Lors du sommet Trump-Xi de 2026, la Première dame chinoise Peng Liyuan, d’ordinaire si présente aux côtés de Xi Jinping dans les activités diplomatiques, a brillé par son absence — de quoi nourrir bien des conjectures chez les commentateurs politiques. Pour certains analystes, cette mise à l’écart aurait été soigneusement orchestrée par Pékin.
Au sommet Trump-Xi, la Première dame chinoise aux abonnés absents
Le commentateur politique sino-américain Li Muyang, sur sa chaîne en ligne, dresse la liste des rendez-vous manqués. Le 14 mai, l’épouse de Xi Jinping ne figurait pas parmi les officiels venus accueillir Donald Trump à l’aéroport de Pékin. Elle était également absente lorsque les deux dirigeants ont visité le Temple du Ciel. Au dîner d’État offert le soir même au président américain, la chaise de la Première dame chinoise est demeurée vide à la table d’honneur, où siégeaient pourtant le Premier ministre Li Qiang, le directeur du Bureau général du Comité central Cai Qi et le ministre des Affaires étrangères Wang Yi. Le lendemain, lors du thé servi à Zhongnanhai, à nouveau, son absence s’est confirmée.
Le précédent, qui s’est déroulé en novembre 2017 est tout aussi parlant : lors de la visite du couple Trump en Chine, Peng Liyuan avait accompagné son mari tout au long du séjour, omniprésente sous l’œil des caméras. Le 14 mai, dans son allocution au dîner, Donald Trump a expressément invité Xi Jinping et son épouse à la Maison-Blanche le 24 septembre. Li Muyang y a relevé un détail protocolaire : le président américain a invité le couple, mais n’a pas remercié son hôte pour son accueil - un remerciement qui, dans l’usage diplomatique, aurait été de mise si la Première dame avait effectivement occupé une place à la table d’honneur.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’épouse du président chinois s’efface d’un rendez-vous diplomatique majeur. Le 30 octobre 2025, Xi Jinping s’est rendu en Corée du Sud pour le sommet de l’APEC et une visite d’État. La presse coréenne avait alors annoncé sans ambiguïté que Peng Liyuan ferait le déplacement et rencontrerait la Première dame sud-coréenne. Elle n’est finalement pas venue, aux côtés de Xi Jinping se trouvaient cette fois encore Cai Qi et Wang Yi.
Le souvenir de 2014 rend son absence encore plus flagrante. Le 3 juillet de cette année-là, lorsque Xi Jinping effectuait sa première visite en Corée du Sud en qualité de chef de l’État chinois, son épouse l’avait accompagné tout au long du voyage, visitant seule le palais Changdeokgung et faisant des emplettes à Dongdaemun. En novembre 2017, elle découvrait la Cité interdite aux côtés du couple Trump. Et lors des précédentes visites d’État de son mari en Europe, en Afrique ou en Amérique latine, elle était systématiquement de la partie.
Après son absence remarquée en Corée du Sud en octobre 2025, Peng Liyuan a de nouveau brillé par son absence lors du sommet Trump-Xi du 14 mai 2026 - deux éclipses consécutives lors d’événements diplomatiques du plus haut niveau, sans la moindre explication des médias officiels du Parti. Pour Li Muyang, ce silence est en soi l’élément le plus digne d’attention.
Trois hypothèses concernant ces absences
Première hypothèse : un problème de santé. Elle résiste mal aux faits. D’après le site officiel du ministère chinois des Affaires étrangères, Peng Liyuan, en sa qualité d’envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes (UNESCO Special Envoy for the Education of Girls and Women), a rencontré à Pékin, dans la matinée du 12 mai 2026, le nouveau directeur général de l’organisation, Khaled El-Enany - une apparition récente qui rend l’hypothèse d’une santé défaillante peu crédible.
Deuxième hypothèse : un retrait imposé par la règle de réciprocité protocolaire, l’épouse de Donald Trump, Melania, n’ayant pas accompagné son mari en Chine. Li Muyang juge l’argument fragile. En juin 2013, lorsque la présidente sud-coréenne d’alors, Park Geun-hye, s’était rendue seule à Pékin, Peng Liyuan avait pris part aux cérémonies d’accueil aux côtés de son mari et avait même offert, le 28 juin à midi, un déjeuner en l’honneur de son invitée. Surtout, le sommet se tenait cette fois en Chine : selon l’usage diplomatique, c’est précisément à la Première dame du pays hôte qu’il revenait d’accompagner le dîner d’État.
Troisième hypothèse : sa fonction réelle ne se résumerait plus à celle de Première dame. Depuis 2018, Peng Liyuan siège comme membre permanent de la commission d’évaluation des cadres de la Commission militaire centrale, un poste doté de pouvoirs effectifs au rang de général d’armée. Sa position au sein de l’appareil du Parti aurait donc évolué, reléguant au second plan sa fonction protocolaire de Première dame.
Toutes ces hypothèses, souligne Li Muyang, ne sont que des spéculations. Un point paraît néanmoins acquis : la Première dame chinoise fait aujourd’hui l’objet, de la part du pouvoir, d’une mise en retrait délibérée.
Une rumeur d’assignation à résidence, et une date qui pourrait tout dire
Le 15 mai, Xi Jinping et Donald Trump ont tenu une réunion à petite échelle à Zhongnanhai. Le commentateur sino-américain Jiang Feng décrit la scène sur sa chaîne en ligne : « le dirigeant chinois a fait entrer son hôte dans la cour intérieure de Zhongnanhai - le maître des lieux introduisant son invité dans son propre domaine —, l’a promené devant les arbres centenaires et les rosiers, sans que son épouse n’apparaisse à aucun moment. »
Selon une rumeur, Peng Liyuan ferait l’objet d’une assignation à résidence depuis 2025 : elle ne pourrait se montrer en public que sur autorisation, et on ne la laisserait paraître qu’en cas de nécessité. Elle serait, dit-on, mêlée à des dossiers visant l’ancien Premier ministre Li Keqiang, aujourd’hui décédé, et Ma Xingrui, et devrait à ce titre faire l’objet d’un examen - autant d’affirmations qui relèvent de la rumeur et qu’aucune source officielle ne corrobore.
Le soir du 14 mai, Donald Trump avait publiquement invité Xi Jinping et son épouse à venir à la Maison-Blanche le 24 septembre. Or, dès le lendemain, le président chinois recevait seul son homologue dans la cour intérieure de Zhongnanhai. Pour Jiang Feng, si Peng Liyuan ne devait pas accompagner son mari à Washington le 24 septembre - ou si Xi Jinping trouvait un prétexte pour ne pas s’y rendre —, cela signifierait qu’au cœur du pouvoir, certains sont désormais en mesure de retenir cette carte qu’est la « maîtresse de maison ». L’invitation de Donald Trump, estime-t-il, prend le monde entier à témoin : d’ici au 24 septembre, il s’agira de voir si la machine de pouvoir de Xi Jinping est encore capable de faire paraître son épouse en public.
Pour certains, qu’une Première dame se soit ainsi tenue à l’écart de l’intégralité d’un sommet de cette ampleur pourrait renvoyer à des luttes intestines au sommet du Parti. Et son absence prolongée ne répondrait pas seulement à celle de Melania Trump : elle trahirait peut-être une situation politique qui, désormais, la dépasse.
Rédacteur Yi Ming
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