Une organisation chinoise, déjà accusée d’exporter illégalement des précurseurs chimiques du fentanyl, aurait utilisé une base au Japon pour faciliter des opérations frauduleuses liées aux cryptomonnaies, selon une enquête du Nikkei Asia publiée le 22 juin.
L’enquête porte sur Hubei Jing’ao Biotechnology Co., Ltd., une entreprise de Chine continentale qui, selon les enquêteurs, opérait à Nagoya, au Japon, et effectuait des transactions avec des comptes de cryptomonnaies liés à des réseaux de fraude ayant des liens avec la Chine.
D’après le rapport, ces réseaux promouvaient un jeton numérique frauduleux appelé « zksync.jp », utilisant un nom de domaine japonais pour imiter des services de paiement et de blockchain légitimes. Les enquêteurs affirment que le projet visait à inciter les utilisateurs et les investisseurs à transférer des fonds sous de faux prétextes. Les pertes liées à cette escroquerie sont estimées à plusieurs centaines de millions de yens, y compris au Japon.
Cryptomonnaies : suivre la piste de l’argent
La société d’analyse blockchain Chainalysis aurait examiné certains aspects de l’opération et constaté que l’utilisation d’un nom de domaine japonais correspondait à un schéma courant de blanchiment d’argent. Les domaines web japonais étant souvent perçus comme fiables à l’international, ils peuvent contribuer à légitimer les projets frauduleux et à réduire les soupçons des victimes potentielles.
L’enquête a identifié une société basée à Nagoya, Firsky, comme une entité opérationnelle clé liée aux activités de Hubei Jing’ao Biotechnology au Japon. Un individu présenté comme le « responsable japonais » du groupe aurait supervisé la logistique et les opérations financières locales.
Bien que les registres du commerce indiquent que Firsky a été officiellement dissoute en juillet 2024, les enquêteurs auraient retracé des adresses de portefeuilles de cryptomonnaies divulguées dans des documents judiciaires américains et découvert d’importantes transactions financières entre Hubei Jing’ao Biotechnology et plusieurs entités et personnes chinoises sanctionnées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain.
L’attention s’est particulièrement portée sur les transactions impliquant le groupe Wuhan Yuancheng, une entreprise longtemps ciblée par les autorités américaines pour son rôle présumé dans la fourniture de produits chimiques apparentés au fentanyl.
Le gouvernement américain a décrit le fondateur de Wuhan Yuancheng, Ye Quanfan, comme l’un des plus importants producteurs mondiaux de substances apparentées au fentanyl. Le département d’État américain avait auparavant offert une récompense pouvant atteindre 5 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation ou à sa condamnation.
Selon l’enquête du Nikkei, Hubei Jing’ao Biotechnology a effectué plus de 120 transactions avec des comptes liés à des entités sanctionnées associées au réseau Yuancheng. Les enquêteurs ont également noté que nombre des personnes impliquées étaient originaires de la même région de Chine, ce qui suggère des liens personnels et professionnels étroits.
Inquiétudes concernant la finance illicite
TRM Labs, une société américaine spécialisée dans l’analyse de la blockchain qui a examiné certains aspects de l’enquête, a déclaré que la proximité géographique du Japon avec la Chine, son système financier ouvert et le volume élevé de ses échanges transfrontaliers le rendent vulnérable à l’exploitation par les organisations criminelles transnationales.
Les analystes de la firme ont noté que les pays à fort volume d’échanges commerciaux internationaux peuvent devenir des lieux privilégiés pour le transfert et le blanchiment d’argent provenant d’activités illicites, dissimulé sous couvert d’activités commerciales légitimes. Ces conclusions ont également relancé l’attention portée au rôle croissant du Japon dans la lutte contre le trafic de fentanyl.
Parallèlement, un haut responsable de la DEA (Drug Enforcement Administration) américaine a précisé que le Japon était devenu un point de transit important pour les cargaisons liées au fentanyl. Ce responsable a souligné que les marchandises commerciales à destination des États-Unis font l’objet de contrôles moins stricts que celles provenant d’autres pays, ce qui fait du Japon une plaque tournante attractive pour le transbordement de précurseurs chimiques produits en Chine et en Inde.
Selon cet agent, la DEA était au courant de ces cargaisons frelatées, mais n’a entrepris aucune démarche pour les stopper.
Face à ces inquiétudes, la DEA et les garde-côtes japonais ont signé en mai un mémorandum de coopération visant à renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants, notamment les opérations de contrebande liées au fentanyl.
L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a également accru son attention sur le défi croissant que représentent les drogues de synthèse et les réseaux internationaux qui soutiennent leur production et leur distribution.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Chinese Firm Used Crypto Networks to Move Funds, Chemicals Through Japan
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