Les dix avertissements de l’officier impérial Lin Zexu (2/2)

Par Leo Timm
Le 13/01/2021
Lin Zexu (林則徐 1785-1850) était un honnête fonctionnaire de la fin de la dynastie Qing, connu pour sa lutte sans relâche contre le commerce de l’opium dans le sud de la Chine. (Image : Wikimedia / CC0 1.0)
Lin Zexu (林則徐 1785-1850) était un honnête fonctionnaire de la fin de la dynastie Qing,
connu pour sa lutte sans relâche contre le commerce de l’opium dans le sud de la Chine.
(Image : Wikimedia / CC0 1.0)
 

Lin Zexu (林則徐 1785-1850) était un honnête fonctionnaire de la fin de la dynastie Qing, connu pour sa lutte sans relâche contre le commerce de l’opium dans le sud de la Chine. En 1839, lors d’une tournée à Macao et, voyant les maux qui affligeaient la société, il écrivit dix maximes basées sur ses cinquante quatre années d’expérience. Il mettait en garde contre la futilité d’accomplir des actions bonnes en apparence tout en négligeant sa propre moralité.

Parce que les dictons de Lin se terminent tous par les idéogrammes chinois 無益, littéralement « peu utile », ils sont devenues célèbres sous le nom des « dix actions sans bénéfice » (十無益).

Voici les cinq derniers des dix enseignements de Lin Zexu.

6. Si vous êtes orgueilleux et arrogant, de grandes études ne servent à rien

Dans la vision traditionnelle chinoise du monde, l’objectif principal des études était d’acquérir de la sagesse et non de collectionner des titres universitaires comme cela semble être le cas à l’époque moderne. Nombreux sont ceux qui ont remarqué la montée de « l’intellectuel encore idiot » qui a peu de connaissances pratiques mais assume un air de supériorité sur les autres simplement sur la base de ses titres universitaires et de sa capacité à reproduire n’importe quel point de vue en vogue.

Confucius disait à ses élèves de voir toute personne rencontrée dans la vie comme un enseignant potentiel. Selon l’enseignement taoïste, si une tasse peut être faite d’une variété de matériaux, c’est toujours le vide à l'intérieur qui la rend utile. De même, les gens doivent être humbles et respectueux, quelle que soit l’importance de leurs réalisations universitaires.

7. Si le moment n’est pas propice, des objectifs ambitieux ne sont pas bons

Il ne suffit pas qu’une personne veuille simplement faire quelque chose - peu importe à quel point elle le souhaite, ses objectifs ne porteront pas de fruits si elle s’oppose au monde au cours du processus.

Il existe un dicton chinois : « La planification d’un acte est l’œuvre de l’homme, mais le résultat est une question de volonté céleste. » Les Chinois parlent également de la nécessité « d’un calendrier céleste, d’un avantage terrestre et d’une harmonie humaine » (天時, 地利, 人和) avant qu’une action ne puisse commencer.

 

Lin supervisant la destruction de l'opium.  (Image : Wikimedia / CC0 1.0)
Lin supervisant la destruction de l’opium.  (Image : Wikimedia / CC0 1.0)
 

8. Si vous avez pris des richesses qui ne vous appartiennent pas, les offrandes à Bouddha ne font aucun bien

On dit que l’homme supérieur traite l’injustice, tandis que l'homme de basse moralité est attaché au profit et à l'avantage. Il profite de toutes les occasions pour faire des profits dans ses transactions, en prenant ce qui ne lui appartient pas.

Au cours des dernières décennies, alors que le Parti communiste chinois (PCC) entreprenait ses réformes économiques, l’idéologie marxiste est temporairement passée au second plan. De nombreux responsables du Parti, en plus de consulter des maîtres taoïstes et des diseurs de bonne aventure, ont retrouvé une foi renouvelée dans le bouddhisme. De nombreux temples bouddhistes ont été construits ou rénovés, donnant l'impression que les Chinois retournaient à leurs racines traditionnelles.

