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Homme. L’héritage de Rachel Carson : l’histoire d’une femme visionnaire qui a bouleversé l’Amérique

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Lanceuse d’alerte, pionnière, visionnaire, autant de qualificatifs qui semblent convenir à la biologiste marine connue pour avoir éveillé les consciences face à l’environnement. Cet article permettra de cerner l’héritage de Rachel Carson. Sa détermination sans faille a bouleversé l’Amérique du XXe siècle.

L’héritage de Rachel Carson : l’histoire d’une femme visionnaire qui a bouleversé l’Amérique
Rachel Louise Carson est née le 27 mai 1907 en Pennsylvanie au nord des États-Unis. (Image : wikimedia / U.S. Fish and Wildlife Service / Domaine public)

Lectrice amoureuse de la nature et de l’écriture

Rachel Louise Carson est née le 27 mai 1907 en Pennsylvanie au nord des États-Unis. Sa mère et son père appartiennent à un milieu modeste. La petite Rachel très attirée par la nature aime s’en imprégner au cours de ses promenades autour de la ferme familiale. Par ailleurs, c’est une lectrice précoce et passionnée. Son goût pour l’écriture n’est pas en reste. Dès l’âge de huit ans, elle écrit. À onze ans, encouragée par sa mère, elle publie une nouvelle dans leSt. Nicholas magazine.

Études de biologie

Rachel Carson étudie au Pennsylvania College for Women (université de Pennsylvanie pour les femmes) appelée ensuite Chatham University. Il faut rappeler qu’à cette époque les femmes ayant accès aux études supérieures n’étaient qu’une minorité. 

La jeune femme tiraillée entre son penchant pour la littérature et son penchant pour la biologie, après avoir étudié l’anglais opte pour des études scientifiques. Elle obtient un diplôme en biologie en 1928 puis un second diplôme en zoologie en 1932 à l’Université John-Hopkins à Baltimore. 

Carrière scientifique 

Rachel Carson envisage le doctorat mais des difficultés d’ordre familial et financier l’empêchent de réaliser son rêve. Elle occupe un poste d’enseignante pour gagner sa vie et par ailleurs rédige des écrits pour le US Bureau of Fisheries (Bureau des pêches). Ceux-ci ont pour but de rendre le monde scientifique plus accessible au grand public. Ses productions informent en particulier sur la vie marine qu’elle apprécie tant. Son auditoire est conquis.

Ayant réussi au concours de la fonction publique en 1936, elle est embauchée au Bureau des pêches en tant que biologiste marine assistante. À noter cependant qu’en dépit de ce poste, la lauréate voit sa situation financière se dégrader : le décès de son père et celui de sa sœur la laissent seule en charge de sa mère et de ses deux nièces.

 Une carrière littéraire prometteuse

Pour étoffer ses articles sur le monde du vivant, elle se rapproche des cercles environnementaux, et s’intéresse en particulier à l’usage abondant des pesticides. Son amour de l’écriture reprend ses droits, ainsi publie-t-elle en 1941 son premier livre Sous le ventmarin, (Under the Sea-Wind), où elle traite son thème de prédilection, la mer et ses habitants, les poissons. Le niveau des ventes est faible mais les critiques sont favorables. 

En 1945, elle oriente sa réflexion sur un pesticide très apprécié à ce moment-là, le dichlorodiphényltrichloroéthane, plus connu sous le nom de DDT. Quelques années plus tard, Rachel Carson publie la suite de son premier livre, Cette mer qui nous entoure, (The seaAround Us). Cette fois, un franc succès est au rendez-vous. Le livre se maintient en tête des plus fortes ventes pendant 86 semaines.

Désormais débarrassée des soucis financiers, Rachel démissionne de son poste au Bureau des pêches pour finalement se consacrer uniquement à l’écriture. Son troisième livre, The Edge ofthe Sea, publié en 1955 complète la série consacrée au milieu marin.

