Les premiers humains cuisaient des féculents il y a 170 000 ans

Par Troy Oakes
Le 15/01/2020
 Cette découverte est beaucoup plus ancienne que les rapports précédents sur la cuisson de plantes similaires et elle fournit un aperçu fascinant des pratiques comportementales des premiers humains modernes en Afrique australe. (Image: Wits University)
Cette découverte est beaucoup plus ancienne que les rapports précédents sur la cuisson de plantes similaires et elle fournit un aperçu fascinant des pratiques comportementales des premiers humains modernes en Afrique australe. (Image : Wits University)
 

Il y a 170 000 ans, les habitants de Boder Cave, une célèbre grotte d’Afrique du Sud, extrayaient du sol des tubercules qu’ils ramenaient à la grotte pour les cuire et les consommer. Cette découverte révèle également que la nourriture était partagée et que l’on utilisait des bâtons en bois pour extraire les plantes du sol. Le professeur Lyn Wadley, scientifique au Wits Evolutionary Studies Institute de l’Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud (Wits ESI), a déclaré : «Les habitants de la Grotte frontalière (Border Cave) dans les montagnes de Lebombo à la frontière du Kwazulu-Natal/eSwatini faisaient cuire des féculents il y a 170 000 ans.»

«Cette découverte est beaucoup plus ancienne que les rapports précédents sur la cuisson de plantes similaires et elle fournit un aperçu fascinant des pratiques comportementales des premiers humains modernes en Afrique australe.»

«Elle implique aussi qu’ils partageaient la nourriture et utilisaient des bâtons de bois pour extraire les plantes du sol.»

Le Dr Christine Sievers, une scientifique de l’Université du Witwatersrand, qui a complété les travaux archéobotaniques avec Wadley, a ajouté : «Il est extraordinaire que des restes de plantes aussi fragiles aient survécu si longtemps.»

Les plantes alimentaires souterraines ont été découvertes lors de fouilles à Border Cave dans les montagnes Lebombo (à la frontière de la province du KwaZulu-Natal, Afrique du Sud, et de eSwatini [anciennement Swaziland]), où l’équipe creuse depuis 2015.

 
 
 

Lors de la fouille, le professeur Wadley et le Dr Sievers ont reconnu les petits cylindres carbonisés comme des rhizomes. Tous semblent appartenir à la même espèce, et 55 rhizomes entiers carbonisés ont été identifiés comme étant des Hypoxis, communément appelés la fleur Yellow Star. Le Dr Sievers a dit : «La plus probable des espèces qui poussent dans le KwaZulu-Natal aujourd’hui est l’Hypoxis angustifolia à feuilles minces qui est un aliment privilégié».

«Elle a de petits rhizomes à la chair blanche qui est plus appétissante que la chair amère et orange des rhizomes de l’espèce médicinale mieux connue Hypoxis (appelée à tort pomme de terre africaine)».

Les identification des plantes de Border Cave ont été faites en fonction de la taille et de la forme des rhizomes et de la structure vasculaire examinée au microscope électronique à balayage. Les rhizomes d’hypoxis modernes et leurs homologues anciens ont des structures cellulaires similaires et les mêmes inclusions de faisceaux de cristaux microscopiques, appelés raphides.

 

Les identification des plantes de Border Cave ont été faites sur la taille et la forme des rhizomes et sur la structure vasculaire examinée au microscope électronique à balayage. (Image: Université Wits)
Les identification des plantes de Border Cave ont été faites sur la taille et la forme des rhizomes et sur la structure vasculaire examinée au microscope électronique à balayage. (Image : Université Wits)


Les caractéristiques sont toujours reconnaissables même dans les spécimens calcinés. Sur une période de 4 ans, M. Wadley et Mme Sievers ont fait une collection de rhizomes et de géophytes modernes de la région de Lebombo (Une plante géophyte est dans la classification de Raunkier un type de plante vivace, possédant des organes lui permettant de passer la mauvaise saison enfouie dans le sol. La plante est donc inapparente au cours de quelques mois de son cycle annuel.) 

«Nous avons comparé les caractéristiques botaniques des géophytes modernes et des anciens spécimens carbonisés, afin de les identifier», explique le Dr Sievers.

