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Opinion. La responsabilité sociale des élites : conscience de soi, richesse matérielle et avenir de l’humanité (1/4)

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La conscience de soi 

Dans une société mutante et en crise actuellement, quelle est la part de responsabilité sociale pour les élites ? Être plus résilient pour créer plus de richesse matérielle ? Respecter l’environnement ou revenir à la tradition basée sur la moralité ? Mais tout cela passerait-il par l’éveil de la conscience de soi, une étape incontournable : qui suis-je, pourquoi suis-je là et où vais-je ?

L’éveil de la conscience de soi aux différentes périodes de la vie

La philosophie et la psychologie, qui s’intéressent toutes deux à cette question, avancent généralement que la cognition humaine commence par la perception de soi, comme dans le cas de ce que l’on appelle l’éveil de la conscience de soi. Par exemple, l’ego de l’enfant le pousse à rechercher ce qui lui procure du bien-être. Un bébé pleure quand il a faim, son égo se manifeste à travers ses pleurs. Pour lui, la nourriture qu’il mange est sa propre nourriture, et la personne qui le nourrit est sa mère, etc.

Pour un enfant qui aime le goût sucré, son égo le poussera à réclamer des bonbons. Si un adulte pense que manger trop de bonbons fera mal aux dents, son ego pourrait être la santé à long terme. Au cours de leur vie, les gens développent différentes consciences de soi, qui s’éveillent les unes après les autres.

Pour beaucoup, la conscience de soi, qui dure tout au long de la vie, concerne le corps matériel, qui pousse à « vouloir manger quand on a faim et se couvrir lorsqu’on a froid ». Tout comme le dit un dicton chinois : « La vie d’un homme n’est qu’une question de nourriture et de vêtement ».

Si l’on identifie notre soi à notre propre famille, à nos parents, à notre épouse, à notre époux et à nos enfants, alors, selon les valeurs de la piété filiale prônées par Confucius, le fait d’être obéissant envers ses parents et ses aînés, de prendre soin de sa femme et de ses enfants et de travailler dur pour gagner de l’argent, afin de faire vivre la famille, est le résultat de cette perception de soi.

Lorsqu’on étend le concept de soi aux amis et aux frères, cela reflète ce que Liu Bei (161-223), l’empereur fondateur du royaume de Shu, a dit pour empêcher son frère adoptif de se suicider : « Les frères et amis sont comme les pieds et les mains (qui ne peuvent pas être abandonnés) et l’épouse est comme un vêtement (qui est facile à changer) ».

La responsabilité sociale des élites : conscience de soi, richesse matérielle et avenir de l’humanité
La notion d’existence selon René Descartes a une profonde influence sur la société actuelle. (Image : wikimedia / After Frans Hals / Domaine public)

Si l’on considère que le soi se reflète dans notre comportement, il faut alors, selon les enseignements confucéens, faire preuve de rectitude, de droiture et d’intégrité, de bienveillance, de sagesse et de foi, etc. Mais, si l’on considère que le soi est constitué de nos propres pensées, cela illustre ce que le philosophe français René Descartes (1596 – 1650) disait : « Je pense donc je suis », Cogito ergo sum.

La sagesse populaire avance souvent que ceux qui manquent de sagesse ne se préoccupent que du gain immédiat, alors que les sages disent : « Il faut réfléchir sur le long terme ». Un dicton chinois dit : « Si l’on ignore les sages conseils des personnes âgées, on subira sûrement une perte ou on vivra des moments difficiles ». Cela signifie que les personnes âgées, qui ont traversé toute une vie, sont mieux à même de comprendre ce qu’il faut faire pour atteindre le plus grand bonheur dans la vie, ce qui revient à dire que le concept de soi englobe la vie entière d’une personne.

Si quelqu’un sacrifie son égo à son pays et à sa nation, alors il est un homme qui se soucie du pays et du peuple, qui cultive son corps, harmonise sa famille, dirige le pays avec la vertu, et pacifie le monde, il est un pilier du pays et un héros national, qui laissera une bonne réputation dans l’histoire humaine et qui sera admiré de tous.

