De la violence à l’ensauvagement

Par Christine Modock
Le 14/09/2020

La France serait-elle le pays le plus violent d’Europe 

 

Les puissances exposent leurs forces militaires et nucléaires à la face du monde, comme pour envoyer un message sur leurs capacités de destruction à grande échelle. (Image : David Mark / Pixabay)
Les puissances exposent leurs forces militaires et nucléaires à la face du monde, comme pour envoyer un message sur leurs capacités de destruction à grande échelle. (Image : David Mark / Pixabay)
 

L’ensauvagement, un terme qui s’applique principalement aux animaux vivant en liberté, est actuellement utilisé pour brandir l’image de l’effondrement de notre civilisation et le retour à une société primitive.

Le mot d’ensauvagement a fait une « timide apparition dès le XIXe siècle » avec la réforme luthérienne, qui « refusait à l’homme de faire le bien ». Mais c’est au XXe siècle en 1950, qu’Aimé Césaire écrivain, poète et homme politique, va utiliser ce terme, dans son ouvrage le Discours sur le colonialisme« Il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent ».

Au regard des évènements, des hommes politiques vont peu à peu s’approprier cette expression. En l’an 2000, Thérèse Delpech, normalienne et agrégée de philosophie, alerte les gouvernements de tous les pays, d’un « retour à la barbarie au XXIe siècle ».

L’ensauvagement des sociétés se répand-t-il à travers le monde ?

Les pays occidentaux ont cru à diverses reprises que la barbarie ne reviendrait plus jamais dans le cœur de l’homme. En effet, en 1945 après la victoire sur le nazisme, puis la chute du communisme soviétique en 1989, beaucoup de philosophes, économistes et politiques ont pensé qu’une ère nouvelle était en train de s’ouvrir.

Or, nous savons aujourd’hui que la violence du passé reste imprégnée dans les esprits. D’ailleurs, nous voyons à chaque instant, des puissances exposer leurs forces militaires et nucléaires à la face du monde, comme pour envoyer un message sur leurs capacités de destruction à grande échelle. Les exemples les plus marquants apparaissent avec le conflit sur le nucléaire iranien, le chantage nord-coréen, la rivalité sino-japonais. Chacune de ces situations nous donnent un aperçu inquiétant de l’existence d’une violence internationale.

La philosophe Thérèse Delpech, reprend cette vieille idée d’Augustin, selon laquelle « le poids du péché augmente au fur et à mesure que l’être humain avance dans l’Histoire ». Elle précise également que « L’histoire moderne est semblable à un sourd qui répondrait à une question que personne ne pose ».

 

Au niveau de l’actualité, nous nous sommes habitués aux phénomènes de violence, résultant des incivilités. D’ailleurs, les revendications débouchent maintenant sur des  affrontements violents. (Image : Laurent Verdier / Pixabay)
Au niveau de l’actualité, nous nous sommes habitués aux phénomènes de violence, résultant des incivilités. D’ailleurs, les revendications débouchent maintenant sur des affrontements violents. (Image : Laurent Verdier / Pixabay)
 

Au niveau de l’actualité, nous nous sommes habitués aux phénomènes de violence, résultant des incivilités. D’ailleurs, les revendications débouchent souvent sur des affrontements violents. Mais, il n’y a pas que les manifestations qui sont violentes, les critiques acerbes qui fusent de toutes parts le sont aussi. Plus personne ne semble maîtriser sa parole et des accusations agressives sont divulguées partout, ce qui enlève toute crédibilité aux propos tenus.

Il faut dire que Thérèse Delpech dans son ouvrage L’Ensauvagement avait déjà fait part, il y a 10 ans, de son inquiétude sur la gestion des gouvernements actuels et faisait état des profondes mutations des sociétés, ayant donné naissance à des mouvements comme « Daesh ».

