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Nature. La stratégie pour lutter contre les parasites sans pesticide, au temps de la Chine ancienne

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Nous sommes tous conscients que les pesticides sont nocifs pour notre environnement et notre santé, mais nous devons aussi nous nourrir et ce à des prix raisonnables. Les pesticides augmentent le rendement de nos cultures et, à l’heure actuelle, ils sont essentiels pour maintenir notre approvisionnement alimentaire. Alors, quelle est la solution pour une culture sans pesticide.

Aujourd’hui, les scientifiques cherchent des substituts biologiques comme alternative aux pesticides. Mais il y a 1 700 ans, les agriculteurs chinois utilisaient un agent antiparasitaire biologique, non chimique, non polluant et à recyclage automatique : les fourmis !

Ironiquement, aujourd’hui, la Chine utilise beaucoup plus de pesticides chimiques que tout autre pays.

Pour protéger leurs arbres, les producteurs chinois ont transféré des colonies de fourmis tisserandes (nom scientifique, Oecophyllasmaragdina) de la nature vers leurs vergers commerciaux. Cette pratique a été enregistrée pour la première fois dans un manuel de botanique intitulé : Plantes des régions du Sud, écrit par Ji Han vers 304 ap. J.-C. Il leur a donné le nom de fourmis des agrumes. Même à cette époque, il y avait des intermédiaires : certains entrepreneurs ramassaient les nids dans les forêts et les vendaient aux agriculteurs.

Les fourmis tisserandes sont des créatures étonnantes

Les fourmis tisserandes sont des créatures étonnantes. Elles vivent dans les arbres où elles se fabriquent de vastes nids avec des feuilles. Il peut y avoir une centaine de nids contenant chacun des milliers de fourmis.

Pour faire un nouveau nid, les fourmis ouvrières cherchent des feuilles appropriées. Une fois la feuille choisie, une ouvrière se tient sur le bord de la feuille, se cabre, saisit une feuille adjacente dans ses mandibules et la tire vers le bas pour rejoindre la première feuille. D’autres ouvrières se joignent à elles, formant une ligne de fourmis qui rapprochent les feuilles. Si l’écart entre les feuilles est trop grand pour la portée d’une fourmi, une autre fourmi grimpera sur son dos pour aller plus loin. Si nécessaire, une échelle de fourmis se formera pour franchir l’écart, les mandibules de l’une saisissant la taille de l’autre.

La stratégie pour lutter contre les parasites sans pesticide, au temps de la Chine ancienne
Fourmis tisserandes transmettant de la nourriture aux ouvrières, en Thaïlande. (Image : wikimedia / Sean.hoyland)

Une fois que les bords des feuilles sont rapprochés, d’autres fourmis transportent avec précaution une larve de l’ancien nid. Les larves de fourmis tisserandes, comme les vers à soie (un autre insecte pour lequel la Chine est connue), peuvent produire de la soie à partir de leurs glandes salivaires. Une tape sur la tête de la larve l’incite à produire un fil de soie solide et collant. La larve est transportée le long des bords de la feuille pour que la soie les scelle ensemble, comme si elle utilisait un pistolet à colle ! D’où le nom de fourmis tisserandes.

Une fois dans sa maison sécurisée, la nouvelle colonie se met au travail. La reine pond des œufs qui se transforment en larves puis en chrysalides. Les larves se transforment ensuite en pupes, d’où émergent les ouvrières. Les ouvrières les plus grandes quittent le nid pour aller à la recherche de nourriture. Les fourmis butineuses sont des prédateurs très territoriaux et agressifs : elles attaquent et tuent d’autres insectes, ramenant les cadavres au nid comme nourriture. Ce faisant, les fourmis tisserandes débarrassent la zone autour de l’arbre hôte des autres insectes qui pourraient autrement nuire à l’arbre. Les fourmis plus petites ont tendance à rester plus près de chez elles, s’occupant des larves et récoltant le miellat excrété par les insectes voisins.

Les premiers Chinois ont dû remarquer que les colonies de fourmis tisserandes profitaient aux arbres hôtes. Lorsqu’ils ont eux-mêmes cultivé des agrumes et des manguiers, ils ont introduit des nids de fourmis tisserandes dans leurs vergers. Cette pratique s’est répandue dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est, où elle est encore utilisée aujourd’hui.

Des observations scientifiques modernes ont confirmé que les arbres avec des fourmis tisserandes produisent des fruits plus nombreux et de meilleure qualité et ont moins de dégâts dus aux parasites sur les feuilles.

Bien sûr, il y a toujours un bémol ! Les fourmis tisserandes tirent une partie de leur alimentation du miellat excrété par les insectes qui se nourrissent de la sève juteuse de l’arbre hôte, comme les pucerons que nous connaissons si bien dans nos propres rosiers. Néanmoins, tout compte fait, la présence des colonies de fourmis tisserandes est bénéfique pour l’arbre fruitier.

Mais ce n’est pas tout

Les fourmis tisserandes, en particulier les larves, sont riches en protéines et en acides gras et sont consommées par les humains. En effet, en Thaïlande, elles sont considérées comme un tel délice que les larves coûtent plus cher à la livre que le bœuf ! On récolte les fourmis en faisant un trou dans le nid et en laissant les insectes tomber dans un pot. On met un brunch dans le pot, ce qui permet aux ouvrières de s’échapper, laissant les larves à manger. Les œufs de fourmis sont utilisés comme condiment.

En Indonésie, les gens riches élèvent des oiseaux chanteurs dans des cages et les gâtent en leur offrant des larves de fourmis tisserandes coûteuses.

Les fourmis tisserandes jouent aussi un rôle dans la médecine traditionnelle chinoise. On pense que leur utilisation peut prévenir les rhumatismes. En Inde, les fourmis sont utilisées dans un macérat d’huile que l’on étale sur la peau pour guérir les rhumatismes, la goutte et les maladies de peau. Les fourmis tisserandes ont aussi la réputation d’être aphrodisiaques.

L’utilisation des fourmis tisserandes en Chine est l’une des rares alternatives aux pesticides chimiques, reconnue pour avoir fait ses preuves. Parmi les 30 millions d’espèces d’insectes qui existent, il se pourrait qu’il en existe d’autres à découvrir et à utiliser pour remplacer les pesticides.

Rédacteur Fetty Adler
Collaboration Jo Ann

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