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Monde. La sécurité alimentaire mondiale menacée par une méga-sécheresse aux États-Unis et par le conflit en Ukraine

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Après un été historiquement chaud et sec en 2021, et une saison hivernale avec de rares chutes de neige, une grande partie des États-Unis fait face à une méga-sécheresse, menaçant la saison de croissance 2022 et la sécurité alimentaire.

Cette méga-sécheresse, qui touche le sud-ouest de l’Amérique du Nord, l’ouest des États-Unis et le nord du Mexique, serait la pire observée sur le continent depuis le Moyen Âge et elle ne montre aucun signe de ralentissement.

« Les années 2000 à 2021 ont marqué la période de 22 ans la plus sèche dans le sud-ouest de l’Amérique du Nord depuis l’an 800 de notre ère », rapporte Fox News.

Actuellement, 51,19 % de la partie continentale des États-Unis est touchée par la sécheresse et 34,95 % est considérée comme étant en situation de « sécheresse grave ». Près de 63 % de la partie continentale des États-Unis est considérée comme « anormalement sèche ».

Selon Fox Weather, des conditions plus sèches que la moyenne devraient persister « du sud de la Californie et du sud-ouest vers le centre et le sud des Plaines, ainsi que le long de la côte du Golfe vers le sud-est. »

Quelques régions devraient connaître des conditions printanières plus humides que la moyenne, notamment certaines parties du Midwest, le nord des Rocheuses et le nord-ouest du Pacifique.

Les conditions de sécheresse commencent à s’insinuer dans certaines régions qui n’étaient pas touchées auparavant. Des zones du Texas, qui ne sont actuellement pas touchées par la sécheresse, devraient connaître une sécheresse au printemps, tandis que la péninsule de Floride et le Big Bend, le sud et le sud-est de la Géorgie, certaines parties des Carolines, le New Jersey, l’est de la Pennsylvanie et la vallée de l’Hudson dans l’État de New York devraient connaître une sécheresse plus importante.

Impact sur la production alimentaire

La sécheresse a un impact dévastateur sur certaines productions céréalières aux Etats-Unis. Les stocks de maïs et de soja atteignent un niveau record.

Par exemple, la récolte de blé du Montana en 2021 a été de 100,85 millions de boisseaux, soit seulement 49 % de la moyenne décennale, selon le service national des statistiques agricoles du ministère américain de l’agriculture.

La baisse des récoltes a provoqué en partie l’envolée des prix des céréales, qui ont atteint des records, et le conflit russo-ukrainien menace de faire grimper davantage les prix.

Un producteur de blé de Fairfeild, Montana, du nom de Mitch Konen a déclaré à Agri-View, que lui et d’autres agriculteurs ont été si durement touchés par la sécheresse de 2021 qu’ils ont eu du mal à remplir les contrats sur les livres, « des contrats qui étaient censés être juste 30 % de ce qu’ils feraient dans une année normale. »

« Vous voyez des prix de 10 $ au comptant maintenant. Il n’y a probablement pas beaucoup de gens qui ont du grain entreposé à vendre parce qu’ils l’ont déjà vendu », a déclaré Mitch Konen.

La dernière fois que les prix du blé ont avoisiné ce niveau, c’était en 2008, juste avant la Grande Récession. À l’époque, les ventes de blé du Montana étaient évaluées à 1 milliard de dollars ou plus, pour la première fois dans l’histoire.

Une croissance des revenus n’est pas attendue cette fois-ci, car les agriculteurs du Montana entrent dans une deuxième année de sécheresse prolongée et ne disposent que de peu ou pas de réserves de blé.

L’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine

L’invasion de l’Ukraine par la Russie menace d’augmenter les prix mondiaux du pain, de la viande, de la bière et d’autres denrées alimentaires de base, alors que l’inflation reste un problème important dans une grande partie du monde.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le prix du blé a connu une hausse vertigineuse de 55 % la semaine précédant l’invasion russe en Ukraine.