Elle dénonçait l’inaction des gouvernements occidentaux, pensait que « La passivité qui accompagne la montée de la violence est plus inquiétante encore que la violence elle même, car elle rend sa victoire possible. Celle-ci bénéficie de l’inaction »« Nous vivons dans le déni », disait-elle, « en proclamant notre désir illimité de paix, alors qu’en face les autres considèrent notre pacifisme comme de la lâcheté ».

 

Thérèse Delpech dans son ouvrage « l’Ensauvagement », avait déjà fait part, il y a 10 ans, de son inquiétude sur la gestion des gouvernements actuels et faisait état des profondes mutations des sociétés, ayant donné naissance à des mouvements comme « Daesh ». (Image : PublicDomainPictures / Pixabay)
Thérèse Delpech dans son ouvrage l’Ensauvagement, avait déjà fait part, il y a 10 ans, de son inquiétude sur la gestion des gouvernements actuels et faisait état des profondes mutations des sociétés, ayant donné naissance à des mouvements comme « Daesh ». (Image : PublicDomainPictures / Pixabay)
 

Dans son ouvrage : « La négation des catastrophes dans le monde occidental a une longue tradition, on n’a pour ainsi dire jamais rien vu venir, ni la révolution russe, ni la révolution chinoise, ni les deux guerres mondiales, ni l’extermination des juifs, ni la révolution culturelle chinoise, ni la tragédie cambodgienne, ni la chute des 100 étages du World Center ». Cet aveuglement est redoutable et préjudiciable.

Les violences - émeutes – insurrections qui sévissent actuellement et perturbent toute la société, démontrent que nous n’avons pas trouvé pour l’instant les moyens de l’éradiquer. Malgré toutes les dispositions prises, la violence est latente. Elle peut ressurgir à tout moment.

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) évoque une épidémie de la violence dans le monde et constate : « un taux de 10 homicides pour 100 000 habitants, ce qui est le signe d’une violence endémique ». « En Amérique latine et aux Caraïbes, 400 homicides sont commis chaque jour, soit toutes les 14 minutes ».

Les différentes formes d’incivilité se situent à toutes les étapes de la vie de l’homme :

  • La violence économique (délits de rues, drogues, enlèvements)
  • La violence sociale (ségrégation des zones urbaines, réactions des gangs à l’exclusion sociale et économique des jeunes).
  • La violence des manifestations (discriminations, inégalités, pouvoir d’achat – le contrat social entre l’Etat et la société ne fonctionne plus)
  • La violence des élus politiques (récriminations brutales, débats houleux)
  • Violence de la Presse (les informations les plus sordides sont mises en exergue chaque jour)

Toute cette panoplie de violence conduit irrémédiablement sur le chemin de la « sauvagerie » de l’homme. Bien souvent, les multiples incivilités proviennent du fait que les objectifs ordinaires et réalisables sont mis sur le même pied d’égalité que les objectifs excentriques et inacceptables, mettant en cause les valeurs fondamentales de la société.

La France serait-elle le pays le plus violent d’Europe ?

 

Cette violence de plus en plus « horrifiante » met en scène des agressions à l’égard d’individus, des corps de métiers, des commerces, des biens publics et privés, elle fait apparaître le cœur sombre et démoniaque de l’homme, que rien ne peut retenir, ni la morale, ni les institutions, ni la coutume, ni le respect, ni la crainte du Divin. (Image : StockSnap / Pixabay)
Cette violence de plus en plus « horrifiante » met en scène des agressions à l’égard d’individus, des corps de métiers, des commerces, des biens publics et privés, elle fait apparaître le cœur sombre et démoniaque de l’homme, que rien ne peut retenir, ni la morale, ni les institutions, ni la coutume, ni le respect, ni la crainte du Divin. (Image : StockSnap / Pixabay)
 

En 2018 selon Eurostat, commission européenne de l’information statistique à l’échelle communautaire, la France (après la Belgique) est le pays européen ayant enregistré le plus grand nombre d’homicides : 779, devant le Royaume Uni 754 et l’Allemagne 632.

