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Chine. La nouvelle résolution historique adoptée par le PCC donne-t-elle plus de pouvoir à Xi Jinping ?

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Le Parti communiste chinois (PCC) a adopté, jeudi 11 novembre, une « résolution historique » sur les réalisations du Parti, qui fête ses 100 ans. Le texte a été présenté par les médias internationaux comme un triomphe politique majeur pour le secrétaire général Xi Jinping, qui s’apprête à diriger la Chine pour une période supplémentaire de cinq années.

Les spécialistes de la Chine ont comparé le document aux deux seules résolutions publiées au cours des 100 ans d’existence du PCC. La première concerne celle adoptée par Mao Zedong en 1945, qui a mené le mouvement communiste à la victoire dans la guerre civile chinoise quatre ans plus tard, aboutissant ainsi à la fondation de la République populaire de Chine (RPC). La deuxième a été adoptée en 1981, deux ans après que le dirigeant Deng Xiaoping ait lancé la « réforme et l’ouverture » économique.

Le communiqué final indique que cette troisième résolution, intitulée « Résolution sur les principales réalisations et l’expérience historique du Parti au cours du siècle dernier », résumera les réalisations du PCC depuis sa fondation en 1921. Elle soulignera également le rôle joué par les dirigeants successifs dont les interprétations officielles de l’idéologie marxiste ont contribué au développement et à la survie du régime.

La résolution doit en particulier se concentrer sur l’importance de « La pensée de Xi Jinping, sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère », qui est la doctrine du dirigeant chinois actuel. Selon le communiqué, Xi Jinping a conduit la Chine à des « réalisations nouvelles et importantes », malgré l’impact de la nouvelle pandémie de coronavirus et « des changements mondiaux d’une ampleur inégalée depuis un siècle ».

Xi Jinping a mené une vaste campagne de lutte contre la corruption pendant presque toute la durée de son mandat et ces dernières années, il a présidé à l’intensification des politiques et de l’idéologie autoritaires. Le communiqué appelle le pays à maintenir « la position centrale du camarade Xi Jinping au sein du Parti central et du Parti dans son ensemble », dont le règne revêt une « importance décisive » pour la Chine.

Les points communs avec Mao Zedong et Deng Xiaoping

Les principaux médias se sont empressés de décrire la résolution comme cimentant la position éminente de Xi Jinping au sein du PCC. Christian Shepherd du Washington Post a déclaré que le document assure « la main de fer de Xi Jinping alors qu’il se prépare à un troisième mandat quasi inévitable qui prolongerait son règne jusqu’en 2027 au moins ».

Dans un article intitulé China’s Xi Jinping Remakes the Communist Party’s History in His Image (Xi Jinping refait l’histoire du Parti communiste à son image), Chris Buckley, du New York Times, indique que cette initiative « élève Xi Jinping à une stature comparable à celle de Mao Zedong et de Deng Xiaoping ». « Le fort soutien apporté aux politiques de Xi Jinping pourrait devenir une ressource politique puissante pour lui », dans sa quête d’un troisième mandat à la tête du Parti lors du 20ème Congrès national du PCC de l’année prochaine.

Tony Saich, universitaire spécialiste de la Chine à l’université de Harvard, a déclaré au Washington Post : « Cette résolution vise à dire que le parti souhaite désespérément que Xi Jinping reste en place, qu’il le suppliera de rester en place, car il est le leader capable de faire avancer la Chine. »

En adoptant cette résolution, Xi Jinping « démontre sa capacité à réécrire l’histoire officielle du Parti et à être " l’architecte de sa propre époque ". », a écrit Christian Shepherd.

Toutefois, les circonstances de la récente résolution historique sont sensiblement différentes de celles adoptées en 1981 et 1945. Malgré les louanges et les titres honorifiques qui lui sont attribués, Xi Jinping doit faire face à des défis uniques - souvent au sein même du régime - qui compliquent son leadership et pourraient mettre en péril l’avenir du Parti.

