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Homme. Explorer la conscience : jusqu’où cela peut-il aller ?

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La conscience est considérée comme le trait le plus fondamental de l’être humain. Elle est aussi la partie la plus mystérieuse de notre être. L’exploration de la conscience et de sa nature immatérielle a posé tout au long de l’histoire un défi aux philosophes et aux scientifiques, qui ont reconnu que son existence ne peut être prouvée mais seulement perçue intuitivement.

« Il y a une lacune dans notre image de l’univers. Nous savons ce que fait la matière, mais pas ce qu’elle est. Nous pouvons placer la conscience dans cette lacune. » Arthur Eddington.

La description de la conscience fait référence à une « prise de conscience », une « cognition », un « esprit » et une « volonté ». Elle a également été associée à l’introspection, à la pensée et à la capacité d’autoréflexion. Dans un sens large, elle est souvent comprise comme la perception de soi et la sensibilité environnementale.

Les nombreuses tentatives infructueuses pour expliquer ce qu’est la conscience ont conduit des membres éminents de la communauté scientifique à repenser la manière dont elle est étudiée. La nouvelle approche écarterait non seulement l’idée que la conscience est exclusive à l’être humain, mais aussi la notion profondément ancrée selon laquelle le bon sens est le guide fondamental pour comprendre l’Univers.

L’intérêt pour le sujet de la conscience a connu une phase de renouveau au XXIe siècle, lorsque le philosophe australien David Chalmers a introduit la notion de hard problem of consciousness (le problème difficile de le conscience) en 1995, indiquant qu’il n’y avait toujours pas de réponse à la question de savoir pourquoi il existe un écart entre l’expérience consciente et les explications physiques de celle-ci. (Image : Geralt / Pixabay)

Le panpsychisme : tout est conscient

La théorie du panpsychisme soutient que la conscience est une caractéristique fondamentale de la matière physique. Elle explique que chaque particule qui compose la matière est dotée de formes simples de conscience, et que des formes complexes de conscience sont créées lorsque ces petites particules s’assemblent. Ainsi, la conscience humaine est l’agrégation de petites particules conscientes.

Cependant, cette théorie nous confronte à un dilemme. Cela signifie-t-il que tout objet inanimé a une vision du monde ? Hedda Hassel Mørch, professeur associé à l’université des sciences appliquées d’Inland Norway, explique : « Les panpsychistes ne considèrent généralement pas qu’une table ou d’autres artefacts sont conscients dans leur ensemble. Une table pourrait plutôt être comprise comme une collection de particules qui ont chacune leur propre forme très simple de conscience. »

La croyance selon laquelle le mode de pensée est fondamental dans le monde naturel est l’une des plus anciennes théories philosophiques de l’histoire humaine. En Orient, la philosophie taoïste faisait déjà référence à « la conscience élargie » il y a des siècles, tandis qu’en Occident, des indications claires de doctrines panpsychistes sont évidentes dans la pensée grecque primitive.

Dans l’art du jardin de rocaille japonais, l’artiste doit être conscient du ishigokoro (« cœur » ou « esprit ») des roches. (Image : Terje Sollie / Pexels)

Explications alternatives sur la nature des choses

Historiquement, deux points de vue philosophiques ont tenté d’expliquer la nature fondamentale de l’Univers : le matérialisme et le dualisme. Le matérialisme affirme que tout ce qui existe est entièrement dérivé de la matière physique. Ensuite, la conscience et la volonté humaines ainsi que le cours de l’histoire, sont tous dépendants de processus physiques et même réductibles à ceux-ci.

La théorie matérialiste affirme que seules les déclarations vérifiables par l’observation directe ou la preuve logique peuvent être considérées comme réelles ou vraies. Cependant, les philosophes du concept de réalisme structural émergent, ont noté que la vision matérialiste n’explique que la forme ou la structure de la matière et non sa nature.

En d’autres termes, le matérialisme ne peut expliquer les éléments non structurels sous-jacents qui constituent la matière, y compris la conscience. « Il est très difficile de faire sortir la conscience de la non-conscience. La physique n’est qu’une structure. Elle peut expliquer la biologie, mais il y a une lacune : La conscience », a déclaré David Chalmers, philosophe à l’université de New York.

D’autre part, le dualisme reconnaît l’existence de l’esprit, déclarant qu’il est distinct et séparable de la matière. René Descartes, l’un des principaux représentants de cette théorie, a affirmé que l’esprit était non seulement distinct du cerveau, mais aussi la source de toute conscience et de toute conscience de soi. Ainsi, ce philosophe a validé l’existence de l’immatériel.

L’illustration du dualisme par René Descartes. Les entrées sont transmises par les organes sensoriels à l’épiphyse du cerveau et, de là, à l’esprit immatériel. (Image : wikimedia / René Descartes / Domaine publique)

Bien que la perspective dualiste soit un pas de plus vers la compréhension de la conscience, sa limite réside dans l’image « désunie » de la nature, qu’elle offre. En établissant une distinction radicale entre l’esprit et le corps, elle laisse inexpliquée la manière dont ces deux composantes interagissent, et dont l’intangible a un effet sur notre monde physique.

Le problème de combinaison

Dans ce contexte, le panpsychisme semble apporter un éclairage sur la question. En affirmant que la conscience est un trait inhérent à la matière, il valide l’existence d’éléments non physiques que le matérialisme rejette, et explique la conception unifiée de la nature à laquelle le dualisme s’oppose.

