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Opinion. Le pouvoir de la définition d’objectifs saisonniers : aligner ses ambitions sur les cycles de la nature

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Fixer des objectifs saisonniers offre une manière plus douce et intuitive de structurer nos ambitions en les alignant sur les rythmes qui régissent la nature et le comportement humain. Au lieu de nous imposer une productivité constante, cette approche nous aide à observer comment chaque saison remodèle subtilement nos habitudes, notre énergie, notre état émotionnel et nos priorités. 

Elle nous invite à réfléchir à nos engagements, à nos responsabilités et à nos ressources internes, et à nous adapter en conséquence, plutôt que de lutter contre des courants que nous ne pouvons maîtriser. De plus en plus d’études psychologiques et écologiques suggèrent que les êtres humains fonctionnent mieux lorsque leurs ambitions sont en harmonie avec le monde naturel.

Par un après-midi paisible de février, entre le ciel gris et les congères à moitié fondues qui bordaient la rue, une femme nommée Ellen réalisa qu’elle avait déjà abandonné quatre de ses six résolutions du Nouvel An. Elle n’avait pas fait plus d’exercice. Elle n’avait pas médité quotidiennement. Elle n’avait ni réorganisé son appartement ni réduit sa consommation de caféine. « Je pensais que quelque chose clochait chez moi », me confia-t-elle, « jusqu’à ce que je remarque que tout autour de moi — les arbres, les animaux, même la lumière — semblait à moitié endormi. Pourquoi m’efforçais-je tant de m’épanouir en hiver ? »

Son observation, bien que faite sur le ton de la plaisanterie, s’inscrit dans un corpus croissant de recherches psychologiques et écologiques suggérant que les êtres humains fonctionnent mieux lorsque leurs ambitions sont en harmonie avec le monde naturel. L’idée n’est pas nouvelle. Mais dans une société qui vénère la productivité perpétuelle, il peut paraître presque radical de considérer que le repos, le retrait et même le lâcher-prise sont aussi essentiels à la réussite que l’effort, l’élan et la motivation.

La définition d’objectifs saisonniers – une pratique simple qui harmonise nos ambitions personnelles avec les quatre saisons – offre une telle réorientation. Plutôt que de conditionner nos vies à travers la grille rigide du calendrier grégorien, nous nous intéressons plutôt aux cycles de lumière, de température, d’énergie et aux fluctuations de nos émotions. Comme le démontrent les dernières découvertes scientifiques, ces cycles nous façonnent bien plus que nous ne le pensons.

Cela commence peut-être par l’inévitable vérité de la biologie.

L’alignement de l’appel de la nature et de ses rythmes

Les recherches confirment de plus en plus l’idée que les êtres humains s’épanouissent lorsque leurs comportements sont en harmonie avec les rythmes naturels. Une étude de 2022 publiée dans Biological Psychiatry a révélé que les variations saisonnières de la durée du jour influencent significativement la chimie du cerveau, notamment l’activité de la sérotonine, ce qui a un impact sur l’humeur, la motivation et les performances cognitives globales. 

Les chercheurs ont observé que les schémas neuronaux humains fluctuent tout au long de l’année de manière similaire à ceux d’autres organismes qui adaptent leur comportement aux variations saisonnières, ce qui suggère que notre bien-être est étroitement lié aux cycles environnementaux. 

Le pouvoir de la définition d’objectifs saisonniers : aligner ses ambitions sur les cycles de la nature
Les chercheurs ont observé que les schémas neuronaux humains fluctuent tout au long de l’année de manière similaire à ceux d’autres organismes qui adaptent leur comportement aux variations saisonnières, ce qui suggère que notre bien-être est étroitement lié aux cycles environnementaux. (Image : GreensandBlues / envato)

Comment la définition d’objectifs saisonniers révèle les schémas cachés qui façonnent nos vies

L’Institut national des sciences médicales générales souligne que notre organisme est régi par des rythmes circadiens – des cycles de 24 heures qui régulent le sommeil, la cognition et l’humeur – mais peu de gens savent que nous sommes également sensibles aux rythmes saisonniers qui fluctuent tout au long de l’année. Des recherches ont démontré que le taux de dopamine chez l’humain augmente au printemps et en été, puis diminue avec la diminution de la durée du jour en automne et en hiver. Ces variations biochimiques influencent la motivation, la mémoire et même la prise de risque. Comme le souligne une étude publiée par Cambridge University Press, les performances cognitives présentent une « nette variation saisonnière », avec des différences mesurables en matière d’attention et de mémoire de travail selon les mois.