La nouvelle résolution historique adoptée par le PCC donne-t-elle plus de pouvoir à Xi Jinping ?
Mao Zedong, Président du Parti communiste chinois (PCC), avec Zhou Enlai, l’un des principaux responsables du Parti et Premier ministre de la République populaire de Chine depuis sa création en 1949, jusqu’à sa mort. (Image : wikimedia / Domaine publique)

Mao Zedong, qui a pris la tête du mouvement communiste dans les années 1930, a consolidé son pouvoir grâce au « Mouvement de rectification de Yan’an » (1942-1945) - une inquisition politique fanatique menée dans les grottes des fortifications du Parti communiste, dans le nord-ouest de la Chine. Le mouvement, qui consistait en un endoctrinement radical basé sur les idées de Mao, ainsi que de sévères punitions en cas de dissidence, a éliminé ceux qui, au sein du PCC, préconisaient une approche plus internationaliste du communisme et une coopération plus étroite avec l’Union soviétique.

« La résolution historique de 1945 de Mao est intervenue après sa prise de pouvoir et constituait une critique de la " ligne incorrecte " de ses prédécesseurs », a déclaré à Vision Times Don Tse, chercheur principal du cabinet de conseil en risques politiques SinoInsider, basé à New York.

Deng Xiaoping, l’un des cadres clés du Parti à ses débuts, est tombé en disgrâce dans les années 1960 en même temps que Liu Shaoqi, le malheureux chef d’État de la RPC, accusés d’être « capitalistes et de droite ». Cependant, contrairement à Liu Shaoqi, Deng Xiaoping a survécu au traumatisme de la Révolution culturelle de Mao (1966-1976), au cours de laquelle des millions de personnes accusées de s’écarter du socialisme ont été humiliées, brutalisées ou poussées au suicide. Après la mort de Mao Zedong en 1976, Deng Xiaoping l’a emporté sur Hua Guofeng, le président du Parti dont la politique du « double soutien inconditionnel » défendait les politiques du défunt fondateur de l’État communiste se sont avérés profondément impopulaires auprès de la majorité des fonctionnaires du PCC.

Suite aux premières réformes économiques annoncées par Deng Xiaoping en 1979, le Parti s’est rangé à ses côtés, et sa résolution historique de 1981 portant sur « certains problèmes de l’histoire du Parti » depuis la fondation de la RPC, a désapprouvé la Révolution culturelle, tout en affirmant les politiques de réforme qui allaient propulser la Chine au rang de deuxième économie mondiale.

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Mao Zedong, Deng Xiaoping à droite, et Wang Jiaxiang à gauche. (Image : wikimedia / Domaine publique)

Don Tse note que si la troisième résolution historique du Parti communiste promeut fortement la pensée de Xi Jinping, elle ne contient pas de critiques à l’encontre des prédécesseurs ou de leurs doctrines politiques qui est visible dans les résolutions précédentes.

« Plutôt que de nier l’héritage des dirigeants précédents, la résolution de Xi Jinping les reconnaît comme faisant partie de l’effort d’un siècle pour " siniser " le marxisme », a-t-il déclaré.

Cela rejoint une observation faite en octobre par le chroniqueur du South China Morning Post, Wang Xiangwei, à l’occasion de l’annonce de la délibération d’une résolution historique lors du Sixième Plénum. Il a déclaré que le document serait probablement « tourné vers l’avenir de l’ère de Xi Jinping », plutôt que de critiquer « les principales erreurs et leçons du passé ».

En octobre, Larry Ong, un analyste de SinoInsider, a déclaré à The Epoch Times, que contrairement à Mao Zedong et à Deng Xiaoping, qui ont déployé leurs résolutions pour « déclarer la victoire sur leurs rivaux vaincus » et « affirmer la justesse de leurs politiques », Xi Jinping « n’a pas encore battu » ses ennemis au sein du PCC.

Les luttes entre factions

La campagne de lutte contre la corruption menée par Xi Jinping, qui a débuté peu après son entrée en fonction fin 2012, est considérée comme une action dirigée contre l’influence bien ancrée de l’ancien chef du PCC, Jiang Zemin - dont la faction a dominé la politique chinoise après la mort de Deng Xiaoping en 1997 - et qui reste encore aujourd’hui une force puissante au sein du régime.

