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Homme. Socrate, le sage qui se disait ignorant (1/2)

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Il y a plus de 2 000 ans, l'histoire a été témoin d'une convergence remarquable, comme si les plus grands sages de l'humanité s'étaient discrètement mis d'accord pour apparaître dans le monde. En Chine, il y avait Lao Tseu ; dans l'Inde ancienne, Shakyamuni (le Bouddha), en Occident, Jésus, et dans la Grèce antique, Socrate. Leur arrivée a posé les fondements spirituels et moraux de la civilisation humaine à travers le monde.

Parmi ces quatre personnages, Socrate se distingue. Bien que vénéré comme un sage, il est resté fermement ancré dans le domaine humain. Il n'a accompli aucun miracle divin, n'a réalisé aucun exploit surnaturel, mais son courage, son sens de la justice, sa maîtrise de lui-même et sa gentillesse rayonnaient d'une lumière rationnelle qui transcendait l'ordinaire. La philosophie qu'il a articulée, ainsi que son acceptation sereine de la vie et de la mort, reflètent la cultivation spirituelle pratiquée par les anciens maîtres chinois du Dao.

Par-dessus tout, sa célèbre déclaration : Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue, résonne encore aujourd'hui comme un coup de tonnerre, éveillant les consciences.

Un caractère noble

Socrate, le sage qui se disait ignorant
Socrate n'était pas attaché aux désirs matériels. Il croyait que « plus on est proche du divin, moins on a de besoins ». Image : wikimedia / George E. Koronaios, CC BY-SA 4.0)

Socrate est né à Athènes en 470 av. J.-C. Son père était tailleur de pierre, sa mère sage-femme. La famille n'était pas riche. Dès son plus jeune âge, Socrate a reçu l'éducation standard de la Cité-État athénienne. Il aimait apprendre, adorait réfléchir et abordait souvent les passants dans la rue pour engager la conversation.

Il semblait tout savoir sur tout : l'amitié, l'amour, le mariage, l'art, la poésie, la religion, la science, la guerre, la politique, la justice, la bonté, le courage. Il n'y avait guère de sujet qu'il n'explorait pas. Mais derrière toutes ces discussions se cachait sa préoccupation la plus profonde : le développement moral. Il exhortait chacun, jeune ou vieux, à ne pas se soucier en premier lieu de son corps ou de ses possessions, mais à se préoccuper avant tout du plus grand perfectionnement : celui de l'âme. C'était là le cœur même de la philosophie socratique.

Socrate n’avait aucun attachement aux désirs matériels. Il croyait que « plus on est proche du divin, moins on a de besoins ». Il mangeait des aliments simples, peu assaisonnés, marchait pieds nus et portait le même vieux manteau année après année. Son niveau de vie était extrêmement modeste, bien que sa renommée lui aurait facilement permis de vivre confortablement.

Socrate, le sage qui se disait ignorant
Le noble Alcibiade offrit un jour à Socrate un grand terrain pour y construire une maison. Socrate refusa en souriant et dit : « Si j’avais besoin d’une paire de bottes et que vous m’offriez une peau de bête entière pour les fabriquer, en espérant que je l’accepte, ne serait-ce pas absurde ? » (Image : wikimedia / Marcello Bacciarelli / Domaine public)

Le noble Alcibiade offrit un jour à Socrate un grand terrain pour y construire une maison. Socrate refusa en souriant et dit : « Si j’avais besoin d’une paire de bottes et que vous m’offriez une peau de bête entière pour les fabriquer, en espérant que je l’accepte, ne serait-ce pas absurde ?»

Avec cette métaphore simple, Socrate exprimait clairement un des principes fondamentaux de sa philosophie : il se contentait de peu pour vivre et n’accordait de valeur qu’à l’essentiel. La richesse ou les possessions excessives ne l'intéressaient pas.

La sagesse, l’humour et la patience de Socrate

Socrate, le sage qui se disait ignorant
Presque chaque jour, Socrate cherchait des gens avec qui converser. Il aimait poser des questions d'une simplicité trompeuse : Qu'est-ce que la bonté ? Qu'est-ce que la beauté ? Qu'est-ce que le courage ?(Image : wikimedia / Alexander Nothbeck / Domaine public)

Socrate était généreux d'esprit et débordant d'énergie. Presque chaque jour, il cherchait des gens avec qui converser. Il aimait poser des questions d'une simplicité trompeuse : Qu'est-ce que la bonté ? Qu'est-ce que la beauté ? Qu'est-ce que le courage ?

Mais sous ces questions, la plupart des gens se rendaient vite compte qu'ils ne comprenaient pas vraiment les mots qu'ils utilisaient avec tant d'assurance. Leur ignorance étant mise à nu, beaucoup se sentaient humiliés. Le ressentiment grandissait. Certains débats se transformaient en moqueries et en insultes ; d'autres dégénéraient même en agressions physiques. Socrate endurait tout, sans jamais riposter, ni répondre aux insultes.