Mais ce renouveau, qui a eu lieu principalement après les années 1980, est advenu dans le contexte de la dictature continue du PCC et de l’augmentation d’une corruption massive. La société chinoise est devenue extrêmement centrée sur les gains pécuniaires, les discussions sur l’argent dominaient même les relations entre les membres de la famille.

Le clergé bouddhiste moderne en Chine est connu pour avoir en grande partie un programme à but lucratif. De nombreux responsables du Parti arrêtés pour corruption se sont avérés être des croyants en Bouddha autoproclamés, mais parce qu’ils n’ont pas prêté attention à la morale de base, leur « foi » ne leur faisait aucun bien.

9. Sans maintenir votre énergie vitale, la prise de médicaments ne sert à rien

Les Chinois parlent de la santé comme étant maintenue par le yuan qi, ce qui peut être traduit par « énergie vitale ». Bien que « l’énergie vitale » puisse être un concept nébuleux, la nécessité de prendre soin de son corps est évidente. Cependant, il existe beaucoup de remèdes simples qui peuvent aider les gens à rester en forme, comme manger mieux ou faire régulièrement de l’exercice.

Les anciens Chinois ont averti que la médecine est « préventive en trois parties et toxique en sept parties », un dicton qui est vrai même aujourd’hui car de nombreux médicaments ont des effets secondaires délétères. Mais comme la prévention et d’autres remèdes simples contre les maladies menacent les intérêts de l’industrie pharmaceutique, les professionnels de la santé d’aujourd’hui leur accordent souvent moins d'attention qu'ils ne le méritent. Les coûts médicaux augmentent à mesure que de plus en plus de personnes tombent malades de maladies évitables, ce qui fait peser un fardeau plus lourd sur la société.

10. Si vous êtes poussé par les plaisirs charnels, accomplir des actes de charité secrète ne sert à rien

« Ne négligez pas de faire une bonne action, aussi petite soit-elle, et n’ignorez pas un petit péché parce qu’il est mineur », dit un proverbe chinois. 

Confucius et d’autres philosophes chinois ont enseigné que parmi les nombreux maux qui se cachent dans la nature humaine, la luxure était le pire. Si elle n’est pas maîtrisée, elle conduit les gens à commettre toutes les autres formes de péchés.

Ici, par « charité secrète », Lin Zexu se réfère à toute conduite ou actions vertueuses. Par ce dernier avertissement, le fonctionnaire impérial prévient que de nobles idéaux peuvent être déviés si l’esprit n’est pas juste.

 

Le Mémorial Lin Zexu à Fuzhou, Chine. (Image : Christina Ke Xu,/ Wikimedia / CC BY-SA 4.0)
Le Mémorial Lin Zexu à Fuzhou, Chine. (Image : Christina Ke Xu/ Wikimedia / CC BY-SA 4.0)
 

Un homme vertueux dans une période difficile

En raison de l’époque où il a vécu, Lin Zexu est considéré comme un personnage tragique. Ses efforts diligents pour freiner le commerce de l’opium ont finalement été contrecarrés par le gouvernement corrompu de la dynastie Qing et la déclaration de guerre à la Chine par la Grande-Bretagne. La première guerre de l’opium (1839–1842), que l’armée Qing a perdu de manière importante, a contribué à affirmer le droit des commerçants étrangers à exporter la drogue en Chine.

L’empereur a reproché à Lin Zexu d’avoir causé la guerre, et il a été relevé de ses fonctions et exilé dans la lointaine région du Xinjiang. Il est mort en 1850, alors qu’il se rendait dans le sud de la Chine pour aider à abattre les rebelles de Taiping.

Mais l’honnêteté et le bon caractère de Lin Zexu ont fait en sorte que sa réputation soit restaurée après sa mort. Avec l'effondrement de la dynastie Qing, un nombre croissant de Chinois le considérait comme un patriote faisant de son mieux pour défendre la moralité et la droiture malgré des conditions extrêmement défavorables.


Traduit par Yin Han

Version en anglais : The 10 Admonishments of Imperial Official Lin Zexu (Part 2)