Les rhizomes d’hypoxis sont nutritifs et riches en glucides avec une valeur énergétique d’environ 500 KJ/100 g. Bien qu’ils soient comestibles crus, les rhizomes sont fibreux et ont une grande résistance à la fracture jusqu’à ce qu’ils soient cuits. Les rhizomes sont riches en amidon et auraient été un aliment végétal de base idéal. 

M. Wadley a déclaré : «La cuisson des rhizomes riches en fibres les aurait rendus plus faciles à éplucher et à digérer, afin d’en consommer davantage et d’en tirer de plus grands bénéfices nutritionnels.»

Bâtonnets de bois utilisés pour extraire les plantes du sol

Le co-auteur de l’article et co-directeur de la fouille, le professeur Francesco d'Errico, a déclaré : «La découverte implique aussi l’utilisation de bâtons de bois pour extraire les rhizomes du sol. Un de ces outils a été trouvé à la grotte de Border et est directement daté denviron 40.000 ans».

Les plantes étaient cuites et partagées

Les rhizomes d’hypoxis ont surtout été récupérés dans des foyers et des dépôts de cendres plutôt que dans les sédiments environnants. M. Wadley a dit : «Les habitants de Border Cave auraient déterrer des rhizomes d’hypoxis sur le flanc de la colline près de la grotte, et les auraient ramenés à la grotte pour les faire cuire dans les cendres des foyers».

«Le fait qu’ils aient été ramenés à la grotte plutôt que cuits sur le terrain suggère que la nourriture était partagée au foyer. Cela suggère que les rhizomes ont été rôtis dans les cendres et que, ce faisant, certains ont été perdus. Bien que la preuve de la cuisson soit circonstancielle, elle est néanmoins convaincante».

Découvertes à Border Cave

Cette nouvelle découverte s’ajoute à la longue liste des découvertes importantes de Border Cave. Le site a été fouillé à plusieurs reprises depuis que Raymond Dart y a travaillé pour la première fois en 1934. Parmi les découvertes antérieures, on a trouvé l’enterrement d’un bébé avec un coquillage conus (Le genre Conus rassemble à présent 626 espèces de «coquillages». De très nombreuses espèces fossiles sont également connues.) il y a 74 000 ans, divers outils en os, un ancien appareil de comptage, des perles en coquille d’œuf d’autruche, de la résine et du poison qui a pu être utilisé autrefois sur des armes de chasse.

 
Border Cave est un site patrimonial avec un petit musée de site. La grotte et le musée sont ouverts au public, mais les réservations sont indispensables [Olga Vilane (+27) (0) 72 180 4332]. (Image: Wits University)
Border Cave est un site patrimonial avec un petit musée de site. La grotte et le musée sont ouverts au public, mais les réservations sont indispensables [Olga Vilane (+27) (0) 72 180 4332]. (Image : Wits University)
 

Le site patrimonial de la grotte frontalière

Le Pr Wadley et ses collègues espèrent que la découverte de la Border Cave soulignera l’importance du site en tant que ressource culturelle irremplaçable pour l’Afrique du Sud et le reste du monde.

À propos de Hypoxis angustifolia

Hypoxis angustifolia est une plante à feuilles persistantes, donc elle est visible toute l’année, contrairement aux espèces d’Hypoxis à feuilles caduques plus communes. Elle prospère dans une variété d’habitats modernes et est donc susceptible d’avoir eu une large distribution dans le passé comme aujourd’hui. On la trouve en Afrique subsaharienne, au Sud-Soudan, dans certaines îles de l’océan Indien et jusqu’au Yémen.

Sa présence au Yémen peut impliquer une distribution encore plus large de cette plante Hypoxis dans des conditions humides antérieures. Les rhizomes d’Hypoxis angustifolia poussent en touffes, ce qui permet d’en récolter beaucoup à la fois. 

Le Pr Wadley a dit : «Tous les attributs du rhizome impliquent qu’il aurait pu fournir une source de nourriture fiable et familière pour les premiers humains en déplacement en Afrique, ou même hors d’Afrique.»

Les chasseurs-cueilleurs ont tendance à être très mobiles, de sorte que la vaste distribution d’un aliment végétal de base potentiel aurait assuré la sécurité alimentaire.

 

Fourni par : Wits University (Note: Le contenu et la longueur des documents peuvent être modifiés)

Traduit par Swanne

Version en anglais : Early Modern Humans Cooked Starchy Food 170,000 Years Ago