Ruyi : gratte-dos et artisanat traditionnel chinois

Par Bei Jiu
Le 15/01/2021
Ruyi en or serti de gemmes symbolisant les « huit immortels », dynastie Qing (1644-1911). (Image : Musée Nationale du Palais de Taiwan / @CC BY 4.0)
Ruyi en or serti de gemmes symbolisant les « huit immortels », dynastie Qing (1644-1911). (Image : Musée Nationale du Palais de Taïwan / @CC BY 4.0)
 

Le ruyi (如意) est un artisanat traditionnel chinois qui tire son origine d’un ancien outil nommé « gratte-dos ». Il s’agit d’un manche de 30 cm de longueur, fait en os, jade, bambou ou bois, avec une tête à gratter en forme de paume à l’autre extrémité. On pouvait tenir le manche dans une main, se gratter le dos avec l’autre côté et apprécier la détente, d’où son nom. Ils sont toujours populaires aujourd’hui et sont généralement faits de bois ou de bambou, communément appelés « le bonheur aux seniors ».  

 

Gratte-dos. (Image : wikimedia / Shalom.sobaba / CC BY-SA 3.0)
Gratte-dos. (Image : wikimedia / Shalom.sobaba / CC BY-SA 3.0)
 

Les premiers ruyi ont été trouvés en Chine dès la dynastie des Zhou de l’Est (東周, 1046-220 av. J.-C.). Tandis que le terme « Ruyi » a commencé à apparaître dans les dynasties Qin (秦,221-207 av. J.-C.) et Han (漢,206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.). Le Livre de la dynastie Jin - biographie de Wang Dun (晉書 - 王惇傳) indique que Sun Quan (孫權, 182-252) - le roi du Royaume de Wu (吴) pendant la période des Trois Royaumes (三國) – avait découvert un ruyi, et après avoir bu un verre d’alcool, il chantait toujours la chanson de l’empereur Wu de royaume Wei (魏武帝) : « Vieux cheval dans l’étable, mais il pense toujours à parcourir mille Li (500 kms), un héros atteint sa vieillesse, mais ses ambitions ne diminuent point », et frappait le crachoir avec le ruyi, et le bord du pot était complètement cassé.

Il y a une histoire dans le livre Les morceaux divers de Youyang (酉陽雜俎) de Duan Chengshi (段成式) de la dynastie Tang (唐, 618-907) : le moine bouddhiste indien (ou srilankais) Amoghavajra, également connu sous nom chinois Bukong (不空 ), qui avait atteint la voie de Dharani, était capable de commander cent divinités, et l’empereur Xuanzong (玄宗) le respectait… Le maître taoïste Luo Gongyuan (羅公遠 ) se trouvait dans la même salle et se grattait le dos du revers de la main, Bukong lui dit : « Je peux vous prêter un ruyi ». Les pierres pavées sur le sol de la salle étaient lisses comme du jade, un ruyi est apparu sur le sol et a glissé devant Luo Gongyuan. Luo Gongyuan a tenté à plusieurs reprises de le saisir  mais sans succès. L’empereur Tang Xuanzong voulait se lever et aider Luo Gongyuan. Bukong lui dit : « Votre majesté, inutile de vous lever, le ruyi au sol n’est qu’un reflet ». Ceci dit, il a levé la main et a donné un ruyi à Luo Gongyuan.

Le poète Li He (李賀) de la dynastie Tang, dans son poème Je me souviens de la résidence de montagne de Changgu pour la première fois (始為奉禮憶昌谷山居), écrit une phrase « Quand je m’ennuie, je joue avec le ruyi, je m’assieds devant le rideau en bambou, je regarde le foulard et j’ai la nostalgie de mon pays natal ». On peut voir que dans les dynasties Jin (晉, 265-420) et Tang, il y avait déjà des ruyi en Chine, qui étaient utilisés pour gratter le dos.

 

A gauche : Le grand bodhisattva Samantabhadra assis sur des éléphants et muni d’un ruyi. (Image : wikimedia / CC 3.0) A droite : Fan Zhongyan (989-1052) , premier ministre chinois de la dynastie Song, qui tenait un hu dans les mains. (Image : wikimedia / CC BY-SA 3.0)
A gauche : Le grand bodhisattva Samantabhadra assis sur un socle soutenu par des éléphants, et muni d’un ruyi. (Image : wikimedia / CC 3.0). A droite : Fan Zhongyan (989-1052), premier ministre chinois de la dynastie Song, qui tenait un hu dans les mains. (Image : wikimedia / CC BY-SA 3.0)
 

Par ailleurs, l’instrument en forme de bâton plat tenu dans les mains des statues de Bouddha est également connu sous le nom de ruyi dont le nom sanskrit indien est « Aniruddha ». Il est composé d’un manche élancé et d’une tête aux motifs nuageux. Il était à l’origine utilisé comme un aide-mémoire par les moines qui y inscrivaient les soutras bouddhistes lorsqu’ils prêchaient les écritures bouddhistes. Il est similaire au hu (笏) utilisé par les fonctionnaires chinois qui notaient les choses importantes lors de leurs réunions avec l’empereur. On ignore quand le ruyi bouddhiste indien a été introduit en Chine. C’est probablement après l’introduction du bouddhisme en Chine sous la dynastie Han qu’il est devenu populaire et employé par les moines bouddhistes.

