Le savon : un produit millénaire aux propriétés étonnantes

Par Marlène Deloumeaux
Le 15/09/2020
Lors du lavage, les éléments hydrophobes qui n’aiment pas l’eau se concentrent autour de la graisse ou de la saleté. Ils s’intercalent entre la peau et la graisse, si bien que la saleté se décolle. (Image : jacqueline macou / Pixabay)
Le savon : Produit obtenu par l’action d’un alcali sur un corps gras et servant au nettoyage, ainsi qu’au blanchissage. (Image : Bhakti Iyata / Pixabay)
 

« Produit obtenu par l’action d’un alcali sur un corps gras, et servant au nettoyage, ainsi qu’au blanchissage », telle est la définition du savon d’après l’encyclopédie Larousse. Connu depuis la haute antiquité, le savon s’avère indispensable depuis la crise sanitaire.

D’où vient-il ?

Des traces de fabrication de savon à base de graisse et de cendres bouillies datant de trois mille ans ont été trouvées chez les Sumériens.

Au 2e millénaire avant notre ère, les Égyptiens utilisaient à des fins médicinales une substance rappelant le savon moderne. Les Phéniciens fabriquaient du savon avec de l’huile d’olive et de la soude un millénaire avant notre ère.

Pline, l’historien romain, a attribué l’invention du savon aux Gaulois. « Prodest et sapo, Galliarum hoc inventum rutilandis capillis. » a-t-il écrit dans l’encyclopédie Naturalis Historia publié entre l’an 77 et 79. Les Gaulois utilisaient le savon (« sapo ») pour faire briller leur chevelure. L’usage du savon s’est répandu pour devenir le produit de consommation courante moderne.

Comment est-il fabriqué ?

Le savon est le résultat d’une réaction chimique appelée « saponification ». Quand un corps gras (par exemple huile végétale ou beurre) se combine avec un produit alcalin (soude, potasse, cendre) on obtient le mélange suivant : glycérine et savon. La saponification peut s’opérer à froid –à température ambiante ou à chaud si la température des corps gras a préalablement été élevée précisent les auteurs du média Futura sciences.

Le savon est constitué de composants amphiphiles, aussi appelés tensio-actifs, se caractérisant par une tête hydrophile qui aime l’eau et une queue hydrophobe qui n’aime pas l’eau. 

 

Lors du lavage, les éléments hydrophobes qui n’aiment pas l’eau se concentrent autour de la graisse ou de la saleté. Ils s’intercalent entre la peau et la graisse, si bien que la saleté se décolle. (Image : jacqueline macou / Pixabay)
Lors du lavage, les éléments hydrophobes qui n’aiment pas l’eau se concentrent autour de la graisse ou de la saleté. Ils s’intercalent entre la peau et la graisse, si bien que la saleté se décolle. (Image : jacqueline macou / Pixabay)
 

Comment le savon lave-t-il ?

Lors du lavage, les éléments hydrophobes qui n’aiment pas l’eau se concentrent autour de la graisse ou de la saleté. Ils s’intercalent entre la peau et la graisse, si bien que la saleté se décolle. Les éléments qui aiment l’eau s’y accrochent et entraînent la saleté au cours du rinçage. C’est pourquoi il est recommandé pour un lavage des mains efficace de bien se rincer.

Comment le savon peut-il détruire le virus ?

Comme l’explique la doctorante à la Sorbonne Lise Abiden dans Science et vie, un virus « est enveloppé dans une membrane lipidique grasse ». Au cours du rinçage des mains, « La résultante des forces exercées sur le virus entraîne la rupture de sa membrane grasse, décomposant l’enveloppe, puis la molécule d’ARN*. Le virus devient inactif et se décroche de la peau grâce à l’action des tensioactifs, du frottement des mains et du débit d’eau », précise l’universitaire. La structure moléculaire du savon lui permet de détruire bactéries et virus, notamment le coronavirus, appelé aussi « Virus de Wuhan ».

 

Au début du XXe siècle la ville de Marseille compte jusqu’à 90 savonneries. (Image : jacqueline macou / Pixabay)
Au début du XXe siècle la ville de Marseille compte jusqu’à 90 savonneries. (Image : jacqueline macou / Pixabay)
 

Le savon de Marseille : spécificité et simplicité

Après l’époque gallo-romaine, le savon s’exporte dans le bassin méditerranéen. La première savonnerie marseillaise date de 1370. En 1688, l’édit de Colbert déclare la franchise du port de Marseille. L’appellation « savon de Marseille » sera limitée aux savons fabriqués avec de l’huile d’olive sur le port de Marseille. Au début du XXe siècle la ville de Marseille compte jusqu’à 90 savonneries. Á partir de 1950, avec l’apparition des détergents de synthèse s’amorce le déclin des savonneries marseillaises. De nos jours, dans la région Marseille - Provence il existe seulement 5 savonneries ayant conservé les procédés de fabrication traditionnelle.

Les plus gros fabricants de savon de Marseille au monde sont la Chine et la Turquie ! Le nom « savon de Marseille » ne bénéficie nullement de l’appellation d’origine contrôlée. Les fabricants sont uniquement tenus de respecter un procédé de fabrication en 4 étapes approuvé depuis 2003 par la DGCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes).

Comme le soulignent les auteurs de Wikipédia il apparaît cependant que « le savon de Marseille, quel qu’il soit, conserve une image positive qui évoque naturel, simplicité et propreté " à l’ancienne " ».


ARN* : acide ribonucléique présent dans certains virus.