Press "Enter" to skip to content

Histoire. Guerres de l’opium, une histoire de vertu et de richesse (1/2)

CHINE ANCIENNE > Histoire

Pendant les guerres de l’opium, les dirigeants chinois qui gouvernaient les affaires civiles et militaires avaient de nombreuses occasions d’accumuler de grandes richesses pour leurs familles. (Image : wikimedia / Richard Simkin / CC0 1.0)
 

Pendant la période des guerres de l’opium en Chine, Zeng Guofan dirigeait l’armée du Hunan avec la pleine autorité de l’empereur et était responsable de toute la gestion financière, mais il n’a jamais détourné l’argent de l’armée.

À l’époque, le commerce du sel était un moyen de gagner de l’argent en utilisant des coupons à échanger lors de l’achat et de la vente du sel. C’était un moyen pour le gouvernement de contrôler la production de sel et de réglementer les ventes.

L’intérêt sur un coupon de sel pouvait être de 125 à 155 kilos d’argent. Selon les règles, la famille Zeng avait le droit de recevoir environ 100 ou 200 coupons. Cependant, Zeng Guofan s’est strictement opposé à ce que sa famille les reçoive.

Lin Zexu, un autre personnage de l’histoire chinoise, était connu pour avoir interdit le commerce de l’opium. Il aurait pu obtenir rapidement des millions de dollars en pots-de-vin, à condition d’assouplir un peu l’application de la loi. Son refus de le faire a contribué au conflit avec les Britanniques, ce qui l’a conduit à s’exiler afin d’apaiser le conflit. Les choix faits par ces deux hommes sont assez différents de ce que la plupart des gens imaginent.

Nie Yuntai, le petit-fils de Zeng Guofan, a été président de la Chambre de commerce de Shanghai sous la République de Chine. En raison de la renommée de ses ascendants, Nie Yuntai avait de bonnes relations avec de puissants descendants et de riches hommes d’affaires. Après avoir assisté à l’ascension et à la chute de certaines familles, il a constaté qu’il était facile pour les gens de faire fortune, mais qu’il était difficile pour eux de conserver leur patrimoine.

Le grand-père de Nie Yuntai dirigeait l’armée du Hunan et était responsable de toute la gestion financière.  (Image : wikimedia / Edward H. Cree / CC0 1.0)
Le grand-père de Nie Yuntai dirigeait l’armée du Hunan et était responsable de toute la gestion financière.  (Image : wikimedia / Edward H. Cree / CC0 1.0)
 

À la fin de la dynastie Qing, certaines des familles importantes qui régissaient les affaires civiles et militaires étaient très riches, leur fortune surpassant de loin celle de Zeng Guofan, le grand-père maternel de Nie Yuntai. Cependant, à l’époque de la République de Chine, plusieurs de ces grandes familles avaient déjà périclité. En trois générations seulement leurs richesses s’étaient volatilisées. Par ailleurs, bien que détenant le pouvoir, la famille de Nie Yuntai refusait de gagner de l’argent pour elle-même et de ce fait a dû également faire face à d’importants bouleversements. Nie Yuntai a publié ses réflexions sur ces questions dans un livre intitulé : Comment préserver la richesse (保富法).

Le commandant en chef s’engage à ne pas prendre d’argent pour sa famille

Dans son livre, Nie Yuntai a mentionné que son grand-père maternel était au pouvoir depuis 20 ans, et qu’il lui aurait donc été facile, en profitant de sa position, d’accumuler de l’argent pour sa propre famille. En tant que commandant suprême de l’armée du Hunan, Zeng Guofan avait un contrôle financier absolu. La cour impériale avait la gestion des dépenses militaires de l’armée du Hunan, et ces fonds étaient à sa disposition. Selon les statistiques, depuis la création de l’armée du Hunan, de la troisième année du règne de l’empereur Xianfeng, jusqu’à la fin de la seconde guerre de l’opium, Zeng Guofan a signé des contrats militaires d’une valeur d’environ 1,5 millions kg d’argent. Il lui aurait été facile d’accumuler une immense richesse seulement en en prélevant un peu.