Des centaines de cadres supérieurs du Parti démis de leurs fonctions par la commission d’inspection disciplinaire du PCC étaient des proches alliés de Jiang Zemin, aujourd’hui âgé de 95 ans, ou associés à ceux qui faisaient partie de son réseau. Parmi les « grands tigres » condamnés au cours du premier mandat de Xi Jinping, figurent Bo Xilai, le chef du PCC de la mégapole de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, dont la chute a été largement considérée par les observateurs chinois de l’étranger comme étant à l’origine d’un coup d’État manqué contre le nouveau président Xi Jinping. Parmi les autres personnalités condamnées, Zhou Yongkang, l’ex-tsar de la sécurité et membre du Comité permanent du Politburo, ainsi que les généraux Xu Caihou et Guo Boxiong de l’Armée populaire de libération (APL) avaient tous une carrière qui les liait directement à Jiang Zemin, un dirigeant connu pour avoir profité de la réussite économique de la Chine pour remplir les poches de ses partisans.

L’élimination de ces « tigres » a affaibli, mais pas vaincu, la faction de Jiang Zemin, qui a conservé plusieurs affiliés au Politburo jusqu’en 2017. D’importants cadres retraités associés à Jiang Zemin, tels que l’ancien vice-président chinois Zeng Qinghong, conservent une autorité de facto en raison de leur prestige et de leurs relations personnelles.

Selon Don Tse de SinoInsider, la faction dirigée par Jiang Zemin a sapé à plusieurs reprises le leadership de Xi Jinping, et elle aurait même organisé une deuxième tentative de coup d’État contre lui avant le 19e Congrès national du PCC en 2017.

Neuf ans après l’ascension de Xi Jinping au pouvoir, la purge des fonctionnaires liés à Jiang Zemin continue toujours. Le 5 novembre, l’ancien vice-ministre de la sécurité publique, Sun Lijun, a été officiellement arrêté après son expulsion du PCC le 30 septembre pour crimes politiques, notamment pour avoir « organisé des gangs » pour contrôler des « départements clés » et être allé à l’encontre de la volonté de direction de Xi Jinping.

Fu Zhenghua, ancien ministre chinois de la Justice de 2018 à 2020, a été purgé le 2 octobre. Sun Lijun et Fu Zhenghua avaient également tous deux étés des cadres dirigeants du « Bureau 610 », le nom informel d’une puissante organisation du Parti créée par Jiang Zemin en 1999 pour mener à bien la répression du Falun Gong et de certaines religions interdites.

Le nombre de responsables de la sécurité qui travaillaient au Bureau 610 est tellement élevé que, selon certains observateurs, il est possible d’évaluer assez précisément le risque pour un fonctionnaire chinois de s’attirer les foudres de Pékin, en se basant sur son implication dans la persécution du Falun Gong - une campagne lancée et fortement encouragée par Jiang Zemin.

Assurer un troisième mandat

Malgré l’intense rivalité entre Xi Jinping et Jiang Zemin, le communiqué du sixième plénum ne répudie pas l’héritage politique de Jiang Zemin et ne critique pas l’ancien dirigeant. Au contraire, il considère Jiang Zemin comme un « camarade » qui a défendu les « théories et ligne fondamentales du Parti » par le biais de la doctrine des « Trois Représentants ».

Willy Wo-Lap Lam, analyste à la Jamestown Foundation, a cité Chen Pokong, universitaire et dissident chinois basé aux États-Unis, qui a déclaré que Xi Jinping n’était pas sans difficulté dans ses efforts pour cimenter un culte de la personnalité.

« Cela permet d’expliquer pourquoi un paragraphe relativement long du communiqué sur la résolution est consacré aux politiques des anciens présidents Jiang Zemin et Hu Jintao (le successeur de Jiang Zemin) », a déclaré Willy Wo-Lap Lam, notant que l’intégration de leurs contributions idéologiques pourrait être une « concession » inévitable de la part de Xi Jinping.

