nombreux obstacles

Concernant la situation actuelle des avocats chinois des droits de l’homme installés à l’étranger, Wu Shaoping indique qu’un nombre important d’entre eux ont quitté la Chine ces dernières années, une évolution qu’il interprète comme un signe supplémentaire de la dégradation de la situation des droits humains dans le pays.

Il précise que l’installation à l’étranger ne met pas nécessairement fin aux pressions exercées par les autorités chinoises sur les personnes qui poursuivent ce type d’engagement. Il relève toutefois que l’exil offre une plus grande liberté d’action, et que la plupart des avocats concernés continuent de s’exprimer publiquement pour attirer l’attention internationale sur la situation de personnes persécutées en Chine. Il reconnaît par ailleurs que l’éloignement géographique et l’accès limité à l’information constituent des difficultés supplémentaires, auxquelles s’ajoutent les contraintes matérielles liées à la nécessité, pour ces avocats, d’assurer aussi leur propre subsistance.

Wu Shaoping estime que, dans un contexte où l’espace laissé en Chine à la défense des droits se réduit, l’attention soutenue de la communauté internationale revêt une importance particulière. Selon lui, les personnes persécutées en Chine qui bénéficient d’une attention internationale voient généralement leur situation s’améliorer dans une certaine mesure, que ce soit en matière de conditions de détention ou de protection obtenue sous l’effet d’une pression extérieure, une telle attention pouvant, selon lui, avoir un effet dissuasif sur les autorités chinoises.

À l’approche de la rencontre prévue en septembre entre Donald Trump et Xi Jinping, Wu Shaoping indique que la famille de Gao Zhisheng et plusieurs organisations œuvrent pour que la communauté internationale fasse pression sur les autorités chinoises afin d’obtenir des informations précises sur son sort. Il espère que cette mobilisation permettra d’obtenir une réponse claire, qu’il s’agisse de la confirmation de sa survie ou, le cas échéant, de son décès.

En conclusion de l’entretien, Wu Shaoping appelle la communauté internationale à ne pas oublier Gao Zhisheng et exprime l’espoir qu’une clarification intervienne après ces neuf années d’incertitude.

Rédacteur Yi Ming

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