Press "Enter" to skip to content

Tradition. Règles de conduite des élèves : la piété filiale (5/5)

CHINE ANCIENNE > Tradition

PODCAST

Soigner son apparence avec simplicité et propreté et chérir son temps

Les Normes pour être un bon élève et un bon enfant (Di Zi Gui, 弟子規) est un manuel traditionnel chinois pour les enfants qui enseigne la morale et l’étiquette appropriée. Il a été écrit par Li Yuxiu sous la dynastie Qing, pendant le règne de l’empereur Kang Xi (1661-1722). Dans cette série, sont présentées quelques histoires chinoises anciennes qui illustrent les précieuses leçons du Di Zi Gui. Le troisième chapitre du Di Zi Gui enseigne la discrétion dans la vie quotidienne.

Lisez le chapitre précédent ici.

Il est dit dans le Di Zi Gui :

朝起早 夜眠遲
老易至 惜此時

Se lever tôt le matin
Et dormir tard le soir
L’âge vient vite
Alors chérissez cette heure

Lorsque l’on prend conscience que le temps passe et que l’on ne peut pas revenir en arrière, on souhaite chérir l’instant présent. Cette sagesse est incarnée par la jeunesse de Che Yin (車胤), qui a servi comme général puis comme ministre de l’Empire au IVe siècle de notre ère.

Che Yin étudie à la lumière des lucioles

Éloquent et d’un excellent caractère, Che Yin était l’un des fonctionnaires les plus éminents de la dynastie des Jin orientaux (317-420). Son intelligence et son charisme lui valaient d’être très apprécié dans les réunions et autres réceptions. Che Yin était également un érudit réputé, respecté par ses pairs à l’académie.

Mais ses connaissances et son comportement n’ont pas été acquis du jour au lendemain. Dès son plus jeune âge, il étudia avec un dévouement total, de l’aube au crépuscule, quels que soient les obstacles.

Che Yin est né à Nanping, l’actuelle province du Fujian, dans une famille d’origine noble. Son grand-père avait été préfet de Kuaiji et son père était le secrétaire de l’une des princesses.

Lorsque Che Yin eut cinq ans, son père commença à lui apprendre à lire et à écrire. Dès lors, il était tellement absorbé par ses études qu’il en oubliait de manger ou de dormir et il ne se passait pas un jour sans qu’il soit plongé dans un livre. Il lui arrivait même de rester debout jusqu’à minuit pour étudier.

Malheureusement, le père de Che Yin perdit son travail de secrétaire, laissant la famille dans la pauvreté. Comme ils n’avaient plus les moyens d’acheter du pétrole pour s’éclairer, Che Yin n’avait plus accès à la lumière pour étudier tard le soir.

Il ne se découragea pas pour autant. Il utilisait le peu de temps dont il disposait pour lire ses livres, mémorisant leur contenu afin de pouvoir se les répéter la nuit.

Une nuit, Che Yin remarqua de nombreuses lucioles autour de lui. Comme elles scintillaient et brillaient dans l’obscurité, il eut une idée. Il construisit un filet à partir d’un vieux morceau de tissu et d’une perche en bambou et commença à attraper les insectes. Mais il n’y avait que quelques lucioles dans le jardin, ce qui était insuffisant pour créer assez de lumière. Il en attrapa quelques unes de plus dans le courtil, mais la lumière était encore trop faible.

Malgré une nuit noire, Che Yin quitta la maison et se rendit dans un pâturage à l’extérieur de son village. Le champ, envahi de lucioles, Che Yin n’eut aucun mal à en attraper beaucoup en peu de temps. Puis il les plaça dans un filet de soie qu’il accrocha au plafond. La lumière des lucioles éclaira toute la pièce encore plus intensément que la lampe à huile qu’il utilisait autrefois. Ainsi Che Yin continua d’étudier avec plaisir.

Grâce à cette méthode, Che Yin étudia tous les jours jusque tard dans la nuit et finit par accéder à un poste élevé. Son expérience donna naissance à l’idiome chinois « lire à la lumière des lucioles » (囊螢夜讀), une façon courante de décrire quelqu’un qui déploie des efforts extravagants pour apprendre et que les difficultés ne découragent pas.

Une apparence simple et propre plutôt que luxueuse

Lorsqu’il est question de la façon dont il faut se comporter dans la vie quotidienne, les Règles de conduite des élèves soulignent que la propreté et la simplicité de l’habillement sont bien plus importantes que l’apparence superficielle prestigieuse du vêtement.

