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Histoire. Le tir à l’arc chinois : une tradition millénaire

CHINE ANCIENNE > Histoire

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Depuis des millénaires, pour les empereurs, le tir à l’arc a joué un rôle central dans la société chinoise en tant que symbole de la vertu. Dans les temps anciens, lorsqu’un enfant de sexe masculin naissait dans une famille chinoise, un arc était suspendu au-dessus du côté gauche de la porte, montrant ainsi le lien profond entre l’homme et l’arc. Cette coutume populaire semble perdurer encore dans certaines régions en Chine. Mais quels sont les liens concrets entre cette activité et les hommes chinois ?

De la mythologie aux rites du tir à l’arc sous la dynastie Zhou

En Chine, selon les découvertes archéologiques, une pointe de flèche en pierre a été mise au jour sur un site culturel du Shanxi. D’après les résultats des tests, elle serait vieille de 28 000 ans, ce qui indique que les gens de cette époque-là pouvaient déjà utiliser des flèches pour la chasse. Nous avons 5 000 ans de civilisation chinoise. La dernière civilisation humaine remonte-t-elle à 28 000 ans ? Si c’était la dernière civilisation, les gens utilisaient-ils déjà des arcs et des flèches à cette époque ? La Chine a une longue histoire de culture de l’arc et des flèches.

Une légende chinoise a également relaté que, dans les temps anciens, il y avait dix soleils dans le ciel et tout ce qui se trouvait sur terre était desséché par ces soleils brûlants. Un archer mi-divin appelé Hou Yi a tiré son arc et abattu neuf soleils, laissant le dernier pour l’humanité et le monde en paix.

Le tir à l’arc chinois : une tradition chinoise millénaire
La légende sur Hou Yi qui fait tomber les neuf soleils en leur tirant dessus. (Image : wikimedia / Domaine public)

Selon les archives, durant cette période de civilisation chinoise, une école de tir à l’arc a été créée il y a presque 5 000 ans en Chine, sous la dynastie Xia (2070–1600 av. J.-C.).

En 1993, une antiquité de la dynastie des Zhou occidentaux (1046–771 av. J.-C.), le vase en bronze intitulé « Zuobo Gui », a été mis au jour à Pingdingshan, dans la province du Henan. Sur le fond de ce récipient en bronze figure une inscription qui relate clairement un rituel de tir à l’arc de la dynastie Zhou.

L’inscription indique qu’un matin du huitième mois, le roi de Zhou a organisé une compétition de tir à l’arc dans la capitale Haojing. Le roi a demandé aux candidats de concourir par ordre d’ancienneté, avec modestie et respect, et que celui qui taperait le plus dans le mille serait récompensé. A la fin, le comte de Zuo a tiré dix flèches et a atteint dix fois la cible, ainsi le roi de Zhou l’a récompensé avec dix pièces de bronze rouge. Le comte a commémoré cet honneur en fondant ce récipient en bronze à partir de la récompense du roi.

Pendant la dynastie Han (206 av. J.-C. –9, 190–195), l’art du tir à l’arc était très populaire et le peuple était encouragé à pratiquer la littérature, la vertu et les arts martiaux. Nous pouvons voir des activités relatives au tir à l’arc sur de nombreuses peintures murales de la dynastie Han.

Un concours de tir à l’arc a donné naissance à la dynastie la plus puissante de l’histoire chinoise

Sous la dynastie Tang (618–690 et 705–907), il existe aussi une histoire exceptionnelle sur le tir à l’arc. Selon l’Ancien Livre des Tang, la biographie de l’impératrice Dou, épouse de l’empereur Gaozu, durant les dynasties du Nord et du Sud (420–589), la fille de la sœur de l’empereur Wu de Zhou était d’une beauté exceptionnelle. Son père, Dou Yi, a dit : « Ma fille a à la fois le talent et la beauté, je dois lui trouver un bon mari ». Il a peint deux paons sur le porte-paravent et a promis que quiconque pouvait tirer dans les yeux des paons épouserait sa fille.

La cible était si petite qu’il fallait être très doué en tir à l’arc pour les atteindre, ainsi de nombreux princes et nobles ont échoué. Plus tard, un jeune homme grand et distingué est apparu. Il a tendu son arc et touché les paons dans les yeux en deux tirs. Dou Yi était si heureux qu’il lui a marié sa fille.

 Le tir à l’arc chinois : une tradition chinoise millénaire
Un concours officiel de tir à l’arc à cheval sous la dynastie Song. (Image : wikimedia / Domaine public)

Ce jeune homme était bien Li Yuan, le futur empereur fondateur de la dynastie Tang. La fille de Dou Yi est ainsi devenue l’impératrice Dou, qui donna naissance à un garçon nommé Li Shimin, le futur Tang Taizong, un empereur unique de tous les temps.

