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Monde. Le rachat de la plus grande entreprise de semi-conducteurs du Royaume-Uni par la Chine soulève des inquiétudes en matière de sécurité nationale

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En raison d’une pénurie de semi-conducteurs et des restrictions imposées par les Etats-Unis depuis le début de la pandémie de coronavirus l’année dernière, les entreprises chinoises se sont lancées dans une campagne offensive pour l’acquisition d’usines de semi-conducteurs mondiales. La dernière acquisition concerne Newport Wafer Fab (NWF), la plus grande usine de fabrication de plaquettes de silicium, indispensables à la fabrication de puces électroniques, du Royaume-Uni. Face à la méfiance du public en ce qui concerne le prix dérisoire consenti pour la vente de l’usine, le gouvernement britannique a ordonné une enquête en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

La société néerlandaise Nexperia, qui est détenue et contrôlée à 100 % par la société chinoise Wingtech, a été le deuxième plus grand actionnaire de NWF. NWF est la plus grande fabrique de plaquettes au Royaume-Uni et développe actuellement des « semi-conducteurs composés » plus rapides et plus économes en énergie.

Le 13 juillet, le gouvernement britannique, qui avait précédemment déclaré qu’il était « inapproprié d’intervenir » dans cette affaire, a changé sa position face à l’opposition publique. Le Premier ministre Boris Johnson a déclaré lors d’un débat parlementaire que son conseiller en matière de sécurité nationale, Sir Stephen Lovegrove, lancerait une enquête sur l’acquisition de 63 millions de livres sterling.

Nexperia a signé un contrat de soutien avec NWF en 2019, en utilisant son usine comme garantie. Le Telegraph a rapporté que la société chinoise avait pu prendre le contrôle total de l’usine parce que la société britannique n’avait pas respecté ses obligations en matière de quotas de fabrication dans le cadre de l’accord.

Le rapport a également souligné qu’avant l’acquisition, NWF avait fait appel au gouvernement britannique pour l’aider à trouver une source de financement afin de stopper l’acquisition. Mais le gouvernement britannique n’est pas intervenu à ce moment-là.

L’usage du « piège de la dette » pour forcer les acquisitions est également courante dans les pays ciblés par la « Belt and Road Initiative » (BRI) initiée par la Chine. Lorsque les pays concernés par les projets d’infrastructure de Pékin ne parviennent pas à rembourser leurs dettes, leurs actifs sont saisis par les entreprises chinoises.

Le Parti communiste chinois (PCC) ambitionne de surpasser les États-Unis en termes de technologie

NWF propose des wafers (tranches ou plaques très fines de matériau semi-conducteur monocristalin, utilisées pour fabriquer des composants de microélectronique) de 20 nm. De ce fait l’acquisition de l’entreprise répond aux normes que s’est fixé le gouvernement chinois en 2019, lui permettant de devenir un leader dans la production de véhicules électriques. Le Parti communiste chinois (PCC) ambitionne de surpasser les États-Unis à la fois en termes de technologie et de parts de marché, d’ici 2025.

NWF est l’une des rares usines de fabrication de plaques de silicium présentes au Royaume-Uni. Elle bénéficie depuis longtemps du financement du ministère de l’innovation et de la recherche du gouvernement britannique et a reçu à ce jour 18 millions de livres sterling du gouvernement local gallois afin de préserver les talents et les pôles industriels établis de longue date.

Il est crucial que le Royaume-Uni protège ses ressources manufacturières stratégiquement précieuses

Tom Tugendhat, chef du groupe de recherche sur la Chine du gouvernement britannique et président du comité restreint des affaires étrangères, a déclaré : « Il s’agit du premier véritable test sur la nouvelle législation depuis son introduction en avril. Le gouvernement doit encore expliquer pourquoi nous fermons les yeux sur le fait que la plus grande fonderie de semi-conducteurs de Grande-Bretagne tombe entre les mains d’une entité appartenant à un pays qui a l’habitude d’utiliser la technologie pour créer un levier géopolitique. »

Dans une lettre adressée au secrétaire d’État aux affaires, Kwasi Kwarteng, le mois dernier, Tom Tugendhat a alerté : « Alors que le monde connaît une pénurie de production de semi-conducteurs et que les entreprises et les pays se disputent l’offre limitée qui existe, il est crucial pour le Royaume-Uni de protéger ses ressources manufacturières stratégiquement précieuses. »

Les opposants à l’acquisition, issus des deux partis au Royaume-Uni, ont également souligné que même si NWF ne peut pas rivaliser avec TSMC ou d’autres usines de premier plan, elle peut contribuer à résoudre la demande locale de puces pour l’industrie de l’automobile et des communications, sans compter que le gouvernement britannique qui investit depuis longtemps ne voit qu’une lueur de succès dans son évolution.

Les voix dissidentes ont également mentionné que lors du sommet du G7, qui s’est tenu au Royaume-Uni en juin dernier, les dirigeants des nations ont clairement affirmé leur volonté de renforcer la sécurité des chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment pour les produits industriels tels que les semi-conducteurs.

Le Royaume-Uni a commencé à développer l’industrie de plaquettes avant 2000. Mais en raison de la lenteur de la R&D et de l’émergence de rivaux puissants tels que TSMC et Samsung, de nombreuses usines ont fait faillite et ont fermé leurs portes. En 2018, Canyon Bridge Capital Partners, une filiale du groupe chinois Ping An Insurance, a également fait l’acquisition de la société Imagination Technologies. Imagination Technologies est une entreprise britannique spécialisée dans la conception de puces graphiques, utilisées entre autres par Apple Inc. L’acquisition a été approuvée par l’ancienne Première ministre de l’époque, Theresa May, bien que l’un des fondateurs du fonds fasse l’objet d’une enquête du FBI pour délit d’initié.

Les investisseurs chinois se sont également intéressés à l’Italie, où l’économie stagne depuis longtemps. En mars 2021, Shenzhen Invenland Investment Holdings Co. a activement cherché à prendre part au capital de l’entreprise locale d’équipement de puces LPE. L’opération a été annulée après une intervention du cabinet italien. Le cabinet italien a déclaré à l’époque qu’il envisagerait également la création de coentreprises avec des pays de l’UE pour reconstruire les capacités de production de semi-conducteurs.

« La question concernant Newport Wafer Fab est extrêmement préoccupante », a déclaré dans une interview Bob Seely, député conservateur et membre de la commission des affaires étrangères. « Nous avons besoin de cohérence pour traiter avec l’État chinois. Je crains que nous n’en soyons toujours pas là, et je crains que nous ne comprenions toujours pas notre dépendance à l’égard de la Chine et la nécessité de nous éloigner de cette dépendance commerciale. »

Bloomberg a également rapporté qu’il est rare que le Royaume-Uni interrompe une vente pour des raisons de sécurité nationale. Toutefois, cela s’est produit en 2020 lorsqu’un investisseur chinois a retiré une offre pour le fabricant de défense Mettis Aerospace Ltd. etImpcross Ltd.

Un rapport publié en mai a révélé que les entreprises et les investisseurs chinois ont dépensé au moins 134 milliards de livres sterling  pour l’achat d’entreprises, d’infrastructures et de biens immobiliers britanniques. 40 % des achats identifiés ont été effectués depuis 2019.

En mars 2020, le groupe Jingye, soutenu par Pékin, a également racheté British Steel, qui fabrique le tiers de l’acier produit au Royaume-Uni.

Rédacteur Fetty Adler

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