La nouvelle résolution historique adoptée par le PCC donne-t-elle plus de pouvoir à Xi Jinping ?
Le dirigeant chinois Xi Jinping, et l’ancien dirigeant du Parti communiste chinois Jiang Zemin pendant le 19ème Congrès national du PCC qui s’est tenu au Grand Palais du Peuple, à Pékin, du 18 au 24 octobre 2017. 2 280 délégués représentaient les 89 millions de membres supposés du parti. (Image : wikimedia / Voice of America / Domaine publique)

Néanmoins, les éditoriaux publiés dans les médias d’État chinois avant et pendant le Sixième Plénum affirment non seulement que le maintien de Xi Jinping au pouvoir est nécessaire à la survie « du Parti et du pays », mais contiennent également des critiques voilées à l’encontre de la faction de Jiang Zemin.

Un article publié le 8 novembre par la Xinhua News Agency sur le « grand rajeunissement de la nation chinoise » mentionne 77 fois Xi Jinping , 6 fois Mao Zedong, et 2 fois Deng Xiaoping, faisant totalement abstraction de Jiang Zemin et de Hu Jintao. L’article affirme par ailleurs que la campagne anti-corruption de Xi Jinping a « sauvé la mise » suite aux « implications politiques extrêmement mauvaises et alarmantes » de la corruption non contrôlée.

Le lendemain, People’s Daily a publié un éditorial similaire présentant Xi Jinping comme un leader du peuple prêt à « faire ce que nous devons faire et à offenser les personnes que nous devons offenser ». Cet article souligne l’importance de la lutte contre la corruption, pointant du doigt les proches alliés de Jiang Zemin qui avaient été purgés avant le 19ème Congrès du Parti : « Zhou Yongkang, Bo Xilai, Guo Boxiong, Xu Caihou, Sun Zhengcai et Ling Jihua ».

Les deux articles s’insurgent contre les « princes à la casquette de fer » qui, selon une analyse récente de SinoInsider, font indirectement référence à Zeng Qinghong, l’ancien vice-président et chef de facto de la faction Jiang Zemin. L’article cite aussi une déclaration de Xi Jinping, disant qu’aucun fonctionnaire n’est « intouchable ».

La nouvelle résolution historique adoptée par le PCC donne-t-elle plus de pouvoir à Xi Jinping ?
Le vice-président chinois de l’époque, Xi Jinping (à droite), et l’ancien vice-président chinois, Zeng Qinghong (à gauche), lors de la session d’ouverture du 18ème Congrès du Parti communiste qui s’est tenue au Grand Hall du Peuple, le 8 novembre 2012 à Pékin. (Image : Capture d’écran / You Tube)

De nombreux observateurs ont noté un lien apparent entre la résolution historique et les efforts de Xi Jinping pour obtenir un troisième mandat à la tête du PCC. Selon les normes actuelles, Xi Jinping devrait se retirer en 2022, mais il n’a pas désigné de successeur, et la propagande publiée lors de l’évènement du Sixième Plénum viserait à justifier son maintien au pouvoir.

Toutefois, « l’adoption de la "résolution historique" de Xi Jinping était une évidence, cependant, la question de savoir si l’élite du Parti est vraiment à l’unisson derrière Xi Jinping » est une autre question pour la faction Jiang Zemin dans son ensemble, selon SinoInsider.

Xi Jinping met probablement en garde la faction Jiang Zemin et la « coalition anti-Xi » contre toute ingérence dans ses efforts pour obtenir un troisième mandat, sous peine d’être contraint d’« offenser les gens que nous devons offenser » et de purger des fonctionnaires « intouchables » tels que Zeng Qinghong et Jiang Zemin, écrit le cabinet de conseil dans sa lettre d’information du 11 novembre.

Mais les bénéfices que Xi Jinping tire de l’offensive de propagande ne peuvent être que temporaires, car la RPC est confrontée à un ralentissement économique durable. La pandémie de Covid-19, ainsi que les condamnations et aliénations internationales pour les politiques autoritaires de Xi Jinping, et le risque d’effondrement du secteur immobilier, alors qu’Evergrande et d’autres promoteurs luttent pour résoudre leurs dettes, ont sérieusement affecté l’économie du pays.

Face aux crises externes et aux luttes politiques internes, l’autorité de Xi Jinping « est maintenant plus fragile qu’elle ne l’était les années précédentes, et lui et le Parti deviennent encore plus vulnérables aux événements du cygne noir et à d’autres risques », avertit SinoInsider.

Rédacteur Fetty Adler

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