Dès leur enfance, les princes héritiers chinois développaient une compréhension profonde de l’univers et le sens d’être un pilier du pays

La responsabilité sociale des élites : conscience de soi, richesse matérielle et avenir de l’humanité
La notion de soi commence par la perception de l’univers dans la culture chinoise traditionnelle. (Image : Luminas Art / Pixabay)

La première et la deuxième phrase du livre d’apprentissage destiné à l’origine à l’éducation des princes héritiers, et écrit il y a plus de 500 ans : le Classique des mille caractères de Zhou Xingsi, se lisent (en traduction explicite) comme suit : « Lorsque la terre est née, elle était entourée d’un gaz chaotique, impur, rouge et noir, et la terre était jaune, inondée et désolée à perte de vue. Après une longue période de temps, les cieux et la terre s’éclaircirent lentement et l’on put voir le soleil et la lune se déplacer dans le ciel de façon régulière ».

La lune est brillante et pleine tous les quinze soirs, et le soleil commence à s’incliner vers l’ouest une fois midi passé, c’est un phénomène qui ne change jamais. Et d’innombrables étoiles sont dispersées dans l’étendue infinie du ciel, en groupe ou seules, brillant d’une lumière enchanteresse et donnant à l’humanité des rêveries infinies.

Dès le début, ce livre introduit l’esprit des enfants aux notions du Ciel, de la Terre et de l’Univers. Il établit pour ces jeunes princes un sens du soi extrêmement large, qui a certainement contribué à donner naissance aux nombreuses personnes vertueuses en Chine à travers les âges. Des personnes qui « s’inquiètent pour le pays avant tout le monde, et jouissent du bonheur après tout le monde », comme le précise le poème Mémorial de la Tour Yueyang de Fan Zhongyan, poète reconnu de la dynastie Song du Nord (960-1126).

De nombreuses personnes peuvent se poser des questions sur elles-mêmes, telles que : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Où est-ce que je vais ? Les changements dans les mots utilisés pour exprimer le « soi » en chinois reflètent également les changements dans la conscience de soi au cours de l’histoire, projetant les points de vue sur le soi et la moralité dans la tradition chinoise.

Quelle est la notion de l’ego dans la culture chinoise

La responsabilité sociale des élites : conscience de soi, richesse matérielle et avenir de l’humanité

Le caractère chinois pour « Je » ou « Moi » (我), en écriture ossécaille et style bronze, signifie une arme blanche couramment utilisée avant la dynastie Qin (221 à 206 av. J. -C.). (Image : wikimedia / 玖巧仔 / CC BY-SA 3.0)

Dans les temps modernes, le mot chinois 我 (prononcé comme « woh ») est utilisé pour représenter le soi. Le caractère chinois pour 我 est composé de 手 + 戈, ce qui signifie, selon le commentaire de Xu Kai dans le dictionnaire chinois traditionnel Shuowen Jiezi, une personne tenant une arme pour se protéger. Cela peut montrer que les gens sont désormais plus susceptibles de se faire concurrence et de se battre entre eux. Bien sûr, chacun a sa propre conscience de « soi », et l’objet de sa défense est différent.

Dans les temps anciens, les Chinois utilisaient souvent le mot 吾 (prononcé comme « ou ») pour désigner le soi. Le mot 吾 est le même que 無 (prononcé également comme « ou »), qui signifie « pas de soi », ce qui correspond à la pratique bouddhiste du « néant ». Lorsque l’on se dit 吾, on essaie de devenir « le Grand Soi » altruiste et désintéressé.

Un autre caractère chinois lié au soi est 私 (prononcé comme « s »). Dans Les dialectes, il est dit : « Toutes les petites choses sont appelées 私 (ego ou privé) ». La signification originale de 私 (privé) est l’opposé de 公 (public). En japonais 私 signifie 我 (moi), donc ce 私 pourrait être considéré comme une sorte d’ego : une petite vision du soi, qui peut être appelée 私.

Se désigner comme tel devant les autres personnes est un signe d’humilité et d’introspection. Se considérer comme tel peut être perçu comme égoïste. On dit généralement que 無私 (non égoïste), c’est-à-dire l’altruisme, est un signe de haute moralité, tandis que 自私 (égoïste) est un signe de basse moralité. C’est-à-dire que se considérer comme petit et protéger ses propres intérêts est moralement bas, alors que le contraire est noble.