Si notre esprit et notre corps évoluent au fil des saisons, la pression de maintenir une productivité identique en janvier et en juin devient non seulement irréaliste, mais aussi physiologiquement contradictoire. Ceci explique en partie pourquoi, selon une analyse de US News & World Report, 80 à 90 % des résolutions du Nouvel An sont abandonnées dès février. Nous prenons des résolutions ambitieuses précisément au moment où notre corps est prêt à se préserver, à réfléchir et à se reposer.

Dans la plupart des climats tempérés, l’hiver est une saison de ralentissement métabolique. Les plantes accumulent de l’énergie. Les animaux hibernent. L’eau se transforme en glace. Pourtant, l’être humain se raconte une histoire paradoxale : c’est le moment de se réinventer. Se fixer des objectifs saisonniers nous incite à adopter une autre perspective, qui prend en compte à la fois nos limites biologiques et notre potentiel psychologique.

Mais cela soulève aussi une question sous-jacente à la vie moderne : comment s’épanouir dans une culture dont les attentes ne correspondent pas à l’ordre naturel ? La réponse commence à se dessiner lorsqu’on examine non seulement les saisons elles-mêmes, mais aussi les responsabilités qui en découlent.

Le poids des devoirs comment les engagements façonnent nos cycles internes

Même au cours du plus beau printemps, quand le soleil libère la sérotonine et que tout semble possible, le paysage de notre vie personnelle peut se révéler moins clément. Les responsabilités qui nous incombent — obligations familiales, soucis de santé, pressions financières, tâches liées aux soins des proches — peuvent créer leurs propres cycles intérieurs, indépendamment des caprices du temps extérieur.

Prenons l’exemple des parents de jeunes enfants. Leurs hivers peuvent durer des années, marqués non pas par la température, mais par le manque de sommeil et le rythme incessant des soins. Pensons aux professionnels exerçant dans des secteurs très exigeants, dont l’activité connaît des pics selon des rythmes anormaux, liés aux trimestres financiers ou aux cycles de l’industrie. Pensons aux aidants qui vivent dans un automne quasi permanent : ils préparent, gèrent et exploitent leurs ressources émotionnelles sans le répit du renouveau printanier.

La fixation d’objectifs saisonniers est d’autant plus efficace qu’elle prend en compte ces cycles intérieurs. Plutôt que de proposer un retour romantique à la nature, elle offre un cadre réaliste : la reconnaissance que les objectifs doivent être façonnés non seulement par les rythmes écologiques, mais aussi par les circonstances personnelles. C’est en cela que cette pratique se distingue d’une simple vie au rythme des saisons et devient plus stratégique – et plus humaine. Elle invite chacun à se demander : dans quelle saison suis-je réellement ? Non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur.

Alors, si la réponse est l’hiver — émotionnel, financier ou physique —, les objectifs appropriés ne sont ni l’expansion ni la réinvention. Il s’agit de stabilisation, de repos et de petits préparatifs. Il est permis de préserver plutôt que de produire. Mais la promesse de ce cadre réside dans les outils qu’il offre pour faire ces choix de manière délibérée plutôt que par réaction.

Des outils pour harmoniser la nature, la société, et l’ambition personnelle

Vivre au rythme des saisons dans le monde moderne exige un équilibre subtil : il faut savoir écouter les rythmes naturels tout en composant avec les contraintes du travail, des échéances et des attentes sociales. Heureusement, plusieurs outils permettent de trouver un juste milieu.

1. La conscience phénologique

    La phénologie, l’étude des cycles saisonniers dans la nature, nous apprend à observer attentivement les changements extérieurs : le bourgeonnement des arbres, le retour de la lumière, le calme du cœur de l’hiver. Lorsque nous intégrons ces observations à notre monde intérieur, nous développons ce que les psychologues appellent la conscience interoceptive — la capacité à percevoir les variations subtiles d’énergie, d’émotion et de besoins physiques. Comme le souligne le Réseau national de phénologie des États-Unis, « la phénologie est un domaine de recherche écologique essentiel qui nous aide à comprendre comment les organismes vivants réagissent aux signaux environnementaux tels que la durée du jour, la température et les précipitations, et comment le changement climatique peut impacter ces variations saisonnières. » 

    2. Les repères temporels

      Les recherches comportementales démontrent que les « repères temporels » déclenchent l’effet de nouveau départ, renforçant notre motivation à entreprendre un changement personnel. Si beaucoup s’appuient sur les anniversaires ou le Nouvel An, la nature offre des repères bien plus puissants : les équinoxes, les solstices, les premières gelées et les premières floraisons. Ces marqueurs, ancrés dans le réel plutôt qu’arbitraires, ancrent la motivation dans une réalité sensorielle.

