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Société. Les méthodes d’éducation parentales du peuple Sámi basées sur la résilience

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Les Sámis du nord de la Scandinavie sont les descendants de peuples nomades séculaires qui vivaient de la chasse et de la pêche. À la fin du XXe siècle, la population sámie comptait 30 000 à 40 000 individus en Norvège, 20 000 en Suède, 6 000 en Finlande et 2 000 en Russie.

Aujourd’hui, les Sámis sont quasiment tous multilingues. Différentes traditions parentales uniques contribuent à maintenir leur mode de vie atypique.

L’élevage de rennes

Selon la coutume, les Sámis éleveurs de rennes se réunissent en juin ou en juillet, lorsque la lumière du jour persiste jusque tard dans la nuit, pour « marquer » les jeunes rennes. Les éleveurs accompagnent les rennes à pied, en VTT et même en avion. La participation est obligatoire pour tous les clans. Les jeunes rennes à moitié sauvages sont attrapés et marqués à l’aide de couteaux spéciaux. Chaque famille possède un modèle unique de marquage, effectué à l’oreille, pour identifier ses propres troupeaux. Cette opération a lieu la nuit lorsque les températures sont fraîches, et la tâche prend des semaines.

La coopération est cruciale chez les Sámis. La famille entière se conforme à différents cycles de sommeil. Les enfants travaillent et jouent avec leur famille élargie toute la nuit, puis se reposent quand ils en ont envie pendant la journée. Ils sont élevés pour être autonomes et responsables. Même par des températures glaciales, ils décident de ce qu’ils veulent porter, manger et quand dormir. Ce degré d’autonomie peut surprendre les visiteurs. Les nuits d’été dans l’Arctique, il est courant que les enfants plus âgés aillent pêcher avec des copains tard dans la nuit et reviennent tôt le lendemain matin.

Les méthodes d’éducation parentales du peuple Sámi basées sur la résilience

Un art parental unique

La méthode sámie relative à l’éducation des enfants ne possède pas de règles. Elle a sa propre structure complexe et ses propres fondements philosophiques. Elle a évolué au fil du temps pour préparer les enfants aux rigueurs de la vie en Arctique.

Un réseau étendu d’adultes participe à l’éducation des enfants. Ce réseau assure la prise en charge de l’enfant, sa protection, ainsi que la communication avec des personnes en dehors du noyau familial. Tout comme la parenté, la tutelle est un lien étroit. Les adultes utilisent des techniques d’éducation avancées comme les contes, les taquineries ludiques et des stratégies et des comportements aptes à distraire les enfants.

L’apprentissage des normes culturelles chez les Sámis

Selon un récent article de la BBC, Rauni Äärelä-Vihriälä, mère et professeur adjointe d’éducation sámi à l’Université sámi des sciences appliquées de Guovdageaidnu, a déclaré : « Nous pensons que les enfants doivent avoir le temps de penser et d’exprimer leurs opinions, et qu’ils doivent aussi échouer pour apprendre. Une expression sámi du nord dit " Gal datoahppá go stuorrola ", ce qui signifie : " il ou elle apprendra quand il ou elle sera grand(e) " ».

Finlande. Une famille nordique sámie ou lapone en costumes traditionnels, accompagnée d’un chien. Des méthodes parentales uniques ont évolué pour préparer les enfants aux rigueurs de la vie en Arctique. (Image : wikimedia / Domaine publique)

Les Sámis enseignent les normes culturelles de manière subtile, en utilisant des approches indirectes et non conflictuelles. Cela aide l’enfant à construire son estime de soi, améliore sa maîtrise et favorise la distraction. On peut attendre que l’attention de tous soit détournée avant d’aborder une question difficile ou litigieuse, ou utiliser la taquinerie légère, appelée Nárrideapmi, pour rappeler aux enfants comment ils doivent se comporter. Le Nárrideapmi est réservé aux oncles et tantes qui connaissent bien l’enfant, plutôt qu’aux parents.

