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Sagesse. La dynastie Tang va-t-elle décliner ? Les conseil de Wei Zheng à l’empereur Taizong des Tang

CHINE ANCIENNE > Sagesse

Les conseils de Wei Zheng, ou remontrances déclinées en dix pensées, adressés à l’empereur Taizong sont regroupés dans un mémorandum à l’empereur Taizong des Tang écrit par Wei Zheng (580 - 643), le Duke de Zheng, du nom posthume Wenzhen, dans la onzième année de Zhenguan (637).

Le Shu est un ancien livre, mais aussi un style d’écriture, dans lequel un ministre présente ses recommandations au roi. Wei Zheng, conseiller impérial, a vu qu’avec la gouvernance de la dynastie Tang, le pays était fort, le peuple était riche, les gens vivaient et travaillaient dans la paix et le contentement. Mais en même temps ils devenaient progressivement trop fiers.

Soucieux de l’avenir de la dynastie, Wei Zheng qui était aussi célèbre pour sa franchise vis à vis de l’empereur, a rédigé des remontrances, regroupées en dix pensées. Il souhaitait alerter l’empereur Taizong, en se basant sur la vie des anciens empereurs. Il a analysé sérieusement la cause du déclin moral et du succès de chaque dynastie, pour expliquer la réflexion sur la sécurité du pays. Wei Zheng a mis l’accent sur le fait que ceux qui pensent à la paix du pays, en particulier l’empereur, doivent accumuler leurs vertus et a conseillé dix façons de promouvoir la vertu et de protéger leurs mérites.

Traduction des dix pensées ou conseils de Wei Zheng

J’ai entendu dire : si vous voulez qu’un arbre devienne grand, vous devez stabiliser ses racines. Si vous voulez qu’un fleuve coule loin et longtemps, vous devez débloquer sa source. Si vous voulez qu’un pays soit stable, vous devez accumuler sa vertu et sa droiture.

Si la fontaine n’est pas profonde mais qu’on souhaite que le fleuve coule loin et longtemps, si la racine n’est pas profonde et stable et qu’on demande que les arbres poussent haut, ou si la vertu n’est pas grandiose, mais qu’on souhaite la stabilité du pays…Bien que j’aie peu de sagesse, je sais que c’est impossible, a fortiori pour un homme sage (comme Votre Majesté).

L’empereur, qui détient la plus haute puissance du trône, et qui occupe la position la plus élevée dans le ciel et sur la terre, ne considère pas que lorsqu’il est en paix, il pense au danger, et qu’il élimine le luxe par la frugalité : comme lorsqu’il coupe les racines d’un arbre et lui demande de fleurir, ou lorsqu’il bouche la source d’eau et souhaite qu’elle coule longtemps.

Tous les empereurs et rois dans les temps anciens, lorsqu’ils ont entrepris la grande mission du Ciel, n’ont pas manqué d’être moralement éminents dans les moments difficiles et moralement déclinants après leur succès. Nombreux sont ceux qui ont bien réussi au début, mais rares sont ceux qui ont pu aller jusqu’au bout. Est-ce parce qu’il est facile de s’emparer du monde et difficile de le garder ?

Dans le passé, nous avions la force de gagner l’empire, mais maintenant nous n’avons pas assez de force pour le garder. Lorsque vous êtes dans la détresse, vous traitez vos subordonnés avec sincérité. Lorsque vous avez rempli votre ambition, vous traitez les gens avec arrogance et convoitise. Si vous traitez les gens avec sincérité, même ceux qui sont éloignés les uns des autres au Nord et au Sud seront solidaires avec vous. Mais si vous traitez les gens avec arrogance, alors même vos proches s’éloignent de vous.

Même si l’on utilise la punition sévère pour rectifier la situation et l’autorité pour dissuader, le résultat est que les gens savent seulement comment s’en sortir sans commettre de crimes, mais ils n’ont pas un cœur bienveillant. Ils sont extérieurement obéissants, mais intérieurement insincères. Ce qui est redoutable, ce n’est pas la taille des griefs du peuple, mais le soutien ou le rejet du peuple. C’est comme l’eau qui peut porter un bateau ou le faire chavirer, il faut donc être particulièrement prudent. C’est également comme conduire un chariot qui roule à toute allure avec une corde corrompue, comment peut-on le négliger ?

Les conseils de Wei Zheng se résument dans ces dix pensées

- Si un dirigeant voit quelque chose qu’il aime, il doit penser au contentement pour se mettre en garde.
-S’il veut faire construire un palais et un bâtiment, il doit penser à la modération et à la paix pour le peuple.
-S’il craint que sa position soit élevée et dangereuse, il doit penser à la modestie et à la culture de soi.
-S’il craint la complaisance et l’orgueil, il doit penser à un fleuve et à un océan qui peut accueillir tous les fleuves.
-S’il aime la chasse, il doit penser à une limite de trois tirs.
-S’il craint le laxisme et la lenteur, il doit penser à un début et à une fin.
-Si vous vous préoccupez de la cécité de vos oreilles et de vos yeux, vous devriez penser à accepter les opinions de vos sujets avec un esprit ouvert.
-Si vous êtes inquiet qu’un adultère sème la zizanie, vous devriez penser à vous corriger afin de repousser les malfaiteurs.
-Si vous leur accordez une grâce, vous devriez penser à ne pas les récompenser sans discernement à cause d’un moment de joie.
-Si vous les punissez, vous devriez penser à ne pas les punir sans discernement à cause d’un moment de colère.

Ces dix pensées doivent être utilisées pour promouvoir les nombreuses vertus mentionnées ci-dessous

Choisissez un homme de talent et employez-le. Choisissez une bonne parole et appliquez-la. Alors l’homme sage utilisera son stratagème, l’homme courageux utilisera son talent, l’homme bienveillant répandra sa bonté, et l’homme fidèle offrira sa loyauté. Les fonctionnaires civils et militaires feront de leur mieux pour vous servir, et votre majesté et les ministres serez en paix. Vous pouvez profiter des plaisirs des voyages d’agrément, jouir de la longévité comme Chi Song Zi et du Wang Zi Qiao, jouer de la lyre à loisir. Avec des vêtements drapés et des mains arquées, vous pouvez gouverner l’empire avec peu de paroles.

Pourquoi se fatiguer l’esprit pour gérer les tâches de ses subordonnés, fatiguer ses oreilles et ses yeux sensibles, au détriment de la Voie suprême de sérénité et de non-agir ?

Rédacteur Charlotte Clémence
Collaboration Yi Ming

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