      3. Les cadres de planification cyclique

      Une approche saisonnière suit souvent une structure en quatre parties :

      • Le printemps : vision, planification, lancement
      • L’été : construction, exécution, expansion
      • L’automne : évaluation, récolte, restructuration
      • L’hiver : repos, intégration, lâcher-prise

      Cela reflète les cycles écologiques, les schémas de régulation émotionnelle et même les systèmes médicaux traditionnels tels que la médecine traditionnelle chinoise, dans lesquels chaque saison correspond à des organes, des émotions et des ajustements de mode de vie spécifiques.

      4. Le lâcher prise comme choix stratégique

      La culture occidentale valorise l’accumulation d’objectifs, de projets et d’identités. Vivre au rythme des saisons nous apprend une compétence tout aussi essentielle : le lâcher-prise. L’automne devient plus qu’une simple métaphore de la fin, c’est un rappel concret que la productivité dépend d’un désencombrement mental, émotionnel et logistique. Comme dans la nature, un arbre qui refuse de perdre ses feuilles ne peut survivre à l’hiver. Alors en nous débarrassant de ce qui ne correspond plus à nos aspirations, nous faisons place à ce qui, à terme, nous conviendra.

      Le pouvoir de la définition d’objectifs saisonniers : aligner ses ambitions sur les cycles de la nature
      Vivre au rythme des saisons nous apprend une compétence tout aussi essentielle : le lâcher-prise. (Image : GreensandBlues / envato)

      La nécessité et la difficulté du lâcher prise

      Le lâcher prise est souvent perçu comme une capitulation ou un échec. Mais dans une perspective saisonnière, cela devient une forme d’intelligence : la capacité de reconnaître quand un objectif n’est plus pertinent, ou quand une responsabilité absorbe plus de ressources qu’une personne ne peut en fournir durablement.

      C’est là, sans surprise, que la résistance se manifeste. On s’accroche à des objectifs dépassés par obligation morale de mener à bien ce que l’on a entrepris, même lorsque la motivation initiale s’est évanouie. On s’accroche à des projets car l’abandon est socialement perçu comme un échec. On s’accroche à des habitudes et à des rôles car s’en défaire est vécu comme une petite mort.

      Mais les arbres s’élaguent naturellement lorsque les ressources se raréfient. Les animaux abandonnent instinctivement les chemins impraticables. Les cycles se perpétuent car la nature accepte l’impermanence. Adopter une planification saisonnière des objectifs, c’est embrasser l’humilité du monde naturel : reconnaître que la croissance n’est pas sans fin, que les énergies ne sont pas infinies. Que le renouveau exige le courage de s’arrêter.

      Le passage d’une saison à l’autre est le moment où cette pratique devient transformatrice. Donc, cette transition commence par la prise de conscience que les priorités sont vivantes — ni fixes, ni statiques, mais adaptables au contexte. Ce qui nous amène à la conclusion, peut-être la plus libératrice, de l’harmonie saisonnière : l’équilibre n’est pas une destination, mais un rythme.

      Choisir des priorités qui honorent à la fois l’ambition et la réalité écologique

      À mesure que l’on apprend à adapter ses objectifs aux saisons, un phénomène inattendu se produit : un nouveau sentiment de maîtrise de soi, fondé non sur la force brute, mais sur le timing. L’ambition ne disparaît pas, elle devient stratégique. Le repos n’est plus synonyme de paresse, il devient préparation. Les engagements ne sont plus une source de surcharge, ils sont planifiés en fonction des périodes de disponibilité. Ce changement de perspective modifie notre façon de travailler, de récupérer et d’envisager le cours de notre vie. Il nous protège également d’une culture qui exige un été perpétuel : une production constante, un élan sans fin, une productivité ininterrompue.

      La définition d’objectifs saisonniers offre une autre solution 

      • Une vie vécue en harmonie avec les saisons intérieures et les cycles extérieurs.
      • Une vie qui accorde une égale importance à l’épanouissement et au dénuement.
      • Une vie qui conçoit le progrès non comme une échelle mais comme un jardin — paisible, cyclique, régénérateur.

      Dans un monde avide d’accélération constante, il s’agit peut-être là de l’objectif le plus radical de tous.

      Rédacteur Fetty Adler
      Collaborateur Jo Ann

      Source : The Power of Seasonal Goal Setting: Aligning Ambitions with Nature’s Cycles
      www.nspirement.com

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