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Monde. Selon les États-Unis, il n’est pas dans l’intérêt de l’Inde d’importer du pétrole russe

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Le président Joe Biden a fait subtilement savoir au Premier ministre indien Narendra Modi qu’il n’était pas dans l’intérêt de l’Inde d’importer du pétrole russe.

Dans le cadre des sanctions et des condamnations occidentales en réponse à l’invasion russe en Ukraine, le pétrole est devenu la cible d’un embargo. L’Inde a néanmoins acheté quelque 3 millions de barils de pétrole à la Russie à un prix réduit, malgré les recommandations des États-Unis à ne pas le faire.

Ce qui semble énorme à première vue, mais qui prend tout son sens à la lumière de la consommation quotidienne du pays, soit près de 4,5 millions de barils, c’est que la transaction pourrait avoir été effectuée en roupies-roubles, affaiblissant ainsi le pétrodollar américain.

Peu après que la nouvelle ait fait les gros titres des journaux, Joe Biden a prononcé un discours devant les membres de la Business Roundtable à Washington le 23 mars, un événement dont les participants regroupaient les chefs des plus grandes entreprises américaines.

Une situation bancale

Lors de cette même réunion, Joe Biden a déclaré « C’est le moment où les choses changent. Il va y avoir un nouvel ordre mondial et nous devons le diriger », appelant à « unir le reste du monde libre ». Cependant, l’une des facettes les plus importantes des commentaires de Joe Biden a été largement négligée.

Alors que Joe Biden a assuré les dirigeants de la force et de l’unité inébranlables de l’OTAN face à la guerre de la Russie contre l’Ukraine, il a abordé le sujet de l’alliance « Quad », laissant entendre que l’un de ses membres n’était pas tout à fait sur la même longueur d’onde.

« Le Quad est, à l’exception peut-être de l’Inde, un peu hésitant sur certains points », a déclaré Joe Biden en référence à la Russie, avant d’ajouter rapidement : « mais le Japon a été extrêmement fort, tout comme l’Australie, pour faire face à l’agression de Vladimir Poutine. »

Changements dans l’orientation du Quad

Le Quad fait référence à une « alliance quadrilatérale » formée par les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie. Cette entité a été créée en 2007 sous le mandat d’Obama dans le but théorique de tenir en échec la Chine communiste, mais l’initiative n’a jamais vraiment démarré.

Cependant, le Quad a été ressuscité en 2017 sous l’administration Trump et l’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo. Lors des réunions en 2019 et 2020, l’objectif de contrer les agressions du Parti communiste chinois (PCC) a été affirmé haut et fort.

Au cours d’une interview accordée au magazine Nikkei à l’occasion de la session 2020 du Quad, Mike Pompeo a déclaré au média que, s’agissant de la manière dont le PCC fait la paix avec Taïwan, « l’apaisement n’est pas la solution ».

« Si l’on plie le genou chaque fois que le PCC prend des mesures dans le monde, on se retrouvera à devoir plier le genou avec une grande fréquence. Nous avons donc répliqué de manière sérieuse avec mes homologues diplomatiques », a-t-il prévenu.

Cependant, lorsque le Quad s’est à nouveau réuni, cette fois virtuellement, en mars 2021, quelques semaines seulement après que l’administration Joe Biden ait prononcé ses vœux, l’orientation de l’alliance dirigée par les États-Unis a complètement changé, passant de la lutte contre l’influence malveillante du PCC dans la région Asie-Pacifique à une préoccupation totale concernant la diplomatie des vaccins, les récits sur le climat carboné et la technocratie.

Une déclaration commune publiée par la Maison Blanche au nom des quatre nations, intitulée The Spirit of the Quad, ne mentionne absolument pas la Chine ou le PCC.

Tensions

Le 6 avril, Bloomberg a rapporté que le porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré aux journalistes que le conseiller adjoint à la sécurité nationale, Daleep Singh, avait clairement fait savoir à l’Inde : « nous ne pensons pas qu’il soit dans l’intérêt de l’Inde d’accélérer ou d’augmenter les importations d’énergie et d’autres produits de base russes ».

L’article rapporte également que Brian Deese, directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche, a averti qu’un « alignement stratégique plus explicite » avec la Russie aurait des conséquences « importantes et à long terme ».

