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Sagesse. Conte traditionnel chinois : Sai Weng et son cheval, une bénédiction déguisée

CHINE ANCIENNE > Sagesse

La philosophie traditionnelle chinoise s’inspire largement de la pensée taoïste. Dans un ancien livre taoïste, le Huainan Zi (淮南子), on trouve une histoire célèbre sur les « bénédictions » et les « malheurs ».

Pendant la période des Royaumes combattants (戰國時代 481-405 av. J.-C.), un vieil homme vivait près du bord de la Grande Muraille de Chine. Son nom, Sai Weng, en disait long sur lui, car il signifiait « un homme vivant à la frontière de la nation ».

Sai Weng avait de nombreux chevaux. Un jour, l’un d’eux disparut. Lorsque les voisins l’apprirent, ils vinrent tous le réconforter, lui disant qu’il ne fallait pas être trop anxieux, car il était vieux et devait prendre soin de sa santé. Voyant tant de gens le réconforter, Sai Weng a souri et a dit : « Perdre un cheval n’est pas une grande perte, et cela peut apporter des bénédictions. »

Les voisins ont trouvé ces propos étranges. La perte du cheval était évidemment une mauvaise chose, mais il pensait que cela pouvait être une bonne chose. Il tentait sans doute de se tromper lui-même pour éviter la douleur de la perte du cheval. Quelques jours plus tard, cependant, le cheval perdu est non seulement rentré de lui-même, mais il a également ramené un étalon.

Lorsque les voisins apprirent que le cheval était revenu de lui-même, ils admirèrent la clairvoyance de Sai Weng et le félicitèrent en disant : « Tu es perspicace. Non seulement tu n’as pas perdu ton cheval, mais il a ramené un autre beau cheval. Quelle bénédiction ! »

En entendant les félicitations des voisins, Sai Weng n’avait pas du tout l’air ravi. Il dit avec une pointe d’inquiétude : « Ce n’est pas forcément une bénédiction d’obtenir un beau cheval pour rien. Le cheval peut causer des problèmes. »

Les voisins pensaient que sa posture était purement de la retenue des personnes âgées. Dans son cœur, il devait sûrement être heureux, seulement il ne voulait pas l’exprimer.

Sai Weng avait un fils unique qui aimait beaucoup monter à cheval. Il admirait le nouveau cheval aux beaux sabots longs. Son hennissement était fort et clair, et son corps fort et puissant. Le fils savait que c’était un bon cheval. Il le montait tous les jours et était très content de lui.

Un jour, le cheval était un peu trop excité. Il trébucha et le fils de Sai Weng tomba du cheval et se cassa la jambe. Lorsque ses voisins l’apprirent, ils vinrent lui présenter leur sympathie.

Sai Weng répondit : « Ce n’est rien. C’est probablement une bénédiction d’avoir une jambe cassée du moment que sa vie est sauve ! » Les voisins ont pensé qu’il disait encore des bêtises. Ils ne voyaient pas comment une jambe cassée pouvait être une bénédiction.

Peu après, la Chine a été envahie par une tribu étrangère. Tous les jeunes hommes furent enrôlés dans l’armée, mais le fils de Sai Weng ne put s’engager à cause de sa jambe cassée. La plupart des jeunes hommes qui se sont engagés sont morts à la guerre, mais le fils de Sai Weng a survécu.

Les choses peuvent ne pas être ce qu’elles semblent être. Le yin et le yang coexistent et évoluent constamment. Le monde humain est extrêmement compliqué. Très souvent, ce qui semble mauvais peut être bon et ce qui semble juste peut en fait être mauvais. C’est pourquoi apprendre à discerner le bien du mal, le bon du mauvais est la quête de toute une vie. Lorsque nous atteignons une sagesse comme celle de Sai Weng, rien ne peut nous stresser, nous décourager ou nous déranger, car la sagesse, ou Dao, peut nous offrir une perspective constructive pour changer notre façon de penser et de ressentir.

Face à l’adversité, ce conte chinois nous rappelle de garder l’espoir. Ce qui semble malheureux sur le moment peut très bien s’arranger en fin de compte.

Rédacteur Swanne Vi

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