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Monde. Les États-Unis imposent de nouvelles sanctions économiques au Cambodge

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Le 8 décembre, les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions économiques contre le Cambodge, en raison de ses relations étroites avec la Chine communiste. Le gouvernement américain a appelé le pays à lutter contre la corruption et les violations des droits humains, et à travailler pour réduire l’influence de l’armée chinoise au Cambodge.

Préoccupations militaires

Le 8 décembre, le département d’État américain a imposé un embargo sur les armes au Cambodge, entraînant de nouvelles restrictions commerciales sur les « articles militaires et à double usage » à usage civil et militaire, a annoncé le département du Commerce.

« Le département du Commerce a imposé de nouvelles restrictions, notamment en matière d’utilisation finale et d’utilisateurs finaux, sur les exportations et les réexportations vers le Cambodge, ainsi que les transferts à l’intérieur du pays d’articles sensibles soumis à la réglementation sur l’administration des exportations (EAR) », a déclaré le département.

Selon Peter Kucik, ancien conseiller en matière de sanctions, tout article pouvant être utilisé à la fois à des fins civiles et militaires sera soumis à des restrictions. Ces restrictions s’appliquent même à d’autres pays du tiers-monde, à qui il est désormais interdit de vendre au Cambodge certains produits achetés aux États-Unis.

« Hypothétiquement, un appareil qui pourrait avoir un usage parfaitement civil, mais qui pourrait aussi avoir un but militaire, serait restreint parce que s’il est utilisé par la mauvaise partie, il pourrait être utilisé à des fins militaires. », a expliqué Peter Kucik.

Le gouvernement américain a cité des développements dans les secteurs militaires du Cambodge potentiellement liés à la présence militaire de la Chine dans le pays.

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen a autorisé l’accès aux militaires chinois à la base navale de Ream, à Sihanoukville, pendant 30 ans, et a donné à la Chine la possibilité de construire un port en eau profonde et un aéroport international à Dara Sakor, près de la province de Koh Kong.

Suite aux sanctions imposées à de hauts responsables militaires cambodgiens , les États-Unis se sont vu interdire l’accès à la base navale de Sihanoukville.

Début novembre, un avis a été adressé aux entreprises américaines faisant des affaires au Cambodge, les mettant en garde contre « toute interaction avec des entités impliquées dans des pratiques commerciales corrompues, des activités criminelles et des violations des droits de l’homme ». Deux fonctionnaires cambodgiens ont également été soupçonnés d’avoir gonflé les coûts du projet de construction de la base de Ream, et d’avoir utilisé les fonds à leur avantage.

En 2020, les structures financées par les États-Unis à la base de Ream ont été démolies. Plus tard, en juin 2021, la Chine aurait apporté son aide pour la construction d’infrastructures sur la base, selon un rapport du site cambodgien Fresh News, lié au gouvernement.

En octobre de cette année, le Premier ministre  Hun Sen a déclaré aux Cambodgiens que l’afflux de travailleurs chinois dans le pays « s’atténuerait à mesure que les projets de construction chinois seraient achevés », afin d’apaiser le sentiment anti-chinois.

Le Cambodge a nié que sa base navale serait utilisée exclusivement par la Chine.

Plusieurs proches collaborateurs de Hun Sen, dont cinq commandants militaires, ainsi qu’un négociant en bois, ont également été sanctionnés par les États-Unis.

Hun Sen aurait indiqué sur sa page Facebook que les armes et équipements fabriqués aux États-Unis « doivent être collectés pour être stockés dans des entrepôts ou détruits ».

Selon un rapport du Khmer Times, un responsable chinois a déclaré que les États-Unis « ont essayé de ternir les relations entre le Cambodge et la Chine en imposant un embargo sur les armes au gouvernement cambodgien. »

Le Cambodge et le monde

Dans une déclaration à Radio Free Asia (RFA), le porte-parole des Affaires étrangères a démenti les informations faisant état d’une présence militaire étrangère au Cambodge.

Toutefois, Peter Kucik estime que les restrictions commerciales pourraient empêcher d’autres entités de coopérer avec Phnom Penh.

« Il est peut-être exagéré de penser que les contrevenants seront traînés devant un tribunal américain, mais des gens sont extradés du monde entier vers les États-Unis, donc ce n’est pas intangible, il y a un risque réel » a-t-il déclaré. « De manière plus réaliste, et plus fondamentale, vous pourriez tuer l’ensemble de votre modèle commercial ».

« Si vous enfreignez la loi américaine, vous ne recevrez plus jamais rien des États-Unis et les entreprises américaines seraient averties que vous êtes interdit », a-t-il ajouté.

Le Cambodge s’est rapproché de la Chine alors que l’opposition de Hun Sen et son glissement vers la dictature augmentent les tensions avec les États-Unis. En 2017, le chef de l’opposition Kem Sokha a été arrêté pour trahison et son parti a été éliminé, en raison d’une supposée conspiration avec les États-Unis pour renverser le gouvernement de Hun Sen.

Paul Chambers, du Centre d’études de la communauté de l’ASEAN de l’Université Naresuan en Thaïlande, a déclaré que le Cambodge est devenu une « dépendance économique, militaire et politique effective » de la Chine. Il a ajouté que les allégations faites par les États-Unis « ne doivent pas être simplement rejetées. »

La présence militaire de la Chine au Cambodge pourrait également contribuer aux tensions entre le Parti communiste chinois (PCC) et d’autres nations autour de la mer de Chine méridionale.

« Hun Sen a bien positionné le Cambodge comme un rouage utile dans les tentatives de la Chine de dominer l’Asie du Sud-Est et de diviser l’ASEAN », a ajouté Paul Chambers.

Selon l’agence de presse Xinhua, dirigée par le PCC, le Cambodge, qui assumera la présidence de l’ASEAN), s’efforcera de promouvoir « l’esprit de famille unie » de cette organisation. Toutefois, il semble que le Cambodge soit prêt à perturber l’ASEAN, alors qu’il prend la présidence du bloc pour 2022.

Derek Chollet, un envoyé du département d’État américain, a discuté avec les responsables cambodgiens de questions telles que le Myanmar et la Chine. Le gouvernement du Myanmar, dirigé par la junte, a également sa part de violations des droits de l’homme et de corruption après la prise de contrôle du pays par les militaires.

« Nous sommes préoccupés par la possibilité d’une installation militaire de la RPC », a déclaré Derek Chollet, en utilisant le nom officiel de la Chine, la République populaire de Chine (RPC).

« Nous pensons qu’il est très important de faire preuve d’une transparence totale quant à l’intention et à la nature de cette relation, à sa portée et à ce qui se passe », a-t-il ajouté.

Le 7 décembre, Hun Sen a rencontré le ministre des affaires étrangères du gouvernement militaire du Myanmar, Wunna Maung Lwin, et a déclaré que le Cambodge s’engagerait directement avec le Myanmar pour « [chercher] des moyens de rétablir une bonne coopération et une bonne solidarité au sein de l’ASEAN ».

Rédacteur Fetty Adler

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