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Histoire. Les empereurs chinois n’étaient pas autorisés à consulter leurs propres archives historiques

CHINE ANCIENNE > Histoire

Le peuple chinois a 5 000 ans d’histoire soigneusement écrite sans interruption, soit la plus longue histoire enregistrée au monde. Cang Jie (倉頡), qui a inventé les caractères chinois, était l’historien de l’Empereur Jaune (黃帝) qui était honoré comme « le premier ancêtre de l’humanité ».

Les Chinois ont un respect sincère et très profond pour l’histoire, depuis la première histoire biographique complète Shi Ji (史记) ou les Mémoires historiques jusqu’aux Vingt-quatre histoires relatant l’histoire officielle des dynasties successives, les Chinois ont documenté avec précision les événements charnières, la sagesse profonde et les réflexions sur l’histoire. L’histoire a servi de guide important pour la poursuite de la civilisation chinoise.

Les Mémoires historiques s’étendent sur 3 000 ans, de l’époque du légendaire Empereur Jaune au règne de l’Empereur Wu de Han, ce qui est sans commune mesure avec les Histoires d’Hérodote, qui ne relatent que 50 ans d’histoire occidentale, bien qu’Hérodote soit considéré comme le père de l’histoire en Occident.

Dans la Chine ancienne, il y avait des historiens à plein temps qui enregistraient l’histoire telle qu’elle se déroulait. Selon Le Livre des Han (漢書), « L’historien de gauche enregistre les paroles et l’historien de droite enregistre les événements. » En d’autres termes, les anciens empereurs n’avaient aucune intimité, car leurs paroles et leurs actions étaient enregistrées par ses historiens de gauche et de droite à tout moment.

La présence de ces personnes qui documentaient les moindres paroles et actions de l’Empereur était une forme de supervision invisible qui exerçait une forte pression sur les empereurs. Ils se sentaient contraints, non seulement par leurs contemporains, mais aussi par les générations futures, d’agir et de parler d’une manière honorable.

En outre, il existait une règle : l’Empereur n’était pas autorisé à lire ce que les historiens consignaient sur lui. La plupart des empereurs respectaient cette règle, mais il y eut quelques exceptions.

Les empereurs chinois n’étaient pas autorisés à consulter leurs propres archives historiques
Le Zizhi Tongjian était à l’origine destiné à servir de manuel d’histoire pour l’Empereur. (Image : wikimedia / Domaine publique)

Selon le Zizhi Tongjian (資治通鑒) (littéralement Miroir général pour aider le gouvernement) compilé par Sima Guang de la dynastie Song, l’Empereur Taizong de la dynastie Tang, a enfreint cette règle. Il est monté sur le trône après avoir tué ses frères aînés et cadets. De toute évidence, il voulait voir comment cela était enregistré dans l’histoire.

À cette époque, l’historien responsable des archives était Chu Suiliang (褚遂良). L’Empereur Taizong lui demanda les archives et il répondit : « Je n’ai jamais entendu parler d’un empereur demandant à voir les archives historiques. » Sur ce motif, il a refusé la demande de l’Empereur.

L’Empereur Taizong lui demanda : « Devez-vous prendre note de toutes les choses que je fais ? ».

Chu Suiliang répondit : « C’est ma responsabilité. »

Un autre fonctionnaire près de lui ajouta : « Les fautes de l’Empereur sont comme les éclipses solaires et lunaires que les gens peuvent voir clairement. Même si l’historien ne l’enregistre pas, les peuples du monde entier s’en souviendront. »

Cependant, l’Empereur Taizong n’a pas renoncé à son souhait de voir ce qui était enregistré à son sujet. Quand Fang Xuanling est devenu historien, l’Empereur a de nouveau demandé les archives historiques. Fang Xuanling a d’abord refusé, mais a fini par accepter.

Après avoir lu le compte-rendu de « l’incident de Xuanwumen », au cours duquel il a tué ses deux frères, l’Empereur demanda aux historiens de « supprimer les mots superflus et d’enregistrer l’incident correctement ». Il n’a cependant pas demandé à ce que le rapport soit supprimé.

Environ 200 ans plus tard, son descendant, l’Empereur Wenzong des Tang, a également voulu lire le compte rendu le concernant. Naturellement, les historiens en charge ont à nouveau refusé.

L’Empereur a demandé : « Certains empereurs l’ont déjà lu, alors pourquoi ne pas me le montrer maintenant ? ».

L’historien a répondu : « C’était un manquement au devoir de la part des historiens précédents. Si l’Empereur lui-même était libre de consulter les documents, les historiens se garderaient bien de les conserver. Comment les générations futures pourraient-elles se fier à de tels documents ? » L’Empereur Wenzong de Tang se résigna.

Ces deux incidents ont été consignés dans le Zizhi Tongjian, destiné à l’origine à servir de manuel d’histoire pour l’Empereur. Le titre de Zizhi Tongjian signifie « au vu des événements passés, donner des informations sur la manière de gouverner ». En d’autres termes, il s’agit de s’inspirer de l’histoire pour la gouvernance sociale actuelle ou d’apprendre de l’histoire.

Pendant la période Yuanyou de l’Empereur Zhezong (1086 - 1094) de la dynastie Song, un historien appelé Lü Tao (呂陶) était chargé d’enregistrer les paroles et les actes quotidiens de l’Empereur.

Un jour, un ministre s’est approché de l’Empereur et lui a demandé de congédier la compagnie présente, y compris l’historien, comme s’il souhaitait avoir un entretien privé.

Lü Tao prit rapidement la parole : « Il est déjà inapproprié de demander à l’Empereur de renvoyer d’autres personnes. Comment pouvez-vous demander à l’historien de partir lui aussi ? Si un ministre veut garder secrète sa discussion avec l’Empereur vis-à-vis de l’historien, il est clair que le contenu n’est pas ouvert et honnête. »

L’histoire des Song rapporte que l’Empereur Zhezong publia plus tard un édit stipulant que les historiens devaient être présents lors des délibérations futures, ce qui laisse penser que seules les personnes ayant une mauvaise conscience et des projets en tête s’inquiétaient de ce que les historiens enregistraient. Si l’on est droit et que l’on a le bien à cœur, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la plume de l’historien.

La Chine doit à son ancien système d’historiens dévoués ses archives historiques soigneusement tenues et méticuleusement détaillées concernant tous les aspects de la société. C’est par l’histoire que la civilisation chinoise, vieille de 5 000 ans, a été préservée et transmise.

Rédacteur Swanne Vi

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