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Chine. Coexister avec le virus ou choisir le zéro Covid : la lutte interne au sommet du PCC devient plus intense

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Dans le contexte d’une importante épidémie à Shanghai, on soupçonne que L’expert chinois en matière de lutte contre les épidémies, Zhang Wenhong, a été brusquement démis de ses fonctions. Selon certains observateurs, l’évolution de la politique anti-épidémies à Shanghai vers le zéro Covid montre que les tiraillements politiques au sommet du Parti communiste chinois (PCC) sont très intenses.

Zhang Wenhong démis de ses fonctions

Le 31 mars au matin, Ma Chunlei, secrétaire général adjoint du comité du PCC municipal de Shanghai et secrétaire général du gouvernement municipal, Wu Jinglei, directeur de la commission municipale de la santé, Liu Bin, directeur adjoint de la commission municipale des transports, et Wu Fan, membre du groupe d’experts en prévention et contrôle des épidémies de la ville et doyen adjoint du Collège médical de Shanghai de l’Université Fudan, ont assisté à la conférence de presse de la Ville de Shanghai sur la prévention et le contrôle des épidémies.

Zhang Wenhong, qui a souvent participé à des conférences de presse sur la prévention et le contrôle de l’épidémie à Shanghai, a été absent de plusieurs conférences de presse depuis le 26 mars dernier. Sa dernière apparition à une conférence de presse sur l’épidémie à Shanghai remonte au 25 mars, et son titre officiel était « Chef de la nouvelle équipe de traitement médical du Covid-19 de Shanghai ».

Toutefois, lors d’une conférence de presse tenue à Shanghai le 28 mars, Wu Jinglei, directeur de la Commission de la santé et du bien-être de la ville, s’est vu attribuer le titre du « Chef de la nouvelle équipe de traitement médical du Covid-19 de Shanghai », qui était à l’origine le poste de Zhang Wenhong.

« Il semble que Wu Jinglei ait effectivement remplacé Zhang Wenhong sur son poste », a déclaré l’expert de la Chine Heng He dans une émission vidéo. Wu Jinglei est spécialisé dans les soins cardiovasculaires et pédiatriques intensifs, mais il est fonctionnaire administratif depuis 2004, date à laquelle il est devenu directeur de la division de gestion de l’Hôpital Fudan. Il a également été secrétaire adjoint du comité du PCC et secrétaire du comité disciplinaire du bureau de la santé de Shanghai et directeur de la commission de la santé et du bien-être de la ville. Il s’agit d’une nomination ayant un but « politique », qui remplace les experts par des dirigeants du PCC. Cela suggère que le modèle de prévention des épidémies de Shanghai est susceptible de passer de la « prévention et contrôle de précision » à une politique de zéro Covid en confinant drastiquement la ville entière.

Zhang Wenhong a été une autorité de premier plan en matière de prévention des épidémies à Shanghai, exprimant souvent des points de vue officiels sur la prévention des épidémies au nom des autorités, mais réputé plutôt pour ses propos parfois « osés » tels que « les membres du PCC doivent honorer leur serment en étant de premier plan sur la lutte contre le Covid-19 » ou « Laisser les dirigeants du PCC tester le vaccin contre le Covid-19 en premier ».

Au petit matin du 29 juillet 2021, à un moment critique dans la lutte contre l’épidémie à Nanjing, Zhang Wenhong a publié un article dans lequel il déclarait devoir « vivre en harmonie avec le virus ». Il a ensuite été critiqué par un groupe de personnalités, issu du monde politique, dont l’ancien ministre de la santé du PCC, Gao Qiang. Selon la rumeur, il a été sanctionné par la suite.

Le Hong Kong Economic Times a rapporté le 30 mars que le changement du chef lors de la conférence de presse sur l’épidémie de Shanghai avait « égayé la gauche » et était considéré comme un « signe ».

L’article indique qu’après la flambé des cas à Shanghai, une forte vague d’attaques a été lancée sur l’Internet contre l’équipe de prévention et de contrôle de Shanghai, en particulier contre Wu Jinglei, Zhang Wenhong et Wu Fan qui ont fait l’objet de diverses critiques. Ces critiques exigent des autorités de les « démettre de leurs fonctions », de les « interdire de parole » et même de les « arrêter ».