Le Ministre de l’Intérieur, Gérard Darmarin, fait état et condamne « l’ensauvagement de la société française », compte tenu de l’irrespect et de la cruauté qui sévit dans la société française. Le Garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, refuse ce terme « d’ensauvagement » et évoque plutôt le « sentiment d’insécurité ».

Cette violence de plus en plus « effrayante » met en scène des agressions à l’égard des individus, des corps de métiers, des commerces, des biens publics et privés. Elle fait apparaître le cœur sombre et démoniaque de l’homme, que rien ne peut retenir, ni la morale, ni les institutions, ni la tradition, ni le respect, ni la crainte du Divin. Plus rien n’arrête le cœur d’un homme déchaîné et haineux. Il semble qu’on ne puisse plus lui faire entendre raison, parce que son comportement est arrivé à l’extrême. Ainsi ces minorités exacerbées croient pouvoir apaiser leur cœur par la violence, une violence qui va prendre la forme d’un ensauvagement dans certaines circonstances.

On comprend dès lors l’angoisse croissante des populations et leur sentiment d’insécurité. Celles-ci semblent ne plus avoir de repères, ni entrevoir les règles et ne croient plus en la justice.

La violence en France a atteint son plus haut niveau avec le conflit des gilets jaunes, dont les comportements extrêmement violents, proches de la sauvagerie, ont été évoqués et publiés, dans la presse et les journaux télévisés du monde entier. La crainte de voir ce feuilleton désastreux de 2019 servir de modèle à d’autres formes de revendications, tourmente les hautes instances de l’Etat. Défiler sans autorisation, bloquer les routes, braver la police, attaquer les commerces et les immeubles d’habitation, brûler les voitures et le mobilier urbain, sont autant de délits qui doivent être proscrits.

Les causes de cette violence

Les causes de cette violence, évoquées par la plupart des commentateurs, sont principalement : des besoins d’égalité, de justice, de reconnaissance, de travail, de logement et de moyens financiers. Ce sont des revendications qui devraient motiver la plupart des gouvernements. Apporter à chaque individu sa place et lui permettre de vivre est une nécessité vitale. Or, dans notre système actuel, les riches s’enrichissent de plus en plus, tandis que les pauvres s’appauvrissent dans le même temps de plus en plus.

Alors, que faire pour apporter une solution à ce problème ?

 

Il devient nécessaire que les pays développés s’engagent davantage dans des actions de développement, de solidarité et d’apprentissage pour les pays en grande difficulté. (Image : truthseeker08 / Pixabay)
Il devient nécessaire que les pays développés s’engagent davantage dans des actions de développement, de solidarité et d’apprentissage pour les pays en grande difficulté. (Image : truthseeker08 / Pixabay)
 

Pour elle, c’est un impératif, car la poursuite de la violence conduit à une chute de la productivité, une dégradation de la santé et entraîne des conséquences nuisibles au développement humain, social et économique. A tous points de vue, les conséquences de la violence sont néfastes pour le pays et les individus. De ce fait la Banque Mondiale et l’OMS encouragent tous les Etats du monde à mettre en place des stratégies et faire des propositions de communication, de sensibilisation, de formation, de responsabilité, d’éducation, pouvant déboucher sur des travaux en vue d’éradiquer la violence.

Cela s’entend, mais ce développement préventif passe par des investissements importants, pour accroître les emplois, développer les entreprises, apporter l’hygiène, améliorer la santé dans les pays émergents. Pour que ces pays puissent garder leur population, il faut que les habitants se sentent en sécurité chez eux et puissent travailler pour nourrir leur famille. Il devient nécessaire que les pays développés s’engagent davantage dans des actions de développement, de solidarité et d’apprentissage pour les pays en grande difficulté. Les grandes vagues d’immigration de ces dernières années résultent bien souvent du fait que les pays développés n’ont pas anticipé les mesures nécessaires pour endiguer la pauvreté en Afrique ou en Orient. « L’Europe et les USA doivent s’impliquer dans les Etats africains défaillants, comme elle a su le faire ailleurs ».

L’heure est grave et les Etats doivent se mobiliser.