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Culture. Hommage à Maryse Condé, figure majeure de la littérature française et de la francophonie

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Maryse Condé, femme de lettres antillaise de renommée internationale, s’est éteinte à l’âge de 90 ans. Avec une bibliographie impressionnante, elle fut tour à tour romancière, essayiste et dramaturge. Un hommage national lui sera rendu. En attendant, nous allons présenter celle qui, au nom d’un engagement sans faille, consacra sa vie à la littérature.

Maryse Condé : une enfance protégée et une famille respectable

Maryse Condé, née Marise Liliane Apolline Marcelle Boucolon voit le jour à Pointe-à-Pitre le 11 février 1934. Benjamine d’une famille nombreuse, elle grandit dans un milieu assez privilégié. Son père va fonder la future Banque Antillaise et sa mère deviendra l’une des premières institutrices noires de la Guadeloupe. Une mère très autoritaire et très soucieuse de son ascension sociale qui a élevé ses enfants dans le culte de l’école. La jeune Maryse a marqué très tôt un goût prononcé pour la littérature. « Mon père commandait des livres de littérature française (…). Lui ne les lisait pas, mais mon frère et moi, on coupait les pages et on lisait. Petits, on a été imprégnés de littérature et de culture françaises. » confia-t-elle lors d’une interview à France Culture.

Brillante élève, Maryse quitte sa Guadeloupe natale pour se rendre à Paris à l’âge de 16 ans où elle intègre le prestigieux lycée Fénélon puis la Sorbonne. Selon ses dires, « des profs très hostiles, très moqueurs avec des étudiants paternalistes et protecteurs » lui font découvrir sa différence. Des amis l’incitent à lire les ouvrages liés au concept de la négritude. Les thématiques de l’esclavage, de la colonisation et du lien avec l’Afrique occultées par ses parents lui sautent aux yeux. « Si j’étais restée en Guadeloupe, je n’aurais jamais compris que j’avais une origine, une histoire. » poursuit-elle. Préoccupée par les problèmes d’identité, elle se rapproche des milieux africains et se revendique comme « guadeloupéenne indépendantiste ». Quelques années plus tard, elle rencontre le comédien Amadou Condé originaire de la Guinée qu’elle épouse en 1958. Marise Boucolon devient Maryse Condé.

L’Afrique, terre d’inspiration

Dans le cadre de la Coopération, Maryse Condé part pour l’Afrique en Côte d’Ivoire. Là, elle exerce en tant que professeure de français puis elle rejoint son mari en Guinée où le bouillonnement de l’indépendance fait rage. Sa découverte du continent africain entre les années 1960-1968 sur fond de tourmente révolutionnaire est ponctuée de pérégrinations au Niger et au Ghana. Expulsée du Ghana car suspectée d’espionnage, Maryse Condé se rend à Londres avec ses quatre enfants. Elle y travaille comme journaliste à la BBC. Deux ans plus tard, elle retourne en Afrique. Au Sénégal elle rencontre Richard Philcox, un professeur d’anglais d’origine britannique. Elle va l’épouser en secondes noces en 1981 après avoir obtenu le divorce de son premier mari.

Rejetée par les Africains qui voient en elle une étrangère, elle connaîtra une certaine désillusion en Afrique, estimant que la négritude prônée par Aimé Césaire n’est qu’un rêve ! Dans le même temps sur le plan sentimental, son union avec Amadou Condé, avait viré à l’échec. Toutefois, ses expériences en terre africaine donneront lieu à une source d’inspiration précieuse. Son premier roman Hérémakhonon (1976) qui veut dire « en attendant le bonheur » raconte l’histoire d’une jeune femme antillaise en quête d’identité. Plus tard sera publié en 1981 Une saison à Rihata, un roman qui dépeint une ville africaine du XXe siècle.

Retour en France : premiers succès littéraires

Maryse Condé décide de retourner en France avec ses enfants. Enseignante dans plusieurs universités basées dans la capitale, elle rédige par ailleurs des articles dans des revues comme Demain l’Afrique ou Présence Africaine. Elle soutient avec succès une thèse de doctorat ayant pour thème Stéréotype du noir dans la littérature antillaise Guadeloupe-Martinique, sujet récurrent dans son œuvre romanesque. La sortie du roman Segou couronné de succès dès sa parution lui apporte la reconnaissance. Cette fresque africaine en deux tomes publiée en 1984 puis en 1985 relate la chute de l’empire bambara de Ségou, l’actuel Mali. Le roman traduit en 12 langues et tiré à 300 000 exemplaires reste un best-seller.

De la Guadeloupe aux États-Unis 

À partir de 1986, les années suivantes se partagent pour l’écrivaine entre la Guadeloupe et les États-Unis. Son séjour dans l’île natale lui inspirera l’écriture de romans tels que La Vie scélérate et Traversée de la mangrove. Le roman Moi, Tituba sorcière noire de Salem, édité en 1986 raconte l’histoire d’une esclave d’origine barbadienne accusée de sorcellerie. L’auteure mêlant la fiction à la réalité recevra une récompense pour cette œuvre : le grand prix de la littérature de la femme. Maryse Condé écrit en outre plusieurs ouvrages destinés aux plus jeunes tels que Hugo le terrible ou Rêves amers.

Entre 1995 et 2005, Maryse Condé enseigne dans plusieurs universités américaines renommées, à Berkeley en Californie, en Virginie, à Harvard et à l’Université de Columbia à New York City. Elle accepte la fonction de directrice du centre d’études françaises et francophones.

En 2019, Maryse Condé reçoit la Grand-croix de l’ordre national du Mérite des mains du Président Emmanuel Macron. Ce dernier lui déclare, amusé : « Vous êtes l’indépendantiste la plus décorée de la République » ! (Image : wikimedia / Fekist / CC BY-SA 4.0)

Récompenses et consécration finale

Afin de se rapprocher de ses enfants, Maryse Condé quitte la Guadeloupe en 2007 et finit par s’installer avec son mari dans le paisible village de Gordes situé dans le Vaucluse. Elle continuera à écrire jusqu’au bout malgré les contraintes dues à la maladie. « La littérature est le lieu où j’exprime me peurs et mes angoisses, où je tente de me libérer de questionnements obsédants », explique-t-elle. Son dernier roman, L’Évangile du nouveau monde est publié en 2021.

Maryse Condé a été maintes fois couronnée. Nommée par le Président Chirac, elle présida le Comité pour la mémoire de l’esclavage créé en 2004. En 2014, elle est élevée au rang d’officier de l’ordre national de la légion d’honneur puis en 2019, reçoit la Grand-croix de l’ordre national du Mérite des mains du Président Emmanuel Macron. Ce dernier lui déclare, amusé : « Vous êtes l’indépendantiste la plus décorée de la République » !

Enfin en 2018, c’est pour elle la consécration : elle reçoit le prix Nobel alternatif, le nouveau prix institué cette année-là. « Elle décrit dans son œuvre les ravages du colonialisme et le chaos post colonial dans une langue à la fois précise et bouleversante », précise l’institution de Stockholm. Émue, Maryse Condé dédie ce prix à la Guadeloupe. Elle s’éteint le 2 avril 2024 à Apt (Vaucluse). Les hommages se sont multipliés depuis sa disparition, saluant son travail acharné, son indépendance d’esprit et sa plume inimitable.

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