Lorsque Zeng Guofan commandait l’armée du Hunan, la somme d’argent qu’il envoyait chez lui était inférieure à celle de son précédent salaire de fonctionnaire à Pékin, et parfois même il n’envoyait rien du tout. Zeng Guofan a un jour prêté serment à son état-major : « Je ne prendrai jamais d’argent provenant de l’armée pour l’envoyer chez moi. » À cette époque, la plupart des généraux et des fonctionnaires qui l’entouraient avaient également les mains propres, et leur bonne conduite bénéficiait aux gens, à tous points de vue.

Zeng Gofan a juré à son état-major qu’il ne prendrait jamais d’argent de l’armée. Image : wikimedia / Xu Yang / CC0 1.0)
Zeng Gofan a juré à son état-major qu’il ne prendrait jamais d’argent de l’armée. Image : wikimedia / Xu Yang / CC0 1.0)
 

Nie Yuntai a expliqué les raisons d’un tel comportement en se basant sur une lettre de sa famille. Zeng Guofan a exprimé sa loyauté en prêtant serment, il a déclaré : « Pas de convoitise pour l’argent et pas de crainte de la mort. » Zeng Guofan n’envoyait à sa famille que le strict nécessaire pour subvenir à ses besoins en nourriture et en vêtements. L’une des raisons de ce choix était qu’il s’inquiétait des conséquences que l’argent aurait amené à sa famille. Il ne souhaitait pas la voir adopter un style de vie extravagant.

Il faisait souvent don de son salaire pour les dépenses militaires. Dans la nuit du 14 décembre, en la septième année du règne de l’empereur Xianfeng, Zeng Guofan a écrit une lettre à son frère Zeng Guoquan : « J’ai un salaire de 600 kg d’argent au Bureau du sel du Zhejiang. Un fonctionnaire du bureau est arrivé hier. Je lui ai demandé de débloquer le paiement de mon compte pour compléter ma solde militaire ».

Détenir un pouvoir financier et ne jamais prendre un coupon de sel

Zeng Guofan a mis en place le système des coupons de sel dans les ville de Huainan et de Huaibei. Le prix du coupon était bas, mais les intérêts étaient élevés. Chaque ticket de sel valait initialement 8 kilos d’argent, mais s’est ensuite vendu pour 8 000 kilos d’argent. L’intérêt sur un ticket de sel était multiplié par mille.

À cette époque, toute famille possédant un ticket de sel pouvait être qualifiée de riche. Cependant, Zeng Guofan a expressément demandé à sa famille de ne pas en prendre. Bien que la famille Zeng était sensée recevoir légalement 100 ou 200 billets de sel, Zeng Guofan a refusé de faire fortune, et n’a pas non plus souhaité que ses descendants accumulent des richesses de cette manière. Il s’inquiétait quant aux conséquences du luxe sur les générations futures.

Toute famille possédant un coupon de sel (sorte de licence) pouvait être qualifiée de riche et la famille Zeng était autorisée à en recevoir une ou deux centaines. (Image : minree / pixabay)
Toute famille possédant un coupon de sel (sorte de licence) pouvait être qualifiée de riche et la famille Zeng était autorisée à en recevoir une ou deux centaines. (Image : minree / pixabay)
 

Zeng Guofan pensait que si son fils était talentueux, il pourrait trouver sa voie même sans une carrière officielle. Si le fils était la brebis galeuse de la famille, lui laisser plus d’argent ne ferait que lui faire commettre plus de péchés et ternirait davantage la réputation de la famille.

Sous l’influence de Zeng Guofan, les descendants de la famille Zeng étaient autonomes et beaucoup d’entre eux étaient talentueux. Selon les statistiques, la famille Zeng, à commencer par Zeng Guofan, n’a pas eu de « fils prodigue » au cours des huit générations, lors des 200 dernières années. Parmi les descendants de la famille Zeng, près de 200 personnes ont reçu une éducation supérieure, et on ne compte pas moins de 240 personnes de prestige. Grâce à la sage décision de Zeng Guofan, la famille a accumulé la vertu au lieu de la richesse et, sous l’angle de cette perspective, elle est restée prospère jusqu’à aujourd’hui.

Rédacteur Swanne Vi

Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.