Comme l’empereur Gaozu et l’empereur Taizong étaient tous deux, père et fils, des archers chevronnés, la dynastie Tang attachait une grande importance aux rites du tir à l’arc et organisait des événements annuels de tir à l’arc à grande échelle. Sous le règne de l’impératrice Wu Zetian, un système a également été mis en place pour la sélection des militaires talentueux, le tir à l’arc constituant une partie importante de l’épreuve pour les candidats.

Sous la dynastie Song (960–1279), le tir à l’arc est devenu plus populaire parmi le peuple. Selon des documents, il y avait à l’époque plus de 600 sociétés de tir à l’arc non officielles au Hebei, avec plus de 30 000 inscrits. Il s’agit sans doute de la première organisation d’athlètes professionnels dans l’histoire de la Chine.

Gengis Khan et Kubilai Khan : fondation de la dynastie mongole grâce à leurs superbes talents d’archer

Sous la dynastie Yuan ou Mongole (1234/1271–1368), la Chine attachait encore plus d’importance au tir à l’arc. En effet, la dynastie Yuan a été fondée par les Mongols, qui étaient très forts en équitation et au tir à l’arc. Gengis Khan, qui a unifié les tribus mongoles, et Kubilai Khan, qui a établi la dynastie Yuan, ont tous deux utilisé leur point fort en tir à l’arc et en équitation.

Dans l’histoire de la Chine, la dynastie Yuan est une période où la Chine a couvert un territoire sans précédent, s’étendant à un moment donné sur l’Asie et l’Europe. Le lac Baïkal, dans l’actuelle Russie, était dans le territoire Yuan, et même l’Ukraine se trouvait au sein du territoire de la dynastie Yuan à l’époque. La superficie totale de la dynastie Yuan était de 15 millions de kilomètres carrés, soit une fois et demie le territoire de la Chine actuelle.

Le tir à l’arc chinois : une tradition chinoise millénaire
Les soldats mongols étaient des archers imbattables en Asie et en Europe. (Image : Devanath / Pixabay)

L’armée mongole disposait des arcs et des flèches à la plus longue portée de l’époque, ce qui, ajouté à l’agilité de la cavalerie mongole, rendait les Mongols imbattables à l’ère des armes froides, alors qu’ils parcouraient l’Asie.

La dynastie Ming a également accordé une grande importance à l’art du tir à l’arc, mais en se concentrant davantage sur le tir à l’arc doux et élégant, dans l’espoir de reconstituer la vertu. De nombreux « kiosques d’observation de la vertu » ont été construits en divers endroits, afin d’observer et de cultiver la vertu d’une personne par le biais du tir à l’arc.

L’empereur Kangxi met l’accent sur la chasse à l’arc : fortifier l’armée et amadouer la Mongolie

Sous la dynastie Qing (1644–1912), les empereurs Kangxi et Qianlong sont allés chasser sur le terrain de chasse de Mulan à plusieurs reprises en automne. Au cours de la 20ème année sous la règne de Kangxi, ce dernier a créé le terrain de chasse Mulan dans les prairies de Mongolie. Chaque automne, l’empereur conduisait des dizaines de milliers de princes et de ministres, l’armée des Huit Bannières ainsi que les fils et les filles de la famille impériale à Mulan pour la chasse, avec les chefs des tribus mongoles également présents.

Le tir à l’arc chinois : une tradition chinoise millénaire
L’empereur Kangxi en tenue militaire. (Image : wikimedia / Domaine public)

Le monde extérieur pensait qu’il s’agissait peut-être d’un loisir de l’empereur, mais l’empereur Kangxi a expliqué une fois d’un ton sérieux qu’il avait en fait instaurer cela pour marquer l’armée afin de consolider la frontière d’une part, pour rappeler aux gens de ne pas oublier la guerre, d’autre part et jouer également un rôle dans l’apaisement de la Mongolie. Influencé par son grand-père Kangxi, l’empereur Qianlong était également très doué pour le tir à l’arc à cheval, et la dynastie Qing a laissé derrière elle de nombreuses peintures à ce sujet.

Mais malheureusement, cette activité, qui se transmettait depuis des milliers d’années, a disparu de la Chine continentale à l’époque moderne. Cependant, le tir à l’arc a été transmis dans d’autres pays, comme la Corée du Sud et le Japon. C’est pourquoi certaines universités et organisations privées en Chine espèrent faire revivre ce savoir-faire traditionnel chinois, transmis depuis des milliers d’années.

Rédacteur Yi Ming

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