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Monde. Facebook relaie la propagande chinoise sur le Xinjiang

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Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg a fait bénéficier le Parti communiste chinois de l’influence de son entreprise sur les peuples du monde, lui permettant de blanchir le génocide des musulmans ouïghours dans la zone autonome du Xinjiang, à grand renfort de propagande. (Image : wikimedia / Silverisdead / CC BY 2.0)

Le géant des réseaux sociaux Facebook fait l’objet d’un examen minutieux pour avoir publié des articles et des vidéos de propagande du Parti communiste chinois (PCC), visant à blanchir le génocide des musulmans ouïghours dans la région autonome du Xinjiang, selon un article du Wall Street Journal.

Le WSJ décrit les « annonces et messages du gouvernement chinois et des médias d’État » diffusés sur Facebook, l’une des principales armes du consortium Big Tech, comme des « vidéos de personnes du Xinjiang, y compris des enfants, proclamant à la caméra que leur vie s’améliore et que les nations occidentales participent à un complot visant à déstabiliser la Chine ».

Dans un autre cas, l’agence de presse Xinhua (Chine nouvelle), porte-parole de la propagande du régime communiste, a publié une annonce faisant la promotion d’une interview vidéo du maire de la capitale du Xinjiang, Urumqi, dans laquelle il déclare que « la paix et la stabilité auxquelles les personnes de tous les groupes ethniques du Xinjiang aspiraient autrefois sont devenues une réalité ». Il a aussi déclaré qu’« un "complot " des pays occidentaux visant à perturber les affaires intérieures de la Chine est " voué à l’échec " ».

Selon le WSJ, Xinhua, le coût de l’annonce était de 100 dollars et elle a été diffusée 200 000 fois avant d’être retirée.

CGTN (China Global Television Network), une branche de la chaîne de télévision officielle du Parti, CCTV, a diffusé une vidéo « mettant en scène des élèves d’un pensionnat du Xinjiang, où, selon certains chercheurs universitaires, les enfants de personnes arrêtées ou détenues sont parfois envoyés ». Dans la vidéo, « les enfants interrogés disent qu’ils sont heureux d’être dans ces établissements parce qu’ils mangent des aliments nutritifs et reçoivent une bonne éducation », selon le WSJ.

Le coût de cette vidéo était de 400 dollars et elle a été visionnée plus d’un million de fois en quatre jours, ciblant les utilisateurs de Facebook dans des pays tels que le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh.

Pékin, l’un des principaux clients de Facebook

Bien que Facebook soit interdit en Chine continentale par le PCC, le régime communiste chinois utilise néanmoins largement la plateforme pour manipuler l’opinion à l’étranger. Selon les données de DataReportal, Facebook est le troisième site le plus visité sur Internet et le plus grand média social, éclipsant WeChat de Tencent dans une proportion de plus de 2 pour 1. Quatre centres de propagande du PCC figurent dans le top 20 des pages Facebook les plus populaires de la plateforme. CGTN se classe au quatrième rang avec plus de 113 millions de suiveurs, devant les pages de Coca Cola et de l’équipe de football du Real Madrid.

China Daily occupe la 9ème place, tandis que Xinhua et People’s Daily sont respectivement à la 19ème et 20ème place.

Parmi les dix villes les plus actives en termes d’utilisateurs de Facebook, aucune n’est basée aux États-Unis ou au Canada. La ville la plus proche, Mexico, occupe la 5ème place avec 12 millions d’utilisateurs. La ville de Dhaka, au Bangladesh, occupe la 1ère place avec 17 millions d’utilisateurs. Quand aux pays bénéficiant de l’audience la plus importante en matière d’annonces, l’Inde vient en 1ère position, éclipsant les Etats-Unis qui se situent en 2ème position, avec un score de 320 millions d’utilisateurs contre 190 millions.

Bien que Facebook soit interdit par le gouvernement chinois, la Chine représente l’une des principales sources de revenus du géant du web, avec 5 milliards de dollars de bénéfice annuel, selon le Wall Street Journal (WSJ). (Image : Simon / Pixabay)
Bien que Facebook soit interdit par le gouvernement chinois, la Chine représente l’une des principales sources de revenus du géant du web, avec 5 milliards de dollars de bénéfice annuel, selon le Wall Street Journal (WSJ). (Image : Simon / Pixabay)

L’anglais est la langue la plus utilisée sur Facebook, avec plus de 1,1 milliard d’utilisateurs. L’espagnol arrive en deuxième position avec 340 millions d’utilisateurs et l’hindi en 3ème position avec 180 millions d’utilisateurs.

Le recours par le PCC à des campagnes visant à réfuter ses crimes à l’encontre de la minorité musulmane, suite à la réaction d’indignation du public, fait partie des tactiques d’approche du régime communiste en matière de relations publiques. Début mars, après que plusieurs femmes ouïghoures se soient manifestées en révélant les expériences poignantes de viols collectifs dans un camp de concentration du Xinjiang, des responsables du ministère chinois des Affaires étrangères ont décidé de passer à l’offensive en lançant une campagne de diffamation publique contre ces femmes lors de conférences de presse officielles.

En janvier, le porte-parole de la propagande du PCC, le China Daily a publié un article dans lequel on voyait des enfants ouïghours portant des masques, souriants et en train de jouer. L’article défend la persécution des femmes ouïghoures par le régime, comme s’il s’agissait en fait d’une « émancipation », affirmant qu’elles n’étaient plus des « machines à fabriquer des bébés », en réponse à un rapport publié par l’anthropologue allemand Adrian Zenz, spécialiste du Xinjiang, selon lequel la campagne d’avortement et de stérilisation forcés menée par le Parti a réduit le taux de natalité de la population ouïghoure dans certaines préfectures du Xinjiang à des niveaux proches de zéro.

Dans son article, le WSJ rapporte qu’un employé musulman de Facebook, dans le système de communication interne de l’entreprise, a demandé à Chris Cox, ancien chef de produit de Facebook, d’aborder la question des annonces prenant à la légère la persécution et le génocide ouïghours. Chris Cox aurait répondu à cette demande en toute bonne foi, qualifiant la désignation de génocide d’« incroyablement sérieuse », ajoutant : « nous allons vérifier auprès de nos équipes chargées de l’intégrité pour une mise à jour du statut ».

Le WSJ indique que, selon des sources anonymes, les revenus pour la Big Tech provenant des annonceurs du Parti communiste chinois pourraient dépasser les 5 milliards de dollars par an, ce qui ferait du régime le plus dangereux au monde la deuxième source de revenus de Facebook, après les États-Unis.

Facebook ne répertorie pas les sources de revenus par pays.

Rédacteur Fetty Adler

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