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Histoire. Drogön Chögyal Phagpa : moine tibétain ayant contribué aux échanges entre le Tibet et la dynastie Yuan

CHINE ANCIENNE > Histoire

Sous la dynastie Yuan (1234 - 1368), le bouddhisme tibétain a également pris de l’ampleur dans la plaine centrale en Chine et a été vénéré par les souverains mongols en tant qu’éducation nationale. L’école Sakyapa en particulier dont le maître était vénéré comme le Maître des empereurs de Yuan. Tout cela provient de Drogön Chögyal Phagpa (Phagpa), le cinquième chef de l’école Sakyapa du bouddhisme tibétain. En dépit de sa vie brève, Phagpa a joué un rôle important dans les échanges culturels, scientifiques et technologiques, ainsi que dans le bouddhisme tibétain entre le Tibet et l’Empire du Milieu.

Naissance de Drogön Chögyal Phagpa : l’enfant prodige né grâce au dieu Ganesh

Le nom d’origine de Drogön Chögyal Phagpa est blo-gros-rgyal-mtshan, qui signifie « le Saint Dhvaja (bannière bouddhiste) de la sagesse ». Il est né le 6 mars 1235 alors que son père avait plus de cinquante ans. On dit « qu’il était intelligent depuis l’enfance. Ses connaissances étaient vastes et sa compréhension rapide. Il maîtrisait cinq catégories de connaissances indiennes anciennes : la langue, la logique, la médecine, la technologie et la philosophie. Il connaissait bien les textes bouddhistes du Tripitaka ». Ce don pourrait être expliqué par une histoire sur sa réincarnation selon l’Histoire de la lignée des Sakyapa (薩迦世系史).

Son père, Sangtsa Sonam Gyaltsen, avait épousé successivement cinq femmes mais n’avait toujours pas d’enfant à 50 ans passés. Un jour, alors qu’il méditait selon la méthode de Ganesh (Vināyaka, le dieu ayant la tête d’éléphant), il voyait le dieu Ganesh venir le soulever à l’aide de sa trompe et l’emmener jusqu’au sommet du Mont Meru en disant : « Regarde ! » Sangtsa, trop effrayé pour regarder au loin, n’a pu qu’apercevoir les terres touvaines de l’Ü, du Tsang et du Kham. Ganesh lui dit : « L’endroit que tu as vu t’appartiendra, mais comme tu n’as pas tout vu, tu n’as pas le droit de le gouverner. L’Ü, le Tsang et le Kham seront gouvernés par tes descendants ».

À cette époque, Sangtsa a prié le dieu Ganesh de lui donner un fils. Ganesh est alors apparu devant Satön Ripa, un éminent moine au Gomtang, au sud-ouest de Sakya, et lui dit : « Samtsa m’a prié à plusieurs reprises de régner sur le sol de l’Ü, du Tsang et du Kham, mais lui-même n’a pas cette destinée. Son fils sera un bodhisattva sur terre et souhaitera enseigner aux grandes tribus de la région du Jambudvipa (le monde où résident les humains selon le bouddhisme). Tu devrais te rendre chez lui et renaître en tant que fils de Sangtsa, et pour régner sur la majorité des terres du Tibet qui sont l’Ü, le Tsang et le Kham. Réincarne-toi selon mes voeux s’il te plaît ! ».

Ce récit considère Phagpa comme la réincarnation de Satön Ripa. Que cela soit vrai ou non, il est certain que dès son plus jeune âge, il était une personne intelligente, brillante et remarquable, dont la compréhension du bouddhisme dépassait celle des enfants de son âge. Il étudiait le dharma avec son oncle Sakya Pandita dès l’enfance.

À l’âge de trois ans, il pouvait réciter le Mantra du Lotus, à l’âge de sept ans, il pouvait lire 100 000 mots d’écriture de sutra, à l’âge de huit ans, il récitait le Sutra Jātakas (les vies antérieures de Sakyamuni) et à l’âge de neuf ans, il était capable de prêcher la loi sur scène. Depuis lors, il est connu sous le nom de « Phagpa » signifiant le « saint ».

La capacité de connaître sa vie antérieure

Il a été reconnu que, dès son plus jeune âge, il avait le pouvoir de connaître sa vie antérieure, affirmant qu’il avait parlé au bodhisattva Avalokiteshvara lorsqu’il était Satön Ripa. Pour le vérifier, deux disciples de Satön Ripa sont venus lui rendre visite.

Phagpa était en train de jouer avec ses petits copains. Lorsqu’il les a vus, il les a reconnus immédiatement. Phagpa leur a demandé : « Vous êtes venus ? » Ils répondirent tous deux : « Vous nous connaissez ? » Il leur répondit : « Oui, vous êtes mes disciples, untel et untel ». Tous deux adoraient Phagpa et étaient convaincus qu’il était la réincarnation de leur maître Satön Ripa.

Peu après, Phagpa accompagnait son oncle Sakya Pandita à Gyirong, où il était accueilli par des moines de la région de Gungthang. Phagpa a dit à l’un d’eux : « Tu es mon serviteur de confiance ! » et il l’a appelé par son prénom. En entendant cela, le vieux moine, sachant que Phagpa était la réincarnation de son maître, a fondu en larmes en serrant les pieds de Phagpa dans ses bras.