Selon Xiang Ligang, fondateur du site de gauche www.cctime.com, il y a « deux lignes » de politique de lutte en Chine depuis le début de l’épidémie. L’une consiste à insister sur la précision, la science et le zéro Covid, l’autre relève de la « bourgeoisie comprador ».

Lutte politique au sein du PCC nourrie par la prévention des épidémies à Shanghai

Selon Heng He, expert des affaires politiques chinoises, les responsables de Shanghai hésitaient à prendre des mesures plus radicales pour confiner la ville entière, et certains experts ont même dit que ce n’était pas faisable.

Selon Heng He, l’émergence de la souche mutante d’Omicron aurait été une bonne occasion d’abandonner la politique de zéro Covid pour coexister avec le virus, car l’infection par Omicron est bénigne et se propage rapidement, qui pourrait remplir la fonction d’un « vaccin naturel », avec moins d’effets secondaires qu’un vaccin. Au lieu de tester la mesure de coexistence à Shanghai, le PCC a imposé le confinement drastique à la ville de Shanghai : c’est un exemple typique du triomphe de la politique sur la science.

Tang Jingyuan, qui détient une chaîne de self-média et ayant une formation en médecine, a exprimé dans une émission, qu’à en juger par les mesures de contrôle chaotiques et radicales actuellement mises en place à Shanghai, il était très clair que les autorités de Shanghai allaient mettre en pratique la politique de zéro Covid déployée en personne par Xi Jinping lui-même, et que la stratégie de coexister avec le virus à petite échelle à Shanghai précédemment en toute discrétion avait été abandonnée.

Selon Tang Jingyuan, la priorité absolue de Xi Jinping est désormais de réussir sa réélection cet automne. Pour atteindre cet objectif, il ne doit commettre aucune erreur qui puisse lui être reprochée, et encore moins permettre que le modèle zéro Covid, qu’il a personnellement déployé et dirigé, soit perçu comme perdant au profit du modèle de coexistence avec le virus.

Le comportement du secrétaire du PCC de Shanghai, Li Qiang, au cours de cette vague d’épidémies, a également été une source d’inquiétudes, les rapports indiquant qu’il a visité le laboratoire de Zhang Wenhong l’année dernière pour des recherches ayant été interprétés comme une prise de position de Li Qiang en faveur de Zhang Wenhong.

Mais la prévention de l’épidémie à Shanghai n’a apparemment pas résisté à la pression du gouvernement central, et Xi Jinping a donné pour instruction le 17 mars dernier, d’insister sur le modèle zéro Covid, tout en obtenant un maximum de bons résultats à un coût minimal, et en minimisant l’impact de l’épidémie sur le développement économique et social.

Le 27 mars au soir, Li Qiang a annoncé lors d’une réunion sur la prévention et le contrôle de l’épidémie à Shanghai que « nous devons appliquer fermement » les « discours et instructions importants » de Xi Jinping, et le 30 mars au soir, les principaux cadres de la ville ont tenu une réunion générale au cours de laquelle Li Qiang a de nouveau souligné la nécessité d’appliquer résolument les « discours et instructions importants » de Xi Jinping.

Tang Jingyuan a fait savoir que Sun Chunlan, vice-première ministre du Conseil d’État du PCC, s’est rendue sur place pour superviser toutes les régions ayant connu de graves épidémies depuis le début de la pandémie, mais qu’elle n’était jamais allée à Shanghai. En effet, Li Qiang, qui est en charge de Shanghai, est un proche de Xi et il est susceptible d’être promu au Comité permanent lors du 20ème Congrès national. Si Sun Chunlan s’était précipitée à Shanghai alors que la situation n’était pas claire, devrait-elle soutenir le modèle de prévention et de contrôle précis ou devrait-elle faire pression pour appliquer la politique de zéro Covid ? Elle pourrait énerver les deux factions de la lutte interne du PCC.

Tang Jingyuan estime que l’épidémie de Shanghai est assez particulière parce qu’elle implique trop de facteurs de luttes internes. Elle implique non seulement l’autorité politique de Xi Jinping, mais aussi le choix des dirigeants lors du 20ème congrès national.

Rédacteur Yi Ming

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