Réforme du lycée : nouveau casse-tête de fin d’études secondaires ?

Sarita Modmesaib
Le 11/11/2019
Depuis quelques années, l’enseignement public en France a fait l’objet de plusieurs réformes (Image: pixabay.com)
Depuis quelques années, l’enseignement public en France a fait l’objet de plusieurs réformes (Image : pixabay.com)

 

Depuis quelques années, le terme de «bienveillance» est sur toutes les lèvres, dans quelque domaine professionnel que ce soit et particulièrement dans celui de l’éducation.

Dans la philosophie confucéenne de la Chine antique, l’éducation était basée sur les principes de «bienveillance» et de «courtoisie». L’objectif final était de fournir des talents au pays afin de maintenir sa stabilité et son bon développement. Depuis quelques années, l’enseignement public en France, a fait l’objet de plusieurs réformes à tous les niveaux de la scolarité, mais la notion de bienveillance y est-t’elle réellement prise en compte ?

Ces réformes ont d’abord concerné le primaire avec les changements des programmes et des cycles, puis le collège avec une réforme présentée en 2015 et que le gouvernement actuel a  rapidement déconstruite, en rétablissant les anciennes classes bilingues et en réduisant la mise en place de deux EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) à une seule, tout en redonnant la possibilité d’étudier le latin et le grec.

 

Les classes de terminales de cette année seront donc les dernières à vivre le bac tel qu’il a été pendant environ 25 ans. (Image:pixabay.com)
Les classes de terminales de cette année seront donc les dernières à vivre le bac tel qu’il a été pendant environ 25 ans. (Image : pixabay.com)

 

Au lycée, la réforme implique une réorganisation des filières et du baccalauréat, elle concernera le bac de 2021, et s’appliquera donc aux élèves actuellement en classe de 1ère, puis, bien sûr, à tous les autres. Les classes de terminales de cette année seront donc les dernières à vivre le bac tel qu’il a été pendant environ 25 ans.

Adieu aux filières S, ES, et L !

Simplifier et alléger le bac, tout en introduisant le principe de contrôle continu, pourrait résumer cette réforme.

Les séries L, ES et S correspondant respectivement aux spécialités littéraires, économiques et scientifiques, disparaissent en 1ère et en Terminale, laissant la place à un tronc commun complété par des enseignements de spécialité et d’éventuelles options.

À raison de 16 heures par semaine, tous les lycéens suivent les mêmes enseignements communs : Français (en 1ère), Histoire-Géographie, 2 Langues Vivantes, Enseignement Moral et Civique, et Philosophie (en Terminale).

Dès la seconde, et en vue de leur entrée en 1ère, ils choisissent 3 enseignements de spécialité parmi 12 propositions : Mathématiques, SVT (Sciences de la vie et de la Terre) , Humanités, littérature et philosophie, Langues, littérature et cultures étrangères, Histoire-Géographie, géopolitique et sciences politiques, Sciences économiques et sociales, Physique-Chimie ; selon le Ministère de l’Education nationale, ces 7 premières matières seraient disponibles dans la majorité (92%) des lycées de France. Sont aussi proposés, selon les lycées, les Arts, la Biologie-Ecologie, la Littérature, les langues et cultures de l’Antiquité, le Numérique et les sciences de l’informatique, les Sciences de l’ingénieur…

 

Le choix de ces 3 spécialités constituerait une avancée. Mais il est aussi perçu comme une source de stress pour les familles car, de cette option, découleront le projet post-bac et le choix d’études dans l’enseignement supérieur. (Image : pixabay.com)
Le choix de ces 3 spécialités constituerait une avancée. Mais il est aussi perçu comme une source de stress pour les familles car, de cette option, découleront le projet post-bac et le choix d’études dans l’enseignement supérieur. (Image : pixabay.com)

 

Le choix des spécialités, liberté ou source d’inquiétude ?

Le choix de ces 3 spécialités constituerait une avancée quant à la diversité des disciplines proposées pour un diplôme de fin d’études secondaires, et donc, une forme de liberté apportée aux élèves.

Mais ce choix est aussi perçu comme une source de stress pour les familles car, de cette option, découleront le projet post-bac et le choix d’études dans l’enseignement supérieur.

Afin donc de consolider ce projet, 54 heures annuelles sont désormais dédiées à l’accompagnement dans l’orientation des élèves, et ceci dès la seconde. les Centres d’Information et d’Orientation (CIO) de la ville, peuvent aussi apporter des solutions pour la construction d’un projet professionnel. La plate-forme ParcourSup permet ensuite de lister les compétences nécessaires pour atteindre cet objectif professionnel. Cette plate-forme répertorie quelques 14500 formations sélectives (écoles préparatoires) ou non (licences…).

Le site Horizons2021.fr de l’Onisep est un outil interactif qui peut aussi aider l’élève de 2nde à faire des choix, en lui proposant des simulations de combinaisons de spécialités et en l’orientant vers les domaines de formations et de métiers qui lui correspondent.

En fonction du projet professionnel souhaité, l’élève sera alors parfois amené à changer de lycée, comme ceux-ci n’intègrent pas la totalité des 12 spécialités.

Il est conseillé aux élèves et à leurs parents de réfléchir très tôt au choix des spécialités, 4 ou 5 d’entre elles devant être présentées au conseil de classe du 2ème trimestre (avant les vacances de printemps). La sélection finale de trois spécialités sera ensuite entérinée lors du dernier conseil de classe de l’année.

Quoi qu’il en soit, nombre de familles, par crainte de faire de mauvaises combinaisons, se sont simplement référées aux matières enseignées dans les anciennes filières S, ES, L pour faire leur choix l’an dernier.

 

Il semble que cette réforme du baccalauréat a pour vocation de pallier certains manquements bien connus de l’ancienne formule. (Image : pixabay.com)I
Il semble que cette réforme du baccalauréat a pour vocation de pallier certains manquements bien connus de l’ancienne formule. (Image : pixabay.com)

 

Le contrôle continu

Autre grand changement : la mise en place d’un contrôle continu dès la Première, qui comptera dans la note finale du baccalauréat ! Cette mesure semble être une bonne alternative pour pallier aux nombreux cas d’échec au bac dus à des facteurs perturbateurs qui affectent momentanément les élèves (stress, maladie, événement traumatisant).

À raison de trois séries entre la Première et la Terminale (2 en première et une en terminale), le contrôle continu comptera pour 30% de la note finale, 10% étant aussi réservés aux bulletins scolaires.

Edouard Geffray, numéro 2 du Ministère de l’Education, explique ainsi au quotidien Les Echos : «L’idée est que les élèves ne jouent pas tout leur bac sur une semaine et qu’ils puissent tirer profit de chaque épreuve. Pour cela, ils pourront récupérer les corrigés annotés afin de progresser dès la session suivante.»

Le projet débutera dès décembre prochain, une banque de sujets d’examens, choisis par les équipes pédagogiques en accord avec leur proviseur, sera mise à disposition des lycées.

Même si des ajustements sont encore nécessaires afin d’«éclaircir» les liens existant entre les combinaisons de spécialités choisies et les études souhaitées ensuite par les élèves, il semble que cette réforme du baccalauréat a pour vocation de pallier certains manquements bien connus de l’ancienne formule.

Alors, oui, la bienveillance semble en effet, être au rendez-vous… Encore faut-il ne pas lésiner sur les moyens humains et technologiques adéquats, à l’instar de la plate-forme Parcoursup qui révèle déjà ses limites quant à l’orientation et à la sélection post-bac de tous les élèves.