Rauni Äärelä-Vihriälä a expliqué : « Pour les adolescent(e)s , il peut s’agir de quelque chose concernant les petit(e)s ami(e)s, alors que pour les plus petits enfants, il peut s’agir de s’habiller, par exemple. Si je remarque que mon enfant n’a pas mis assez de vêtements chauds pour l’hiver, je peux lui demander si elle va aller à la plage tropicale ou autre… Cela permet aussi à l’enfant de se rendre compte de ce qu’il doit faire, et cela l’encourage à penser par lui-même. C’est encore une fois assez indirect. »

Les croyances traditionnelles des Sámis remises en question

La tradition qui s’est transmise oralement, ainsi que les preuves archéologiques, montrent que le peuple sámi avait un profond respect pour la nature. Ils croyaient que le ciel était rempli d’esprits et que les rochers saillants et les anomalies du paysage constituaient des points d’entrée dans le royaume des esprits. Les légendes des Akka (esprits féminins) et des Stallo (géants maladroits des bois) ont été préservées dans le folklore et la musique sámis.

Le joik est une forme d’expression musicale, il n’a pas d’origine connue car la culture sámi n’avait pas de langue écrite dans le passé. Selon les contes oraux, le peuple sámi a reçu le joik des fées et des elfes des royaumes polaires. Le joik regroupe plusieurs formes de chants, qui sont des réflexions personnelles adressées soit à une personne en particulier, soit à un animal, ou à un paysage. Ces chants peuvent aussi être exécutés à des fins spirituelles. Un Noaidi (chaman sámi) peut utiliser le joik et un tambour sámi pour communiquer avec les royaumes surnaturels.

Chanson sámi  Sámi Eatnan Duoddariid, chantée par le célèbre Nils Aslak Valkeapaa

Paroles traduites

Les grandes étendues du Sámi abritent les enfants sámis
royaume rocheux froid et stérile
La maison des enfants sámis

Oh, le plateau stérile
la région froide et dure.
Le monde rocheux et enneigé du nord.
la maison des enfants sámis

Le vent mène, le vent amène,
La toundra est la toundra.
Derrière la toundra, dans le giron de la toundra,
l’étreinte sámi de l’espoir.

Oh les plateaux dorés,
les étoiles d’argent de leur eau.
La précieuse maison des enfants sámi,
la corde de naissance de la vie
.

-Espen Eira-

La culture sámi a été presque détruite dans les années 1600. Les Noaidis étaient brûlées comme des sorcières et le chamanisme sámi était condamné comme de la « sorcellerie ». La sorcellerie était jugée méchante et était contestée car elle était liée aux noaidis et aux activités mystiques.

Au cours du XIXe siècle, les Sámis ont été de plus en plus christianisés. Avec l’introduction de l’école obligatoire en 1889, la langue et le mode de vie traditionnel des Sámis ont été soumis à une pression culturelle croissante, en particulier entre 1900 et 1940, lorsque la Norvège a dépensé des millions pour les éradiquer. La politique de la terre brûlée de l’armée allemande en 1944-1945 a entraîné la destruction de toutes les maisons existantes et de la culture sámi en Finlande et dans le nord de la Norvège.

La sagesse ancestrale des Sámis

Une grande partie du mode de vie culturel et des coutumes des Sámis a été préservée avec sagesse et résilience. Selon les Sámis, le succès dans la vie n’a pas grand-chose à voir avec un gain financier ou un emploi distingué, mais plutôt avec la capacité à s’adapter et à survivre dans des situations difficiles. En plus de survivre dans la nature, il faut aussi être capable d’interagir avec diverses personnes dans différents contextes.

« Un enfant sámi grandit en pensant que les gens sont tous différents et qu’il faut toujours être inventif. Je dirais qu’il est très tolérant », a expliqué Rauni.

Laura KallioinenIn, une enseignante sámie et mère de trois enfants élevés dans la colonie la plus septentrionale de Finlande, trouve étrange que ses voisins du sud fassent une distinction entre les activités familiales. « …les gens investissent vraiment dans le temps de qualité qu’ils passent avec leur famille. Je ne comprends pas vraiment ça, pour nous, ça veut dire aller dans la forêt pour cueillir des baies ou aller pêcher sur la glace, des choses normales », a-t-elle précisé.

Pour préserver leur civilisation et leur culture traditionnelles, la minorité sámi a admirablement tenu bon dans son combat permanent pour maintenir en vie ses traditions et ses langues anciennes dans les écoles sámis, et pour sauvegarder les pâturages de rennes. La région possède encore des centaines de milliers de rennes. Bien que l’exploitation forestière industrielle ait été repoussée des zones forestières les plus importantes, il existe toujours des menaces, comme l’exploitation minière et la construction commerciale sur les terres traditionnelles des rennes.

Les Sámis pensent que le seul moyen de rétablir l’équilibre entre les gens et l’environnement est de revenir à la sagesse traditionnelle.

Rédacteur Fetty Adler
Collaboration Jo Ann

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