Devenir un véritable disciple de Sakya Pandita

Son père est décédé alors qu’il avait à peine cinq ans et son petit frère Chakna Dorjé, seulement un an. Son oncle, Sakya Pandita, dirigeant spirituel tibétain et un bouddhiste érudit, a pris la responsabilité d’éduquer et d’élever les deux garçons.

En 1244, Sakya Pandita était invité par le prince Ködan, petit-fils de Gengis Khan, pour le rencontrer à la province de Liang, au nord-ouest de la Chine ancienne. À cette époque, Sakya Pandita était déjà âgé de soixante-trois ans et, pour éviter des risques, il a emmené avec lui Phagpa, âgé de dix ans, et Chakna Dorjé, âgé de six ans. En passant par le monastère Jokhang de Lhassa, Phagpa a reçu les préceptes du Shramanera (dix règles à suivre en tant que moine bouddhiste), de son oncle, devant la statue du Bouddha Shakyamuni.

Après deux ans de marche, ils arrivèrent enfin à la province de Liang en août 1246. Après avoir rencontré Sakya Pandita, le prince Godan était tellement impressionné par sa sagesse, son savoir et sa vertu qu’il a promis de ne pas attaquer le Tibet et a invité Sakya Pandita à venir enseigner le bouddhisme en Mongolie. Grâce aux efforts de Sakya Pandita, le Tibet a pu se sauver du désastre.

Godan a construit un monastère à pagode blanche à l’extérieur de Liangzhou spécialement pour Sakya Pandita et l’a invité à enseigner le Dharma aux disciples bouddhistes locaux. Phagpa a suivi son oncle, a étudié les enseignements du Bouddha et a reçu le véritable enseignement de son oncle. En 1251, avant sa mort à Liangzhou, Sakya Pandita a transmis la conque du dharma, son manteau et son bol à Phagpa en le désignant comme son successeur, puis nommé ensuite cinquième chef de l’école Sakya.

Devenir le maître spirituel de Kubilaï

En 1253, Phagpa a rencontré Kubilaï au mont Liupan, dont il a gagné la confiance par son savoir et sa modestie. Phagpa a enseigné le Dharma et a réalisé le rituel de l’Abhisheka Hevajra à Kubilaï, ainsi qu’à la reine Chabi et à leurs enfants. Kubilaï le nomma chef des treize établissements militaires Wanhu du Tibet, lui offrant des robes incrustées de perles et des vêtements en guise d’offrande pour l’Abhisheka. Kubilaï était également devenu un donneur pour Phagpa, qu’il a honoré comme son maître.

Au cours de la première année de son règne, Kubilaï a honoré Phagpa en tant que guoshi (littéralement « enseignant national »), titre apparu sous la dynastie Yuan, et lui a remis un sceau de jade, le nomma dirigeant de tous les bouddhistes de l’empire. La cinquième année du règne de Kubilaï, il a créé le Bureau des affaires bouddhiques et tibétaines en nommant Phagpa chef du Bureau. Cette année-là, avec Chana Dorji, ils sont retournés à leur pays natal pour y rester trois ans, après une si longue absence.

Création de l’écriture mongole pour Kubilaï

En 1268, lorsque Phagpa arriva dans la capitale de Yuan, il fut accueilli en grande pompe et présenta à Kubilaï l’écriture mongole qu’il avait été chargé de créer. Cette nouvelle écriture, également connue sous le nom de l’écriture phagpa, est un ensemble de caractères phonétiques carrés écrits verticalement et basés sur l’alphabet tibétain, composé de quarante et une lettres, qui peuvent être utilisées pour épeler une variété de langues, y compris le chinois et le mongol.

Copie du manuscrit d’un édit impérial sous la Dynastie Yuan en écriture phagpa. Les sceaux utilisent l’écriture chinoise grand sceau. (Image : wikimedia / See page for author / Domaine public)

Kubilaï a promulgué un décret impérial prévoyant l’utilisation de l’écriture phagpa sur tous les édits impériaux et les documents officiels locaux dans tout le pays. En 1270, Phagpa a été considéré comme précepteur impérial pour son travail sur la création de l’écriture.

Une vie courte mais glorieuse, favorisant les échanges entre les peuples chinois, tibétains et mongols

En 1276, Phagpa retourna au Tibet, où il mourut quatre ans plus tard, à l’âge de 46 ans. Kubilaï fut tellement bouleversé qu’il le nomma « précepteur impérial de l’empire Yuan ». Depuis lors, ce titre a été hérité par les chefs Sakya. Kubilaï décréta également la construction des temples de Phagpa dans la capitale et dans tout le pays pour commémorer ce grand homme.

La vie de Phagpa fut courte, brillante et pleine de légendes. Maître du bouddhisme, il a introduit le bouddhisme tibétain dans les plaines centrales, apportant une contribution exceptionnelle au développement de la culture religieuse sous la dynastie Yuan. Parallèlement, il a diffusé les techniques architecturales tibétaines, la sculpture et un grand nombre de textes bouddhistes tibétains dans les plaines centrales et en Mongolie. D’autre part, il a également introduit au Tibet l’imprimerie et l’art théâtral des plaines centrales, facilitant ainsi les échanges culturels entre les différents groupes ethniques.

Rédacteur Jessica Wang 

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