C’est ce qu’affirme le Di Zi Gui :

衣貴潔 不貴華
上循分 下稱家

Les vêtements sont appréciés pour leur propreté.
Pas pour leur extravagance.
D’abord, il faut s’adapter aux exigences de son poste.
Ensuite, il faut tenir compte des finances de la famille.

Les anciens ont toujours considéré la frugalité comme l’une des vertus les plus nobles de la vie quotidienne. La propreté était autrefois considérée comme un reflet du caractère de chacun et une marque de respect pour les autres.

Le Premier ministre Ji Wenzi (季文子), un noble célèbre de l’époque du Printemps et de l’Automne, a appliqué cette sagesse consciencieusement pendant les 30 années qu’il a passées au service de son pays, l’État de Lu.

Ji Wenzi considérait l’économie comme la règle fondamentale de sa conduite et exigeait de sa famille qu’elle soit aussi économe que lui. Il s’habillait très simplement mais toujours proprement, et à part les robes officielles qu’il portait à la cour, il n’avait pas d’autres vêtements de fantaisie. Lorsqu’il se déplaçait pour son travail, il utilisait une voiture à cheval très modeste.

L’un des ministres de Ji Wenzi, Zhongsun Ta, s’inquiéta de sa garde-robes sans raffinement. Il affirmait qu’en tant que plus haut fonctionnaire de l’État de Lu, Ji Wenzi susciterait la moquerie et l’irrespect de la part des étrangers.

« Cela sera également préjudiciable à l’image de notre pays et les gens feront des commérages sur la manière de vivre du Premier ministre de l’État de Lu. », déclarait Zhongsun.

Ji Wenzi répondit d’un ton sérieux : « Moi aussi je veux que ma maison soit décorée de façon luxueuse et élégante. Mais regardez les gens dans notre pays. Beaucoup d’entre eux rencontrent des difficultés pour se nourrir et sont vêtus de haillons. D’autre souffrent du froid et de la faim. »

« Quand je pense à ces gens, comment puis-je encore m’adonner à la richesse matérielle ? » poursuivit-il. « La force et la gloire d’un pays sont définies par le caractère moral de son peuple et de ses dirigeants et non par l’apparence prestigieuse de leurs femmes ou la beauté de leurs chevaux. Comment accepter votre suggestion ? »

Après avoir entendu les paroles de Ji Wenzi, Zhongsun Ta eut honte de ses précédents commentaires et éprouva encore plus de respect pour le premier ministre. Depuis lors, Zhongsun Ta suivit également l’exemple de Ji Wenzi en menant une vie simple. Il demandait à sa famille de porter des vêtements de tissu ordinaire et nourrissait ses chevaux avec de la paille et des mauvaises herbes.

Lorsque Ji Wenzi apprit ce changement, il le félicita d’être une personne morale capable de corriger immédiatement ses erreurs.

Zi Lu rattache la houppe de son chapeau avant de mourir

Zi Lu (子路) était un élève de Confucius et un fonctionnaire de l’État de Wei. Malgré son tempérament sanguin, il était une personne très droite et attentive à la simplicité et la propreté de son apparence.

Une année, le chaos éclata dans l’État de Wei lorsque des rebelles prirent le pouvoir et commencèrent à mener des raids contre les membres de l’administration de l’État. En apprenant la nouvelle, de nombreux fonctionnaires firent leurs bagages et s’enfuirent du jour au lendemain.

Bien qu’il se soit absenté pendant la rébellion, Zi Lu choisit de retourner pour aider son pays.

Ses pairs essayèrent de le dissuader, lui disant que la situation était très dangereuse et qu’il serait probablement tué s’il rentrait.

Mais Zi Lu répondit : « Mon travail est de servir mon pays. Je ne peux pas me résoudre à m’enfuir à un tel moment. »

Il se battit avec les rebelles du mieux qu’il put, mais il n’était pas de taille à affronter leur nombre. Zi Lu fut finalement blessé par les rebelles et la houppe de son chapeau fut coupée. Sachant la mort imminente, Zi Lu rugit fort : « Arrêtez ! » Stupéfaits par l’intensité de son cri, ses attaquants s’immobilisèrent.

Zi Lu dit alors : « Si je dois mourir, je dois au moins mourir dignement ! ». Calmement, il réajusta la houppe de son chapeau et affronta sa mort héroïquement et avec honneur.

L’anecdote de l’inspirant courage de Zi Lu face à la mort a été transmise jusqu’à ce jour dans l’histoire chinoise.

Rédacteur Swanne Vi

Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.