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Chine. Et si l’Empereur Xi venait à abdiquer…

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Le « Petit Timonier » occupe non seulement la fonction de président de la République populaire mais encore celle de Secrétaire général du Parti communiste, le poste le plus élevé en Chine. (Image : PublicDomainPictures / Pixabay)
 

Après avoir été contaminé par le coronavirus, l’état du Premier ministre britannique Boris Johnson a connu une aggravation avant de s’améliorer. Dominic Raab, ministre des Affaires étrangères et premier dans le rang ministériel, a été désigné pour assurer un intérim très encadré.

Boris Johnson est le premier chef de gouvernement d’une grande puissance à devoir être remplacé pour cause d’infection au coronavirus. Certains médias hongkongais ont fait un parallèle avec la Chine en écrivant qu’une incapacité de gouverner du président, XI Jinping, consécutive, notamment, à une contamination par le virus, conduirait à la suppléance par le vice-président, conformément à la Constitution chinoise.

Après le « Grand Timonier », le « Petit Timonier »

Un article du 7 avril du Hong Kong Economic Times rappelle que le « Petit Timonier » occupe non seulement la fonction de président de la République populaire mais encore celle de Secrétaire général du Parti communiste, le poste le plus élevé en Chine. En février 2018, le Parti Communiste Chinois (PCC) a proposé au Parlement une modification de la loi fondamentale visant à abolir la disposition constitutionnelle qui limitait la fonction présidentielle à deux mandats de 5 ans. Cet amendement autorise Xi Jinping, président depuis 2013, à demeurer chef de l’Etat à vie.

Aucun de ses prédécesseurs n’a bénéficié d’une telle concentration du pouvoir depuis Mao Tse Toung (1949-76). Le poste de Secrétaire général du parti est le plus important inscrit dans la Constitution. Xi Jinping est aussi Président de la Commission militaire centrale depuis 2012 et contrôle, ainsi, l’armée. Mao, le « Grand Timonier », disait : « Le pouvoir est au bout du fusil ». Xi Jinping est aussi Président de groupes de travail qui touchent des domaines tels que la sécurité nationale et le cyberespace, l’économie, la finance, les réformes, etc.

Conformément à la Constitution, le vice-président assurera l’intérim si Xi Jinping n’est pas en mesure d’assumer ses fonctions pour une raison ou une autre. En cas d’incapacité du premier, les 3 000 représentants de l’Assemblée populaire nationale (ANP) procèderont à une élection et son président occupera temporairement le poste de président du pays.

Depuis 2018, Wang Qishan est vice-président et Li Zhongshu, président du Comité permanent de l’ANP (cf tableau bas de page). Li Zhongshu est aussi membre du Comité permanent, le plus haut organe décisionnel de la Chine. En outre, les fonctions de Secrétaire général adjoint ou par intérim ne sont pas inscrites dans la Constitution. Cependant, dans le passé, Zhao Ziyang (1919-2005), Premier ministre, a assuré le poste de Secrétaire général par intérim.

Selon Zheng Zhongyuan, journaliste au SecretChina, le régime communiste chinois traverse une double crise interne et externe. (Image : wikimedia / Soramimi / CC BY-SA)
Selon Zheng Zhongyuan, journaliste au SecretChina, le régime communiste chinois traverse une double crise interne et externe. (Image : wikimedia / Soramimi / CC BY-SA)
 

Existence d’un organigramme « exceptionnel »

Le magazine autrichien Trend révélait que début 2016, Xi Jinping avait personnellement défini les fonctions de l’équipe de remplacement. Le Bureau politique du Parti communiste chinois (cf tableau bas de page) a également adopté un organigramme « exceptionnel » en vertu duquel le successeur assurerait l’ensemble des fonctions de Xi Jinping si celui-ci était dans l’incapacité de les assumer.

La « motion spéciale » adoptée par le Bureau politique du Comité central du PCC mentionne trois motifs qui justifieraient la mise en place d’un intérim : le premier fait référence au « très grave traumatisme subi suite à une attaque militaire extérieure ou à l’agression par une force militaire », alors que le second évoque une situation intérieure liée aux pertes accidentelles ou soudaines de membres importants de la direction du PCC qui affecterait son fonctionnement, tandis que le dernier fait référence à l’absence de gouvernement dont l’origine serait une émeute politique nationale.

Ce texte donne un panel de noms susceptible d’assurer la suppléance de « l’Empereur à vie » pendant une « période exceptionnelle ». Il est proposé une répartition des postes en cas de décès accidentel de Xi Jinping et de Li Kequiang comme suit :

1. Si Xi Jinping a un accident, sont nommés : Wang Qishan, chef du groupe de direction ; Li Keqiang, premier chef adjoint ; Zhang Dejiang, Li Zhanshu et Xu Qiliang, chefs adjoints.

2. Si Xi Jinping et Li Keqiang sont accidentés : Wang Qishan serait le chef du groupe de direction et Zhang Dejiang, Li Zhanshu et Xu Qiliang et Ma Kai l’équipe placée à la vice-présidence.

3. Si Xi Jinping et Wang Qishan ont un accident : le chef du groupe de direction serait Li Keqiang ; Xu Qiliang, le premier vice-président ; Zhang Dejiang, Li Zhanshu et Ma Kai, à la vice-présidence.

4. Si Xi Jinping, Li Keqiang et Wang Qishan ont un accident : à la tête du groupe de direction, nommé « rassembleur », Li Zhanshu, ses chefs adjoints : Zhang Dejiang, Xu Qiliang, Ma Kai et Chang Wanquan.

À ce jour, Xi Jinping n’a pas de successeur. En janvier de cette année, « Qiushi », un bimensuel publié par le Comité central du PCC, rapportait que le Président envisageait « de remplacer la direction de l’Etat de manière ordonnée conformément à la Loi », suscitant l’inquiétude de l’opinion publique. Selon certains médias français, Xi Jinping semble être à la recherche d’un successeur.

L’épidémie du coronavirus (pneumonie de Wuhan) a permis de dévoiler le vrai visage du PCC au monde entier et a eu un impact majeur sur la situation politique à Pékin. Des médias sociaux étrangers tweetaient que Xi Jinping aurait abandonné le système de président à vie, ainsi que la désignation de ses successeurs. Li Qiang et Hu Chunhua, choisis par Xi, devront se présenter comme candidats aux postes de Secrétaire général et de Premier ministre.

Zheng Zhongyuan, journaliste au SecretChina, estime que le régime communiste chinois traverse une double crise interne et externe. Comme le régime n’a plus de candidat convenable, le 20ème Congrès du PCC prévu en 2022 n’aura sans doute pas lieu.

xi

Note : « Empereur Xi » surnom donné par les pro-démocrates hongkongais

Rédacteur Caroline Daix

Collaboration Farida L.

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