Brest : Les hirondelles et le Charles-de-Gaulle

Par Pierre Vanstabel
Le 03/06/2020

Les sites militaires stratégiques français sont-ils menacés par la Chine ?

 

Baptisé en l’honneur du chef de la France Libre, par le Président Chirac, le premier porte-avions français à propulsion nucléaire est entré en service en 2001 à Brest. (Image : wikimedia / U.S. Marine Corps photo by Maj. Joshua Smith / Domaine Publique)
Baptisé en l’honneur du chef de la France Libre, par le Président Chirac, le premier porte-avions français à propulsion nucléaire est entré en service en 2001 à Brest. (Image : wikimedia / U.S. Marine Corps photo by Maj. Joshua Smith / Domaine Public)
 

L’année 2020 marque la date anniversaire du général Charles de Gaulle. Cette année singulière commémore sa naissance, sa disparition et l’Appel du 18 juin 1940. Le nom du Général suffit à évoquer les pages les plus douloureuses et les plus glorieuses de l’histoire de France.

Baptisé en l’honneur du chef de la France Libre, par le Président Chirac, le premier porte-avions français à propulsion nucléaire est entré en service en 2001 à Brest. Le Charles-de-Gaulle est le plus grand navire de guerre européen, l’une des fiertés de la technologie de défense française.

Depuis sa mise à l’eau à Brest, le porte-avions français,  symbolisant celui qui depuis Londres se lève pour représenter la France résistante et dire « non » à l’occupation de son pays par l’Allemagne nazie, s’est illustré lors de plusieurs opérations militaires, notamment en Afghanistan ou en Libye.

Mais en avril de cette année, de retour de mission et après une brève escale dans son port de naissance en Bretagne, il a du faire face aux attaques d’un ennemi invisible. Selon le quotidien Le Monde, 1081 des 1760 marins du porte-avions français et de son escorteur Chevalier Paul, ont été testés positifs au Coronavirus.

L’ensemble de l’équipage du Charles-de-Gaulle étant touché par le coronavirus, le bâtiment a dû rapidement faire route vers son port d’attache à Toulon, pour débarquer et soigner son personnel. Il a ensuite fait l’objet d’une décontamination complète par les spécialistes du 2e Régiment de Dragons et ceux du Bataillon des marins-pompiers de Marseille. Le ministère de la Défense, surpris par la fulgurance de l’épidémie, a redoublé d’efforts dans la recherche du patient zéro et des responsables de cette pandémie mondiale.

Étrange destin que celui de ce porte-avions, baptisé du nom du libérateur de la France en 1944, mais qui fut le premier à reconnaître, en 1964, l’une des plus sanglantes dictatures de l’histoire humaine : abandonnant à son sort le peuple taïwanais soulevé contre la tyrannie communiste chinoise.

Pourquoi autant de marins français ont-ils pu être contaminés

Comment autant de marins français ont-ils pu être contaminés par le virus au point de transformer le porte-avions en cluster, au moment où le PCC célébrait le 70e anniversaire de la création de sa marine, devenue un des instruments de son hégémonie mondiale.

Le quotidien Le Parisien rapporte le 18 avril que l’amiral Alain Coldefy, ancien commandant de porte-avions, pointe du doigt l’escale brestoise du Charles-de-Gaulle. « Cette contamination est vraisemblablement arrivée de l’extérieur puisque le porte-avions et toute la force étaient partis mi-janvier (…) et rien ne s’est passé pendant toute cette période, avance-t-il. Brest est un endroit où il y a de nombreuses familles. »

Maintenue pour des nécessités logistiques, l’escale a conduit des centaines de marins à descendre à terre pour y rencontrer leurs proches, et une relève d’une cinquantaine de personnes serait montée à bord. La France n’étant pas encore entrée en confinement pendant la durée de l’escale du 12 au 16 mars, les précautions applicables ont été celles qui prévalaient à l’époque.

 

Depuis Richelieu, secrétaire d’État à la Marine, grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France de 1626 à 1642, la ville est un port militaire qui s’est développé autour de son arsenal. (Image : wikimedia / Gary Houston / CC0)
Depuis Richelieu, secrétaire d’État à la Marine, grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France de 1626 à 1642, la ville est un port militaire qui s’est développé autour de son arsenal. (Image : wikimedia / Gary Houston / CC0)
 

Brest : une ville stratégique

Mais pourquoi cette région de France a-elle été particulièrement touchée. Existe-t-il des liens particuliers entre Brest et la Chine que cette contamination permettrait de mettre à jour ?