La manoeuvre n’est pas sans intention. Dans la semaine du 8 avril, Imran Khan, ancien Premier ministre du Pakistan, autre puissance nucléaire et plus proche rival de l’Inde, a été destitué à la suite d’un vote de censure.

Imran Khan a notamment allégué qu’un télégramme diplomatique de l’ambassadeur du Pakistan à Washington indiquait qu’un haut fonctionnaire du département d’État lui avait dit en termes très clairs que l’administration Biden était mécontente de la décision de Imran Khan de rencontrer Vladimir Poutine, un jour seulement après le début du conflit en Ukraine.

Le prétendu câble indiquait que les États-Unis laissaient entendre que la responsabilité de l’affront incombait à Imran Khan, mais que si le Parlement le chassait du pouvoir, le Pakistan serait pardonné.

Le 11 avril, les États-Unis ont fait un pas de plus pour faire entendre leur mécontentement à l’Inde.

Reuters a rapporté que le secrétaire d’État Antony Blinken avait commencé à « surveiller certains développements récents et inquiétants en Inde, notamment une augmentation des violations des droits de l’homme par certains membres du gouvernement, de la police et des prisons ».

Cette prise de position a immédiatement attiré l’attention non seulement de plusieurs médias et commentateurs indiens, mais aussi d’observateurs géopolitiques occidentaux avisés qui se sont souvenus d’un mémorandum de 2017 particulièrement pertinent, adressé à Rex Tillerson, le secrétaire d’État de l’administration Trump, nouvellement intronisé.

Ce mémorandum, rédigé par l’ancien directeur de la planification politique Brian Hook, était à première vue un traité de trois pages sur le respect des droits de l’homme et les valeurs américaines utilisés par divers présidents depuis les années 1940.

Cependant, la conclusion du document indique clairement que, lorsqu’il s’agit du bilan des adversaires étrangers en matière de droits de l’homme, les États-Unis se préoccupent moins des implications morales et humanitaires que de l’utilisation de cette question comme moyen de pression publique lors des échecs géopolitiques.

« Nous ne cherchons pas à soutenir les adversaires de l’Amérique à l’étranger, nous cherchons à faire pression sur eux, à leur faire concurrence et à les déjouer », a déclaré Brian Hook. « Pour cette raison, nous devrions considérer les droits de l’homme comme une question importante en ce qui concerne les relations des États-Unis avec la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Iran. »

Il a ajouté : « Alors ce n’est pas seulement en raison d’une préoccupation morale pour les pratiques à l’intérieur de ces pays. »

« C’est aussi parce que faire pression sur ces régimes en matière de droits de l’homme est un moyen d’imposer des coûts, d’exercer une contre-pression et de leur reprendre l’initiative sur le plan stratégique. » a-t-il conclu.

Tenir bon

Une rencontre entre les représentants de Washington et de New Delhi à eu lieu à l’occasion du quatrième dialogue ministériel annuel « 2+2 » entre les États-Unis et l’Inde, qui a débuté le 11 avril et dont la déclaration commune publiée par les deux parties ne mentionne notamment pas la Russie, la Chine ou les droits de l’homme.

L’Indian Express a rapporté que l’Inde avait tenu bon au cours des discussions, citant le ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, qui a directement réfuté l’hystérie liée aux importations de pétrole de la Russie : « Si vous vous intéressez aux achats d’énergie de la Russie, je vous suggère de porter votre attention sur l’Europe ».

« Nous achetons effectivement de l’énergie qui est nécessaire pour notre sécurité énergétique. Mais je soupçonne, en regardant les chiffres, que probablement nos achats totaux pour le mois seraient inférieurs à ce que l’Europe fait en un après-midi. Vous devriez donc y réfléchir. »

Subrahmanyam Jaishankar a poursuivi : « Nous observons ce qui se passe dans le monde, comme n’importe quel pays, et nous tirons nos conclusions et faisons nos évaluations. Alors, croyez-moi, nous avons une bonne idée de ce qui est dans notre intérêt et nous savons comment le protéger et le faire progresser. Je pense donc que ce qui a changé, c’est que nous avons plus d’options qu’auparavant. »

Rédacteur Fetty Adler
Collaboration Jo Ann

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