Concernant cette hausse des prix, Scott Irwin, économiste agricole à l’université de l’Illinois, à indiqué dans un tweet : « Je suis convaincu qu’il s’agira du plus grand choc de l’offre sur les marchés céréaliers mondiaux de mon vivant. »

Pour aggraver le problème, l’Ukraine, qui est l’une des régions les plus productrices de blé au monde, a interdit l’exportation de blé, de millet, de sarrasin, de sucre, de bétail vivant, de viande et d’autres « sous-produits » du bétail dans le but de « préserver les approvisionnements à l’intérieur du pays », selon Newsweek.

Laura Veldkamp, professeur de finance et d’économie à l’école de commerce de l’université Columbia, a déclaré à Newsweek : « Qu’il y ait ou non une interdiction officielle, ces approvisionnements seraient interrompus à cause des sanctions [contre la Russie], parce que les agriculteurs [en Ukraine] ont quitté leur ferme pour se battre, parce que les agriculteurs ont besoin d’intrants comme des pièces de machines et des engrais auxquels ils auront du mal à accéder. »

« L’approvisionnement en blé sera insuffisant cette année », a-t-elle indiqué.

L’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine se fera sentir aux États-Unis ainsi qu’en Europe occidentale, mais les nations plus pauvres du Moyen-Orient, comme l’Égypte, le Liban et le Yémen, pourraient subir un impact plus dévastateur.

Arnaud Petit, directeur exécutif du Conseil international des céréales, a déclaré à l’Associated Press (AP) que certains pays pourraient être confrontés à l’insécurité alimentaire dès l’été car ils dépendent du blé ukrainien. Le Liban, par exemple, dépend de l’Ukraine pour 60 % de son approvisionnement en blé et les produits de boulangerie sont une denrée de base pour la population du pays.

Il n’y a pas que des mauvaises nouvelles

Selon le ministère américain de l’agriculture (USDA), « l’augmentation des superficies cultivées et des rendements du maïs et du soja a conduit à une production record de soja et à une production quasi record de maïs » en 2021.

Les producteurs de maïs américains ont produit 15,1 milliards de boisseaux en 2021, soit 7 % de plus qu’en 2020, ce qui représente le deuxième rendement le plus élevé jamais enregistré.

La production de soja a également atteint des sommets en 2021, malgré la sécheresse. « La production de soja pour 2021 a atteint un niveau record de 4,44 milliards de boisseaux, soit une hausse de 5 % par rapport à 2020. Avec des rendements records dans 21 États, le rendement moyen du soja est estimé à 51,4 boisseaux par acre, soit 0,4 boisseau de plus qu’en 2020 et le deuxième plus élevé jamais enregistré », a écrit l’USDA dans un communiqué.

La quantité de maïs stockée aux États-Unis au 1er décembre 2021 était supérieure de 3 % à celle enregistrée au 1er décembre 2020 et les stocks de soja en hausse de 7 %, « tous les stocks de blé étaient en baisse de 18 % par rapport à l’année précédente. »

La production ukrainienne du maïs a également connu une embellie, cependant l’acheminement des récoltes vers le marché dans les circonstances actuelles pourrait s’avérer difficile.

Selon AgFlow, l’Ukraine enregistrait des rendements de maïs record avant la guerre.

L’Ukraine ne représentait qu’1 % de la production mondiale de maïs au début du siècle, mais elle produit aujourd’hui plus de 17 % des stocks mondiaux de maïs, ce qui fait du pays le quatrième exportateur mondial de maïs.

Cependant, selon ING, « la saison des semis de printemps est à nos portes, et si le conflit actuel se poursuit jusqu’à la fin du printemps, il est difficile de ne pas voir un impact important à la baisse sur les semis de maïs pour la saison 2022/23. »

Rédacteur Fetty Adler
Collaboration Jo Ann

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