Après la dynastie Tang, le ruyi, utilisé comme un outil de grattage pratique et qui avait un si joli nom a été transformé en un bel objet d’art qui pouvait également servir de gratte-dos. C’était un cadeau très populaire pour les amis et la famille pendant le Nouvel An, les différentes fêtes et les anniversaires, surtout sous la dynastie des Qing.

 

Les différents ruyi de la dynastie Qing exposés au Musée Nationale du Palais de Taiwan. (Image : Musée Nationale du Palais de Taiwan / @CC BY 4.0)
Les différents ruyi de la dynastie Qing exposés au Musée Nationale du Palais de Taïwan. (Image : Musée Nationale du Palais de Taïwan/ @CC BY 4.0)
 

Les ruyi de la dynastie Qing étaient des ornements précieux avec une tête en forme de feuille et un manche légèrement incurvé. Ils étaient en or, jadéite, agate, cristal, corail, bois d’encens, bambou ou os. Le savoir-faire des ruyi était également plus raffiné à cette époque. Ils étaient sculptés dans la masse et ciselés avec des fils d’or et d’argent, sertis de gemmes rouges et vertes, formant de beaux motifs tels que « pin et grue », « longévité », et « phénix et pivoine », signifiant la bonne fortune et la longévité. Certains d’entre eux étaient placés sur les tables du palais impérial et d’autres à côté du trône de l’empereur pour que les empereurs et leurs concubines puissent jouer avec. On peut voir toutes sortes de ruyi exposés dans les six palais de l’est et de l’ouest de la Cité interdite.

Lorsqu’un empereur accédait au trône, se mariait, fêtait son anniversaire ou lors des fêtes,  les ministres mettaient souvent leur argent en commun pour la fabrication d’un assortiment de ruyi qu’ils offraient en cadeau à l’empereur. Il semble que pour le 60e anniversaire de l’empereur Qianlong (乾隆), les ministres ont fait fabriquer une collection de 60 ruyi tissés de fils d’or, utilisant au total 1 361 taels d’or (ancienne monnaie chinoise). Pour le 60e anniversaire de l’impératrice Cixi (慈禧), les ministres lui ont offert 81 ruyi, car « neuf fois neuf » était le chiffre chanceux le plus élevé. Cixi en était effectivement ravie. Les empereurs offraient aussi souvent des ruyi à leurs concubines et leurs ministres. Le temple de Confucius à Qufu, dans la province du Shandong, a conservé quelques précieux ruyi offerts par les empereurs de la dynastie Qing  aux descendants de Confucius. Dans le passé, les personnes riches ou de la noblesse s’offraient des ruyi pour célébrer la naissance d’un enfant. Bien sûr, le ruyi n’était pas un cadeau limité au palais. Les gens du commun s’offraient également des ruyi. En fait, le ruyi était très populaire, il y en avait de coûteux et d’autres à des prix plus abordables.

 

Tableau traditionnel chinois contenant deux kakis et un ruyi (事事如意, Shi Shi Ruyi), ce qui signifie « que tout aille bien » en chinois. (Image : Musée Nationale du Palais de Taiwan / @CC BY 4.0)
Tableau traditionnel chinois contenant deux kakis et un ruyi (事事如意, Shi Shi Ruyi), ce qui signifie « que tout aille bien » en chinois. (Image : Musée Nationale du Palais de Taïwan / @CC BY 4.0)
 

Dans les œuvres d’art chinoises anciennes, telles que les peintures et les sculptures, il est courant de voir des ruyi associés à des fruits. Il s’agit d’une expression de bons vœux utilisant des prononciations similaires à celles de leurs noms chinois. Par exemple, deux kakis (柿,Shi) assortis à un ruyi  signifient « Shi Shi Ru Yi » (事事如意, que tout aille bien). Un autre exemple est une pêche ou une bergamote à côté d’un ruyi, qu’est-ce que cela signifie ? Dans la culture traditionnelle chinoise, la pêche représente la longévité, et le nom chinois de la bergamote est « Foshou » ( littéralement « la main du Bouddha » ) dont la première syllabe est similaire au mot bonheur (福, Fu) . La combinaison de pêche et bergamote signifie ainsi la longévité et le bonheur. Si l'on met des lys (百合, Baihe) et des kakis (柿, Shi) à côté d’un ruyi, cela signifie « Bai  Shi Ru Yi » (littéralement « tout va comme vous le souhaitez »), si l'on met des pommes (蘋果, Pingguo) à côté des ruyi, alors cela signifie « la paix, et que tout aille comme vous le souhaitez ».


Traduit par Jessica Wang 

Sources : https://www.secretchina.com/news/gb/2015/02/01/567197.html
                https://www.secretchina.com/news/gb/2014/11/28/561021.html