Le Printemps silencieux, le livre qui marqua l’Amérique

Notre biologiste marine s’intéresse de plus en plus aux problèmes liés à l’environnement et notamment à ce qu’elle appelle le « péril chimique ». Une mission lui est confiée par un organisme environnementaliste, la société nationale Audubon : il s’agit de se documenter sur les effets de l’épandage massif des pesticides sur l’environnement. 

Le résultat de ses recherches menées avec beaucoup de précision démontre que le DDT considéré comme le produit miracle contre les insectes a de nombreux effets néfastes pour la faune, la flore et même la santé humaine. Elle démontre comment cette molécule recommandée par les fabricants de pesticides contribue à la disparition notoire des oiseaux.  

Ses conclusions, telles une sonnette d’alarme sont consignées dans son ouvrage majeur Silent Spring, ouPrintemps silencieux. Elle exprime dans une langue poétique à souhait qu’avec un usage immodéré du DDT, le chant des oiseaux est voué à disparaître. 

L’héritage de Rachel Carson

« Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple — où étaient-ils passés ? On se le demandait, avec surprise et inquiétude. Ils ne venaient plus picorer dans les cours. Les quelques survivants paraissaient moribonds ; ils tremblaient, sans plus pouvoir voler. Ce fut un printemps sans voix. » Nous avons cité Rachel Carson s’exprimant dans son livre Printemps silencieux au sujet de la disparition des oiseaux.

La publication de son dernier livre paru en 1962, soit deux ans avant sa mort survenue le 14 avril 1964 eut l’effet d’une onde de choc. Printemps silencieux produisit une forte polémique qui bouleversa la société américaine. Selon les sources, ce manuel aurait signé l’acte de naissance du mouvement écologique. Il aurait surtout éveillé les consciences face à l’environnement et ses exigences. Le livre attira aussi une violente opposition de la part des lobbies de l’industrie chimique. Une partie de la classe scientifique a rejeté avec un certain mépris cette femme de milieu modeste considérée comme une « vieille fille hystérique ».

L’héritage de Rachel Carson : l’histoire d’une femme visionnaire qui a bouleversé l’Amérique
Pour Rachel Carson « dans la nature, tout est lié » ( …) « la puce meurt d’avoir mordu le chien, l’insecte est asphyxié par l’arôme de la plante, l’abeille rapporte à sa ruche un nectar empoisonné, et fabrique du miel vénéneux ». (Image : Sun-Shock / envato)

Retombées conséquentes

C’est avec une détermination sans faille que Rachel Carson sut défendre sa cause face au Sénat américain. Loin d’interdire l’usage des pesticides, elle réclame un usage responsable et modéré des pesticides de manière à respecter tous les êtres du monde vivant car pour elle « dans la nature, tout est lié » ( …) « la puce meurt d’avoir mordu le chien, l’insecte est asphyxié par l’arôme de la plante, l’abeille rapporte à sa ruche un nectar empoisonné, et fabrique du miel vénéneux ».

Elle emploie parfois des formules choc pour convaincre notamment dans Printempssilencieuxoù nous pouvons lire que le contrôle de la nature représente « une arrogante prétention née d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Néandertal ».

Les États-Unis voient la création d’une agence de protection de l’environnement en 1970 tandis qu’en 1972 est prononcée l’interdiction de l’usage du DDT. Deux retombées et pas des moindres de l’action menée par la biologiste marine Rachel Carson.

« L’héritage de Rachel Carson est multiple. (…) Elle savait aborder les questions techniques dans un style poétique et accessible, touchant ainsi un large public. (…) Rachel Carson sert indéniablement de modèle pour les femmes scientifiques à travers le monde. »

L’UNESCO a fait cette déclaration en 2012 lors du cinquantième anniversaire de Printemps silencieux.

La voix de Rachel Carson résonne toujours haut et fort. Soixante ans après la disparition de cette scientifique éclairée, l’usage de pesticides continue à défrayer la chronique pour les scandales sanitaires qu’ils auront provoqués et continuent à provoquer encore.

Collaborateur Evelyne Boilève

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