Cependant, une question empêche cette théorie de résoudre complètement l’énigme : comment précisément de petites particules de conscience forment-elles collectivement une conscience plus complexe ? En d’autres termes, quels systèmes complexes, des objets inanimés aux animaux, sont considérés comme conscients ? Cette question est ce que les universitaires appellent le « problème de combinaison ».

La théorie selon laquelle toutes les particules ont une conscience était déjà envisagée dans les années 1920, par des partisans tels que le philosophe Bertrand Russel et le physicien Arthur Eddington. Cependant, le sujet a perdu de son élan après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la philosophie s’est tournée vers une étude analytique de la logique et de la philosophie du langage. (Image : Skyler Ewing / Pexels)

En 2004, le neuroscientifique et psychiatre Giulio Tononi a proposé l’une des théories les plus populaires et les plus crédibles pour résoudre ce problème : la théorie de l’information intégrée. Selon Giulio Tononi, un système n’aura une « conscience » que si les informations contenues dans sa structure sont « intégrées » ou « unifiées » à tel point que le tout est plus que la somme de ses parties. Cette théorie, toujours en cours de développement, a permis d’éviter que le problème de la combinaison ne vienne saper la validité du panpsychisme.

D’un point de vue général, Giulio Tononi étudie la conscience d’une perspective ascendante, c’est-à-dire qu’il prend comme point de départ des particules conscientes individuelles et explique l’existence d’organismes complexes comme le regroupement de ces particules. Et si l’Univers était une conscience entière dont tout le reste dérive ? Cette perspective descendante a également été envisagée.

Changement de perspective

Le point de vue selon lequel la structure de l’Univers s’est développée de haut en bas, nous éloigne de la conscience. Il nous définit, en tant qu’êtres humains, comme des particules qui composent un seul système unifié. L’application de ce concept pourrait être illustrée comme suit : si nous, les êtres humains, sommes les particules conscientes fondamentales, alors notre unification crée une forme de conscience plus complexe : l’Univers.

Comment pouvons-nous être les parties intégrantes d’une forme plus grande si nous ne sommes pas « unifiés » ou « intégrés » comme l’indique la théorie de l’information intégrée de Giulio Tononi ? Le philosophe et chercheur britannique Phillip Goff, pense que la physique quantique pourrait répondre à cette question.

Le phénomène physique de l’intrication quantique décrit que certaines particules se comportent comme un système unifié même lorsqu’elles sont séparées par de grandes distances. Cela suggère que, même si nous ne nous déplaçons pas uniformément et même si nous sommes séparés les uns des autres, nous pouvons toujours agir comme un ensemble de particules conscientes d’un tout fondamental.

Dans l’univers, les galaxies sont réparties le long de filaments de gaz extrêmement ténus, longs de millions d’années-lumière et séparés par des vides, formant ainsi la toile cosmique. Une autre perspective panpsychiste suggère que l’Univers dans son ensemble est conscient. (Image : wikimedia Commons / Domaine publique)

Aussi inconcevable que cela puisse paraître, la communauté scientifique n’est pas prête à écarter cette idée. « Pourquoi devrions-nous penser que le bon sens est un bon guide pour savoir à quoi ressemble l’univers ? » dit Philip Goff. « Albert Einstein nous dit des choses bizarres sur la nature du temps qui vont à l’encontre du bon sens, la mécanique quantique va à l’encontre du bon sens. Notre réaction intuitive n’est pas nécessairement un bon guide sur la nature de la réalité. »

La croyance que la conscience est une caractéristique fondamentale et omniprésente de la matière a été un élément crucial pour de nombreuses civilisations, dans leur compréhension de la vie et de l’Univers.

Il y a environ deux mille cinq cents ans, le Bouddha Shakyamuni a proposé la théorie des trois mille mondes, affirmant qu’il y a trois mille mondes dans un grain de sable. En considérant que chacun de ces trois mille mondes contient aussi des grains de sable et que chacun de ces grains de sable contiendrait aussi trois mille mondes, la recherche de la plus petite particule de la matière semble impossible.

Illustration du concept néoplatonicien de l’anima mundi (l’Âme du monde) émanant de l’Absolu, en quelque sorte un précurseur du panpsychisme moderne. (Image : Cornelia Kopp / Flickr / CC BY-SA 2.0)

Notre quête de la forme la plus simple de la conscience n’en est pas moins complexe. Afin de comprendre où le sentiment de « conscience de soi » apparaît pour la première fois et quelle est sa plus grande manifestation dans ce monde physique, il faut considérer les particules les plus minuscules jusqu’aux corps cosmiques les plus vastes dans et au-delà de notre Voie lactée. Bien que nos yeux physiques soient limités pour voir au-delà des molécules et des planètes, notre intuition de l’immensité de l’Univers peut nous aider à saisir ce qui se trouve au-delà de notre sens commun.

La prise de conscience que l’être humain peut être un ensemble de particules conscientes, les particules constitutives d’un tout conscient, ou les deux, a conduit des scientifiques crédibles tels que Christof Koch et Roger Penrose à penser que la nature de la matière reste une énigme pour l’humanité. En repensant notre façon d’étudier la réalité, nous pourrons peut-être comprendre les mystères de l’Univers et découvrir que d’anciens habitants de notre planète ont peut-être déjà trouvé la réponse.

Rédacteur Fetty Adler
Collaboration Jo Ann

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