Hildegarde de Bingen est une figure exceptionnelle du Moyen Âge allemand. De famille aristocratique, elle développe dès son enfance une foi nourrie par des visions divines. Voici comment elle a marqué la spiritualité, la science, la musique et la place des femmes dans la société religieuse.
Son histoire
Selon les historiens, Hildegarde naît en 1098 près d'Alzey, en Hesse rhénane. Comme il est de coutume à l'époque, elle est dédiée à Dieu dès sa naissance et reçoit une formation chrétienne au monastère de Disibodenberg dès l'âge de huit ans. À quatorze ans, elle commence à avoir des visions mystiques et c'est à cette période qu'elle prend le voile dans l'ordre des bénédictines.

Âgée de trente-huit ans, elle est élue abbesse du monastère. Onze ans plus tard, elle fonde l'abbaye de Rupertsberg, puis l'abbaye d'Eibingen en 1165. Comme le rapporte le journal La Croix, dans les dernières années de sa vie, Hildegarde, reconnue comme une grande autorité spirituelle, parcourt l'Allemagne pour prêcher publiquement, conseiller les évêques et rappeler à tous l'importance d'une vie morale, équilibrée et en paix. Elle décède à l'âge de 81 ans à Rupertsberg.

Visions et écrits
Hildegarde reçoit l'appui du pape Eugène III qui l'encourage à écrire. Elle transmet ainsi ses visions dans le Scivias, où elle décrit Dieu comme une lumière éclatante, mais douce, source de toute vie. Elle insiste sur l'importance de transmettre ces messages.
Le livre est en trois parties. Dans la première, elle explique que la création est parfaite et équilibrée. Elle voit les anges et archanges qui maintiennent l'ordre cosmique voulu par Dieu. Elle explique que le mal vient du choix des créatures qui ont le libre choix et non de Dieu. L'homme est créé libre, noble et responsable, il lutte entre le bien et le mal et est soutenu par la sagesse divine s'il le veut.
Dans la deuxième partie, le Christ vient restaurer la dignité de l'homme. L'Église est présentée comme une mère qui nourrit et guide. Elle décrit chaque sacrement comme un canal de force divine, une aide à la croissance spirituelle qui exige persévérance, discernement et combat intérieur. Elle rappelle que l'Église est solide si les âmes sont unies, tout en respectant le libre arbitre.
Dans la troisième partie, elle voit le cosmos comme un œuf orienté vers Dieu, où les crises sont des appels à revenir à l'équilibre. Elle parle de l'Antéchrist, séduisant, mais trompeur, et affirme que seul le discernement permet de voir la vérité. Le bien triomphe toujours au final. Après la mort, l'âme traverse une lumière qui révèle tout ce qu'elle a fait, se voit entièrement et va vers ce qu'elle a cultivé. À la fin des temps, la justice divine rétablit l'harmonie cosmique. Elle manifeste la vocation profonde de l'âme : l'amour, dont le bien porte un fruit éternel.
Deux autres livres approfondissent son message
Selon les spécialistes, le Liber divinorum operum (Livre des œuvres divines) explique aussi ses visions et représente le monde comme un immense cercle vivant animé par le souffle divin, où tout est relié (Œuf). Le cosmos et l'homme sont construits selon le même ordre. L'être humain doit maintenir l’harmonie en respectant la nature et en luttant contre la corruption morale. Elle établit des correspondances entre organes, les saisons, les éléments, les émotions, la santé et la vie morale. Tout comme le fait la médecine traditionnelle chinoise.
Le Liber vitae meritorum (Livre des mérites de la vie) est centré sur la vie morale, les comportements humains et la lutte entre vices et vertus. Elle y décrit de nombreux couples opposés (orgueil/humilité, avarice/générosité, luxure/discipline, colère/patience) et, pour chaque vice, détaille son origine, ses effets sur l'âme, ses conséquences sur le corps et la vertu qui le guérit.

Médecine et nature
Sur des principes proches de la médecine grecque et de certaines médecines traditionnelles, Hildegarde développe une conception globale et préventive de la santé, centrée sur l'équilibre du corps, de l'âme et de l'esprit. Dans ses ouvrages Physica et Causae et curae, elle détaille les usages médicinaux de nombreux éléments naturels et affirme que l'alimentation doit être la première médecine.
Selon les spécialistes de son œuvre, elle privilégie les aliments « de la joie », qui apportent vitalité et paix intérieure, comme l'épeautre (grand épeautre non hybridé), le fenouil, l'avoine, la châtaigne et la pomme, et déconseille les aliments difficiles à digérer comme certains choux, champignons, ou fruits lourds. Sa recette emblématique est une préparation de poires cuites avec du miel, du galanga alpinus et de la gentiane pour apaiser les troubles intestinaux, et elle recommande le jeûne régulier sous forme de cures courtes ou de régimes spéciaux, par exemple à base de soupe d'épeautre et de légumes, pour se régénérer physiquement et spirituellement.
Elle conseille l'usage de plantes et d'épices comme l'ail (pour les artères et le diabète), le fenouil, la menthe, le calendula ou la lavande. Pour Hildegarde, la symbiose du corps, de l'esprit et de l'âme est essentielle. Nourrir le corps, c'est aussi prendre soin de l'âme. Une vie juste, le respect de son propre rythme alimentaire et des pensées positives contribuent à la santé globale.

Reconnaissance et héritage
D'après les sources historiques, Hildegarde se distingue par des positions franches et audacieuses envers les puissants de son temps, n'hésitant pas à réprimander empereurs, rois et papes. Elle dénonce les abus du clergé, les schismes, les hérésies et prône une réforme morale, ce qui la met parfois en conflit avec les autorités ecclésiastiques.
Sa position de femme dotée d'une grande influence spirituelle, intellectuelle et politique suscite des controverses dans un contexte sous lequel l'autorité féminine est fortement limitée. Elle revalorise la femme et le corps féminin, aborde la sexualité et la maternité sans tabou, allant parfois à la rencontre de l'austérité de certains ordres pour lesquels la femme est perçue comme une tentatrice ou un obstacle à la spiritualité.
Au XIIe siècle, elle est honorée comme bienheureuse dans l'Église catholique en raison de son rayonnement spirituel et intellectuel. Selon La Croix, en 2012, le pape Benoît XVI la canonise formellement et l'élève au rang de Docteur de l'Église, faisant d'elle le 35ᵉ docteur de l'Église.
Sa vie, ses visions et son enseignement médical continuent de susciter l'intérêt, comme en témoignent les nombreux ouvrages disponibles en librairie. Ses conseils en alimentation et sa vision globale de l'être humain laissent une empreinte durable auprès de celles et ceux qui souhaitent s'orienter d'abord vers une médecine naturelle et une spiritualité incarnée.
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