Un jour, après avoir été battu, quelqu'un lui demanda pourquoi il tolérait un tel traitement. Socrate lui répondit calmement : « Si un âne me donnait un coup de sabot, devrais-je suivre son exemple et lui rendre la pareille ? » À la maison, sa patience était encore plus remarquable. Sa femme Xanthippe était réputée pour son tempérament colérique. Elle reprochait souvent à Socrate d'être paresseux, affirmant qu'il apportait plus de mauvaise réputation que de pain à la maison.

Socrate, le sage qui se disait ignorant
Socrate considérait sa vie avec son épouse Xanthippe comme une forme d'entraînement spirituel. « Je vis avec Xanthippe », disait-il. « Vivre avec elle m'apprend à m'adapter et à m'accorder à n'importe qui. » (Image : wikimedia / Luca Giordano / Domaine public)

Une autre fois, alors que Socrate enseignait, Xanthippe fit irruption et se mit à l’invectiver. Socrate se contenta d’écouter, impassible. Lorsqu'elle finit par partir, il reprit son cours. Quelques instants plus tard, une bassine d’eau froide s’abattit sur lui, le trempant entièrement. Mouillé et débraillé, Socrate se contenta de rire : « Je savais qu'après le tonnerre, la pluie ne manquerait pas de suivre. » 

Il considérait sa vie avec Xanthippe comme une forme d'entraînement spirituel. « Je vis avec Xanthippe », disait-il, « comme un dresseur de chevaux aime un cheval fougueux. Après avoir dompté un cheval féroce, il peut en maîtriser n'importe quel autre avec facilité. Vivre avec elle m'apprend à m'adapter et à m'accorder à n'importe qui. »

C'est ainsi qu'est né le dicton occidental : Une femme féroce peut faire un philosophe. L'endurance de Socrate n'était ni une faiblesse, ni une résistance à bout de souffle, mais plutôt un état naturel de calme, comme si les coups et les insultes appartenaient à quelqu'un d'autre.

Socrate, le sage qui se disait ignorant
Socrate possédait non seulement une grande force intérieure, mais aussi un physique imposant. Pendant la longue guerre entre les alliances athénienne et spartiate : un conflit qui dura près de 30 ans , son comportement sur le champ de bataille fut exceptionnel. (Image : wikimedia / P. V. Basin / Domaine public)

Une force physique et mentale

Socrate possédait non seulement une grande force intérieure, mais aussi un physique imposant. Pendant la longue guerre entre les alliances athénienne et spartiate : un conflit qui dura près de 30 ans, son comportement sur le champ de bataille fut exceptionnel. 

Lors de la première campagne, à l'âge de 40 ans, Socrate sauva la vie de son élève Alcibiade, alors âgé de seulement 20 ans, mais déjà officier supérieur. Alcibiade loua plus tard Socrate, soulignant qu'aucun soldat n'avait mieux enduré les épreuves que lui. Lorsque les vivres vinrent à manquer, personne ne supporta la faim comme Socrate. Durant les hivers rigoureux, alors que les autres soldats enveloppaient leurs bottes de feutre pour se protéger du froid, il marchait pieds nus sur la glace, vêtu de son vieux manteau léger. Pourtant, il semblait plus à l'aise que ceux qui étaient entièrement couverts. Alcibiade demanda même que Socrate reçoive une médaille pour sa bravoure, mais celui-ci refusa.

Après la retraite désastreuse qui suivit la défaite d'Athènes à la bataille de Délos, Socrate marcha calmement, la tête haute, jetant un regard serein de chaque côté. Son sang-froid déstabilisa tellement l'ennemi qu'il choisit de le contourner complètement, préférant poursuivre les soldats en fuite. 

Socrate, le sage qui se disait ignorant
Socrate enseignait gratuitement, sans jamais exiger de frais d'enseignement. Il n'affichait aucune prétention d'autorité,  en fait, ses élèves le considéraient davantage comme un ami ou un frère.(Image : wikimedia / Nicolas-André Monsiau / Domaine public)

Son courage lui valut l'admiration de ses camarades soldats et même du général Lachès. Sa sagesse et sa vertu captivèrent la jeunesse athénienne, dont beaucoup le suivirent pendant des années, écoutant ses débats et recherchant ses conseils. Socrate enseignait gratuitement, sans jamais exiger de frais d'enseignement. Il n'affichait aucune prétention d'autorité,  en fait, ses élèves le considéraient davantage comme un ami ou un frère.

Rédacteur Yasmine Dif

Source : Socrates, the Sage Who Called Himself ‘Ignorant’ (Part 1)
www.nspirement.com

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