Avec ses 140 000 habitants, Brest est la seconde agglomération de Bretagne et la 25e commune la plus peuplée de France.  Elle est le siège de l’escadre de l’Atlantique et de la Force océanique stratégique (FOST). Elle accueille le second port militaire français après Toulon et surtout la base de l’île Longue qui abrite depuis 1970 la composante sous-marine de la dissuasion nucléaire stratégique française.

Depuis Richelieu, secrétaire d’État à la Marine, grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France de 1626 à 1642, la ville est un port militaire qui s’est développé autour de son arsenal. Le port accueille 42 navires de surface et 3 000 marins. C’est aujourd’hui le plus important centre d’entretien de bâtiments de la Marine nationale.

Brest est aussi une ville universitaire tournée vers la mer qui accueille chaque année 26 000 étudiants. On y trouve de nombreuses écoles d’ingénieurs dont l’École navale de Lanvéoc qui forme les officiers de la Marine nationale. C’est à Brest que se situent l’une des deux écoles de conduite de navigation sous-marine en France et l’école de Maistrance qui fournit avec les lycées techniques une partie du personnel naviguant de la force sous-marine stratégique.

La ville concentre une partie de la recherche océanographique française. C’est aussi en Bretagne que se trouvent les écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan qui forment les cadres de l’armée de Terre, le pôle d’excellence cyber, Rennes-Lorient, la DGA Maîtrise de l’information (Bruz). De plus, la région compte près de 400 entreprises qui travaillent pour l’industrie de la défense. Il n’est donc pas étonnant que cette ville tranquille, mais stratégique, fasse partie des centres d’intérêt et des priorités d’infiltration du Parti Communiste Chinois (PCC) en France.

 

Le 5 juin 2019, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le député Joachim Son-Forget avait évoqué l’intérêt marqué de jeunes femmes chinoises pour les militaires basés en Bretagne, et notamment pour ceux de la Marine nationale. (Image : wikimedia / G.Garitan / CC BY-SA)
Le 5 juin 2019, lors d’une audition à l’Assemblée nationale,
le député Joachim Son-Forget avait évoqué l’intérêt marqué
de jeunes femmes chinoises pour les militaires basés en
Bretagne et notamment pour ceux de la Marine nationale.
(Image : wikimedia / G.Garitan / CC BY-SA)
 

Existe-t-il des liens particuliers entre Brest et la Chine ?

Est-il donc si étonnant que Brest ait recueilli au cours des dernières années les suffrages de nombreux étudiants et étudiantes chinois, venus poursuivre leurs études à l’université de Bretagne-Occidentale (UBO) à Brest et à l’École Nationale Supérieure de Techniques Avancées (ENSTA) ? Ils constituent en nombre le deuxième effectif de nationalité étrangère au sein de l’UBO, principalement dans la section de langues et civilisation française. Le nombre de doctorants chinois semble avoir considérablement progressé dans des secteurs jugés sensibles. Ils sont parfois rattachés à des universités en lien direct avec des laboratoires de l’armée chinoise.

Après 55 ans d’existence dans la mouvance de la CCI Bretagne Ouest, la Brest Business School est passée sous pavillon chinois en 2017. Désormais propriété du groupe Weidong Cloud Education (WCE), le géant chinois de l’enseignement à distance et de la formation professionnelle, l’école veut mettre le cap sur l’Afrique francophone. On compte actuellement plus de 50 000 étudiants chinois en France, mais sont-ils tous de simples étudiants ? Comment contrôler qu’ils ne sont pas rattachés aux services de renseignement chinois ?

Dans ce contexte estudiantin et dynamique, il n’est pas étonnant que les relations se soient développées entre ces jeunes Chinoises et les jeunes Brestois, ingénieurs ou militaires, débouchant sur un nombre croissant de mariages au cours des dernières années. Le journaliste Antoine Izambard cite un rapport confidentiel du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), relevant « le nombre accru de mariages entre militaires basés en Bretagne et des étudiantes chinoises ».

Dans son livre France-Chine, les liaisons dangereuses, Antoine Izambard pointe le risque d’espionnage et de pillage de propriété intellectuelle que cela fait courir à la France. Les « hirondelles » – surnom donné par les services de renseignement soviétiques et chinois aux jeunes recrues chargées d’infiltrer les cibles désignées par le PCC – sont-elles arrivées jusqu’à Brest ?

Le 5 juin 2019, lors d’une audition à l’Assemblée nationale de l’amiral Bernard-Antoine Morio de l’Isle, commandant des forces sous-marines et de la force océanique stratégique [ALFOST], le député Joachim Son-Forget avait évoqué l’intérêt marqué de jeunes femmes chinoises pour les militaires basés en Bretagne, et notamment pour ceux de la Marine nationale.

