De la peau aux cheveux, en passant par les croûtes et même les larmes, l’aspect extérieur du corps peut donner des indices sur votre état de santé. Mais il y a une autre partie de l’anatomie qui est souvent négligée : les pieds.
Les pieds sont reliés au cerveau par des faisceaux de fibres nerveuses, ce qui permet de se tenir debout, de garder l’équilibre et de remuer les orteils. Ils sont également irrigués par des vaisseaux sanguins qui partent du cœur.
L’apparence et le fonctionnement de nos pieds peuvent donc révéler des infections virales, des maladies cardiovasculaires, voire des troubles neurologiques. Voici quelques exemples.
Maladie main-pied-bouche (MPB)
Les maladies infectieuses ont tendance à affecter différentes parties du corps.
La rougeole débute généralement sur le visage ou dans la bouche, sous forme de petites taches ressemblant à des grains de sucre. Le pityriasis versicolor, une mycose, a tendance à se développer et à rester sur le torse. Les raisons de cette prédisposition à affecter ces zones restent mal comprises.
La maladie main-pied-bouche (MPB) débute précisément dans ces zones. Elle est causée par un virus appelé Coxsackie et se manifeste généralement par des taches roses-rouges en relief, pouvant former des ampoules et suinter. Son nom est quelque peu trompeur, car l’éruption peut également toucher les jambes et les fesses. L’apparition d’une nouvelle éruption cutanée sur les pieds doit inciter un médecin à envisager la maladie MPB.
Le syndrome main- pied- bouche est une maladie infantile courante et très contagieuse. Heureusement, elle est généralement de courte durée et disparaît spontanément après quelques jours.
Il ne faut pas confondre cette maladie avec la fièvre aphteuse. La fièvre aphteuse est causée par un virus différent qui affecte principalement les animaux à sabots fendus, comme les vaches et les moutons. C’est cette maladie qui a provoqué une épidémie au Royaume-Uni en 2001.
Le cœur, les vaisseaux et les pieds
Notre système circulatoire irrigue chaque partie du corps, du sommet du crâne jusqu’au bout des orteils. Avant d’atteindre ces extrémités, les vaisseaux sanguins, tels des rameaux d’un arbre, se sont ramifiés et sont devenus beaucoup plus petits.
Nous avons tous déjà ressenti la sensation désagréable d’avoir les pieds glacés, surtout lorsqu’on marche pieds nus à la maison ou par temps frais. Il est normal que les pieds soient frais au toucher, mais ils ne devraient pas changer de couleur et devenir bleus, ni être douloureux au point d’être froids.
Des symptômes sévères de décoloration et de douleur peuvent évoquer un phénomène appelé syndrome des orteils bleus. Ce syndrome peut être déclenché par de minuscules masses appelées micro-emboles, composées d’amas de cholestérol. Ces emboles traversent facilement les gros vaisseaux, mais leur passage devient plus difficile lorsqu’ils sont plus petits.
En atteignant les plus petits vaisseaux des pieds, ils finissent par se bloquer, interrompant la circulation sanguine. Les tissus se retrouvent alors privés d’oxygène, ce qui provoque un changement de couleur et des douleurs aux pieds.
Dans les cas graves, le syndrome des orteils bleus peut entraîner la nécrose des tissus, leur dégradation et la formation de gangrène, ce qui peut nécessiter l’amputation des orteils, voire du pied entier.
Cette affection rare est parfois appelée « trash foot » (pied poubelle), en raison de la décoloration importante des pieds.
Quelle est la cause sous-jacente de ces minuscules fragments de cholestérol ? Très probablement des anévrismes et l’athérosclérose – des vaisseaux dilatés ou durcis en amont des pieds. L’apparition de ce phénomène survient souvent après une intervention chirurgicale pour ces affections, comme la réparation d’un anévrisme de l’aorte. Ces interventions perturbent le vaisseau, ce qui peut entraîner la formation d’emboles.
Outre le « pied poubelle », d’autres signes au niveau des pieds peuvent indiquer une maladie cardiovasculaire. Des gonflements rouges et surélevés apparaissant sur les pieds (ainsi que sur les mains) peuvent révéler une infection du cœur appelée endocardite bactérienne. Ces gonflements peuvent être indolores – on les appelle alors lésions de Janeway – ou douloureux, on les appelle alors nodules d’Osler.
Le signe de Babinski
Les orteils peuvent aussi signaler des problèmes au niveau du système nerveux.
Si vous avez déjà regardé Urgences ou Grey’s Anatomy et entendu un personnage crier « réflexe plantaire en extension ! » pendant un examen, vous savez qu’il s’agit du réflexe de Babinski. Après avoir constaté ce réflexe, le médecin a peut-être froncé les sourcils, inquiet – et à juste titre.
Le signe de Babinski est un test simple qui consiste à caresser la plante du pied avec un instrument à bout arrondi afin d’observer la réaction des orteils. Il s’agit du réflexe plantaire, c’est-à-dire le réflexe de la plante du pied. Normalement, lorsque ce réflexe est déclenché, les orteils se replient vers le bas, en direction de la plante du pied.
Si le gros orteil pointe vers le haut et que les autres orteils s’écartent, il s’agit d’un signe de Babinski, également appelé signe plantaire en extension, du nom du neurologue Joseph Babinski qui l’a décrit. Ce signe est normal chez les nourrissons, dont le système nerveux est en développement et ne possède pas encore toutes les fonctions motrices d’un adulte.
Chez l’adulte, en revanche, la mise en évidence du signe de Babinski est tout autre. Le plus souvent, il indique qu’un AVC perturbe les circuits cérébraux qui contrôlent les pieds.
Parmi les autres causes figurent la sclérose en plaques et (plus rarement) l’intoxication médicamenteuse. Chez certaines personnes en bonne santé, le signe de Babinski peut toutefois être observé pendant le sommeil profond.
Le problème ne se limite pas à ces seules affections. Le diabète, l’insuffisance rénale et même les troubles thyroïdiens peuvent affecter les pieds. Ils constituent donc des indicateurs importants de notre santé, un suivi régulier est essentiel, et il est important de consulter un médecin en cas de douleur, de décoloration ou d’éruption cutanée.
Rédacteur Fetty Adler
Collaborateur Jo Ann
Auteur : Dan Baumgardt, Maître de conférences, École de physiologie, de pharmacologie et de neurosciences, Université de Bristol. Cet article est republié du site The Conversation, sous licence Creative Commons.
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