Dans notre monde contemporain, Sophie Blanchard aurait acquis plusieurs médailles car elle fut première à plus d’un titre : première femme qui conduisit son propre ballon, première femme à faire carrière en pilotant son propre ballon, première femme aéronaute professionnelle. L’infatigable et intrépide Sophie Blanchard fut à l’aube du XIXe siècle une véritable pionnière de l’aérostation.
Qu’est-ce-que l’aérostation ?
Selon le Robert, l’aérostation désigne « l’étude, la technique, la manœuvre des aérostats (les aéronefs plus légers que l’air, comme les montgolfières et les dirigeables ». Ces derniers s’opposent aux aérodynes propulsés dans l’air tels que les avions plus lourds que l’air. Les montgolfières et autres dirigeables sont appelés communément « ballons ». Leur ascension est rendue possible par la présence d’un gaz plus léger que l’air : l’hydrogène.
Les frères Montgolfier, Joseph et Étienne, aristocrates fortunés avaient identifié la présence de ce gaz 14 fois plus léger que l’air. En 1783, ils ont réalisé l’invention de la montgolfière et mené à bien le premier vol de l’histoire, instaurant ainsi les débuts de l’aérostation.

Quant à Jean-Pierre Blanchard, futur époux de notre héroïne Sophie Blanchard, il a effectué la première traversée de la Manche en ballon avec son ami John Jeffries en 1785. Vous l’aurez compris, nous avons nommé les principaux acteurs de cette discipline naissante, l’aérostation promue par les aéronautes ou aérostiers.

L’intrépide Sophie Blanchard devient la première aéronaute professionnelle
Sophie Marie-Madeleine Armant, épouse Blanchard naît le 24 mars 1778 à Trois-Canard, un petit village situé près de la Rochelle. « Ce qu’on pense aujourd’hui savoir de Sophie Blanchard tient dans les légendes presque toutes fausses qui circulent sur son compte ». Cet extrait est tiré de la présentation du livre de Sophie Muffat, professeur de lettres modernes et membre de l’institut Napoléon. L’ouvrage publié en 2025 s’intitule Sophie Blanchard, pionnière de l’aérostation de l’empire à la restauration.
Selon les sources de l’historienne, Sophie Blanchard est née dans une famille protestante, très modeste. Sa vie est très peu documentée. Aucune trace officielle de sa rencontre avec Jean-Pierre Blanchard n’existe. La date exacte de leur mariage reste inconnue compte tenu du fait que les incendies ayant eu lieu pendant la Commune de Paris ont détruit toutes les archives. Sophie Muffat estime que le mariage s’est produit à Paris à la fin de l’année 1804 ou au début de l’année 1805.
La jeune Sophie Blanchard se passionne tout comme son mari pour les ascensions en ballon. Jean-Pierre Blanchard, devient premier aérostier ou aéronaute professionnel de l’histoire en 1804. Il initie son épouse en 1806, elle l’accompagne. Le public est conquis. Dans le même temps, Blanchard reste un aventurier tout aussi passionné de jeu. Le couple endetté court à la faillite. Sophie en femme courageuse entreprend une carrière en solitaire. Elle va voler seule contre toute attente et parvient à assainir les finances du foyer. Sa notoriété, son professionnalisme ont un succès retentissant. Elle n’est pas la première femme à voler mais bien la première à embrasser une carrière d’aéronaute professionnelle.
Une pionnière brillante, une carrière fulgurante en dépit de l’adversité
L’intrépide Sophie Blanchard poursuit sa carrière contre vents et marées. Pour citer Sophie Muffat s’exprimant sur une vidéo de la chaîne Histoires de France 2.0 : « Madame devient plus célèbre que Monsieur qui est quand même le premier à avoir volé au-dessus de la Manche ». Les deux aéronautes entament une tournée en Hollande mais suite à une chute en ballon, Jean-Pierre Blanchart tombe malade. Il s’éteint en 1809 malgré les soins prodigués par son épouse. Elle doit faire son deuil et en même temps rembourser le monceau de dettes que son mari lui a laissée en héritage. Fidéle à ses principes, elle s’attelle à la tâche et parvient à s’acquitter de toutes ses dettes en un temps record.
La consécration sous le règne de Napoléon
Sa bravoure, ses prouesses à toute épreuve, sa capacité à braver les risques inhérents à sa profession, notamment les risques liés aux feux d’artifices fascinent le public. Elle finit par attirer l’attention de Napoléon en personne. Sa présence est requise pour participer aux festivités du mariage de l’empereur et de l’impératrice Marie-Louise. Elle participera également à la cérémonie marquant la naissance du roi de Rome en Italie. Les bonnes grâces impériales lui valent une reconnaissance dépassant les frontières nationales : l’Europe toute entière lui tend les bras.
Figure officielle des fêtes impériales, elle reçoit le titre de « ministre des ballons ». Après la chute de l’empereur, l’intrépide Sophie Blanchard garde une place privilégiée dans le monde de l’aérostation. Après la chute de Napoléon, sous le règne de Louis XVIII, elle est nommée aéronaute officielle de la restauration.
L’ultime ascension et la chute fatale
Au cours de 67 ascensions fort périlleuses, où régnaient en maîtres l’hydrogène très inflammable et les feux d’artifice, Sophie Blanchard avait misé sur la chance et l’audace. Le soir du 6 juillet 1819, l’ascension avait lieu à Paris au-dessus des jardins de Tivoli. Comme à l’accoutumée, son audace naturelle avait prévalu mais la chance n’était pas au rendez-vous ce soir-là. Soudain, le ballon s’enflamma. Les feux d’artifice qu’elle avait si souvent manipulés ont sans doute provoqué l’incendie fatal. La nacelle enflammée alla heurter une toiture et l’infortunée Sophie s’écrasa au sol, succombant à une fracture du crâne.
Cette mort tragique déclencha une vive émotion en Europe. Jules Verne dans son célèbre roman Cinq semaines en ballondécrit avec précision l’issue fatale : « Précipités, non ! Le gaz brûlerait tranquillement, et nous descendrions peu à peu. Pareil accident est arrivé à une aéronaute française, madame Blanchard ; elle mit le feu à son ballon en lançant des pièces d’artifice, mais elle ne tomba pas, et elle ne se serait pas tuée, sans doute, si la nacelle ne se fût heurtée à une cheminée, d’où elle fut jetée à terre ».
Bien que son nom soit quelque peu oublié, l’intrépide Sophie Blanchard avec son professionnalisme et son sens de l’indépendance a représenté une voie nouvelle pour les femmes dans le domaine aéronautique. Sur le plan humain, sa capacité à braver les épreuves demeure une source d’inspiration rare.
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