 

L’Institut Confucius de Bretagne, basé à Rennes, et  son antenne dans l’enceinte de l’université de Bretagne-Occidentale à Brest, non loin de la faculté des Sciences et Techniques, sont des signes qui ne trompent pas. Organe de propagande du PCC, son but est de promouvoir habilement la langue chinoise et surtout l’amitié entre la France et le Parti communiste chinois (PCC). (Image : wikimedia / Florian B35 / CC BY-SA)
L’Institut Confucius de Bretagne, basé à Rennes, et  son antenne dans l’enceinte de l’université de Bretagne-Occidentale à Brest, non loin de la faculté des Sciences et Techniques, sont des signes qui ne trompent pas. Organe de propagande du PCC, son but est de promouvoir habilement la langue chinoise et surtout l’amitié entre la France et le Parti communiste chinois (PCC). (Image : wikimedia / Florian B35 / CC BY-SA)
 

La Chine semble mener une stratégie de séduction dans cette région

Parallèlement à l’envoi de nombreux étudiants, le PCC mène une stratégie de séduction et de lobbying multiforme renforcement de son image tant culturelle que politique auprès de la municipalité. Le renforcement de la présence chinoise à Brest pourrait avoir accéléré la propagation de la pandémie au sein du bâtiment de la Marine nationale.

La présence de l’Institut Confucius de Bretagne, basé à Rennes, et de son antenne dans l’enceinte de l’université de Bretagne-Occidentale à Brest, non loin de la faculté des Sciences et Techniques, sont des signes qui ne trompent pas. Organe de propagande du PCC, son but est de promouvoir habilement la langue chinoise et surtout l’amitié entre la France et le PCC. L’institut encourage les échanges culturels, incitant par exemple de nombreux collégiens du collège de l’Harteloire à s’inscrire à des programmes de découverte de la Chine.

Si officiellement Qingdao est jumelée avec Nantes, c’est avec Brest, sa « ville sœur », pourtant presque 60 fois plus petite, que les relations sont les plus étroites. La Chine ne ménage pas ses efforts au point que François Cuillandre, maire de Brest depuis près d’un quart de siècle, a été fait citoyen d’honneur de la ville chinoise, fait rarissime. Selon un rapport du Quotidien du Peuple, du 04 juillet 2012, il a confessé : « je suis très fidèle à la ville de Qingdao », « Qingdao est mon deuxième pays natal ».

Au fil des voyages, les relations économiques entre les deux villes se sont développées. L’économie locale y trouve son compte, les éleveurs bretons envoient entre 2000 et 4000 porcs par an en Chine par vol direct depuis l’aéroport de Brest-Guipavas. Depuis mars dernier, ce sont 8 000 à 10 000 animaux qui ont été exportés pour repeupler le cheptel dévasté par la peste porcine.

La politique de conquête du PCC est multiforme, invasive et discrète dans les régions propices au développement de ses intérêts. La « blitzkrieg » du virus du PCC sur le vaisseau amiral français doit rappeler à la France que les valeurs démocratiques qui ont fait sa grandeur ne sont pas celles du PCC. L’ennemi a changé de visage et de méthode, si la France n’a plus à redouter les blindés lancés à pleine vitesse dans les Ardennes, elle ne peut se méprendre sur les intentions de ceux qui, masqués et calculateurs, avancent à pas feutrés pour la soumettre et la piller.

La Bretagne n’est pas la seule concernée…

L’amiral Morio de l’Isle a admis au cours de son audition à l’Assemblée Nationale avoir constaté une implantation étrangère « de plus en plus forte autour » des quatre Centres de transmission (CTM) de la Force océanique stratégique (FOST). Par exemple, dans les environs de celui de Rosnay (Indre), la Chine a installé une université près de l’aéroport de Châteauroux. A cela s’ajoute l’achat de terrains agricoles à proximité de ce site militaire.

Le PCC n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts – les siens. Après la défaite et l’entrevue de Pétain et d’Hitler à Montoire (France), le Général de Gaulle exhortait le 27 octobre 1940, depuis Brazzaville (République du Congo), la France à résister, soulignant la réelle motivation de l’occupant : « l’ennemi rêve ouvertement de s’emparer de notre empire ».

L’océan de mensonges qui a entouré la crise du virus du PCC invite les démocraties à réaffirmer leurs valeurs et à revoir avec lucidité leurs alliances, de peur que, tentée par d’improbables calculs, l’une ou l’autre de ces démocraties ne devienne entre les mains du PCC, une « esclave affolée » selon les propres termes du Général.