Cette vision provient de la vision fondamentale de toute chose de l’univers dans la tradition chinoise. Dans la tradition chinoise, on croit que le corps matériel, l’esprit et la pensée d’une personne ne font qu’un, et que cette personne se trouve dans un système inextricable de multicouches composé de famille, de clan, de nation, de pays, etc. Lorsque la signification du soi évolue, comme dans le cas d’un système étendu, le soi prend une série de significations différentes comme décrit ci-dessus.

Ces différents egos démontrent qu’il existe un système de conscience de soi au sein de ce système de multicouches très étendu. Dans ce contexte, le « désintéressement » peut également être compris comme le fait de « traiter un éventail considérable de systèmes comme les siens ». Par exemple, il y a ceux qui considèrent une vie comme soi, ceux qui considèrent l’origine de toutes leurs réincarnations comme soi, et ceux qui considèrent le monde et l’univers dans lesquels ils existent, comme soi. Finalement, il est difficile de dire si cette vision du soi est égoïste, mais elle n’est pas altruiste.

La notion de l’ego basée sur l’individualisme dans la culture occidentale

Contrairement à cette vision systémique, il existe une autre vision qui prend en considération les individus indépendants, qui croit que le monde est composé d’individus indépendants. En conséquence, chaque personne est un individu indépendant. Cet individu indépendant est basé sur un corps indépendant, et en même temps il existe une conscience indépendante, une pensée indépendante, une personnalité indépendante, etc., qui sont étroitement liées à ce corps matériel. Pour cet individu indépendant, l’égoïsme est égal à la poursuite des intérêts individuels de cet individu indépendant, et l’altruisme est l’acte de bénéficier à d’autres individus. Dans ce cas, le « non égoïsme » et l’altruisme sont synonymes.

De cette façon, deux visions différentes de l’univers ont formé deux consciences de soi différentes, ainsi que des caractéristiques culturelles, civilisationnelles et des concepts moraux différents basés sur ces différentes consciences de soi. Le premier est basé sur la relation fixe entre les différents egos, et le second est basé sur la liberté de l’individu. Les civilisations basées sur ces deux caractéristiques se comporteront différemment lorsque la société favorisera généralement le bien ou le mal.

Dans une société fondée sur le premier concept de l’univers, lorsque le cœur des gens est généralement bon, les gens devraient être capables de « faire preuve de bonté entre les pères et les fils. Les maris et les femmes devraient se respecter, se comprendre et vivre en harmonie. Les frères et sœurs devraient se comporter conformément à la hiérarchie des aînés et des cadets, et les amis devraient être honnêtes et dignes de confiance. Le roi doit être courtois envers ses sujets, et ces derniers seront naturellement loyaux envers le roi », comme l’indique le Classique à trois caractères chinois.


La piété filiale dans les différentes situations de la société chinoise traditionnelle. (Image : wikimedia / National Palace Museum / Domaine public)

La société entière se trouvera alors dans une telle harmonie. Mais une fois que la classe dirigeante sera corrompue, elle sera encline à la tyrannie centralisée et à l’oppression du peuple.

Pour les sociétés fondées sur cette dernière conception de l’univers, où le cœur et l’esprit de la majorité des gens sont encore bons, un système démocratique peut être utilisé pour limiter la corruption de la classe dirigeante. Au cœur d’un tel système se trouve le droit de l’individu au libre choix. Lorsque la majorité des gens n’ont pas conscience du bien et du mal, ou sont enclins au mal, un tel système démocratique donnerait au contraire une « légitimité » au mal.

D’une manière générale, du point de vue des premiers, les seconds seraient considérés comme accordant trop d’importance aux individus, et du point de vue des seconds, les premiers seraient considérés comme étant limités dans la liberté individuelle.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’activité économique domine le monde et les intérêts économiques mesurent presque tout. La poursuite d’intérêts économiques, fondée sur ces différentes consciences et perceptions de soi, constitue la principale caractéristique du développement de la société humaine actuelle. Des consciences de soi et des perceptions de soi différentes conduisent à des systèmes différents de distribution des avantages économiques, de conscience sociale et de valeurs morales.

Rédacteur Yi Ming

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