Press "Enter" to skip to content

Nutrition. Les vertus médicinales des champignons dans le traitement et la prévention du cancer

SANTÉ > Nutrition

Si votre palette de champignons se limite aux champignons de Paris et aux portabellos, vous passez à côté d’une multitude de délices, de vitamines et de minéraux. En plus d’être une source importante de protéines et de vitamines B pour les végétariens, les champignons contiennent également des composés propices à la prévention et au traitement du cancer.

Les champignons ont connu un regain d’intérêt dans la recherche sur le cancer ces derniers temps, des études concluant que consommer davantage de champignons réduit le risque de cancer.

Le champignon n’est ni un animal, ni un végétal : il forme un règne à part que l’on appelle le règne fongique, un ordre d’organismes qui digèrent généralement leur nourriture de manière externe grâce au mycélium, de loin la partie la plus importante de l’organisme. On dit que le mycélium constitue 80 % du sol de la Terre. Comparé au fruit, le champignon a une structure de reproduction fongique dont les « graines » sont des spores microscopiques, produites par millions, situés sur la face inférieure du chapeau.

Histoire

On pense que l’utilisation des champignons remonte probablement aux temps les plus reculés. Des preuves archéologiques suggèrent que les champignons étaient utilisés dès 10 000 ans av. J.-C. à des fins spirituelles. Au IVe siècle av. J.-C., Aristote a mentionné dans ses écrits la cueillette de champignons, tout comme Pline l’Ancien au siècle de notre ère. Selon Cynthia Bertelsen, dans son livre Mushroom : A Global History (Champignon : Une Histoire Mondiale), le shiitake a été le premier champignon à être cultivé en Chine et au Japon dans les années 600. La première mention du champignon en Amérique, remonterait aux années 1820, dans une recette du livre de cuisine The Virginia Housewife (La Femme au Foyer de Virginie).

Tout au long de l’histoire, l’homme a utilisé les champignons à des fins médicinales. Les propriétés que nous reconnaissons aujourd’hui comme des stimulants du système immunitaire étaient utilisées dans le traitement de diverses maladies, y compris le cancer. L’extrait de reishi est bien connu pour ses propriétés aptes à renforcer le système immunitaire.

Les vertus médicinales des champignons dans le traitement et la prévention du cancer
L’amanite tue-mouches, ou Amanita muscaria, est un champignon hallucinogène, considéré comme toxique. (Image : pixels / CC0)

Dans différentes cultures, les champignons hallucinogènes ou « magiques » étaient utilisés à des fins religieuses, cérémonielles, spirituelles ou rituelles. Les propriétés psychoactives de ces champignons sont dues à un principe actif psychédélique naturel, la psilocybine. Un autre champignon, l’Amanita muscaria, (amanite tue-mouches) tire ses propriétés psychoactives des neurotoxines muscimol et acide iboténique. Cet emblématique « champignon vénéneux », est classé comme toxique, bien qu’il ait rarement causé la mort d’un être humain.

Les sculptures et les œuvres d’art mayas et aztèques datant d’il y a plusieurs centaines d’années, décrivent l’usage de champignons hallucinogènes. Dans les années 1950, l’ethnomycologue R. Gordon Watson a exploré et expérimenté d’anciens rituels de champignons magiques dans le sud du Mexique, ce qui l’a amené à proclamer que « les champignons psychédéliques ont été le catalyseur des progrès de l’humanité en matière de langage et de religion ». Son livre Seeking the Magic Mushroom (A la Recherche du Champignon Magique) a certainement été le catalyseur de l’utilisation généralisée des drogues psychédéliques.

Après que les chimistes Albert Hofmann et Roger Heim se soient intéressés au livre de Gordon Watson et aient découvert l’importance des psychédéliques dans de nombreux rituels, ils ont rapidement isolé les composés trouvés dans les champignons magiques et les ont synthétisés sous forme de médicaments.

La consommation de drogues psychédéliques est montée en flèche dans les années 60, conduisant à la « guerre contre la drogue » du président Nixon, qui a rendu ces substances illégales. Des chercheurs de l’université Johns Hopkins ont récemment découvert que le composé actif qu’est la psilocybine peut traiter efficacement la dépression, l’anxiété et la dépendance au tabac, et ont donc demandé que cette drogue soit reclassifiée.

Les vertus médicinales des champignons dans le traitement et la prévention du cancer
Le charbon du maïs, ou huitlacoche, est considéré comme un mets délicat au Mexique, tandis qu’ailleurs, l’infection fongique des grains de maïs est largement traitée comme une maladie à éradiquer. (Image : wikimedia / Jamain / CC BY-SA 3.0)

Valeur nutritionnelle

La plupart des champignons sont riches en vitamines B12, B3, B5 (riboflavine, niacine, acide pantothénique) et C. Ils contiennent également des minéraux comme le cuivre, le sélénium, le phosphore, le potassium, des protéines et du fer, des fibres et de l’acide folique. L’huitlacoche, ou charbon de maïs, est un champignon grumeleux d’aspect fuligineux qui se développe à l’intérieur d’un épi de maïs. Ce champignon unique est décidément plus nutritif que son hôte, la céréale.

Le champignon de Paris commun, qui appartient au genre Agaricus, contient de l’agartine, un agent cancérigène. Pour cette raison, de nombreux mycologues recommandent de le cuire avant de le consommer. Ce composé est facilement désactivé par la chaleur et le froid (températures de congélation). Il s’oxyde également rapidement lors du stockage, il n’est donc pas nécessaire d’éviter ce trésor nutritionnel.

Selon le journal Science Direct, sur les quelque 50 000 espèces différentes de champignons, seules 1 ou 2 % d’entre elles sont toxiques, et une douzaine seulement s’avèrent être mortelles. Le nombre de champignons reconnus comme comestibles et médicinaux se monte à 2 300 et leur utilité ne cesse de croître. Certaines espèces sont connues pour consommer du plastique ou du polyuréthane, réduisant ainsi les déchets et les transformant en source de nourriture.

Prévention et traitement du cancer

Alors que certains champignons sont utilisés spécifiquement depuis des décennies dans le traitement du cancer et la réduction des tumeurs, des études récentes montrent que consommer davantage de champignons, en général, peut être un moyen efficace pour prévenir le cancer. Après avoir examiné 17 études réalisées entre 1966 et 2020 et portant sur 19 500 patients atteints de cancer, les chercheurs de Penn State ont constaté que la consommation d’aussi peu que ¼ de tasse de champignons par jour réduisait de 45 % le risque de développer un cancer et plus spécifiquement le cancer du sein.

« Globalement, ces résultats fournissent des preuves importantes des effets protecteurs des champignons contre le cancer », a déclaré le professeur John Richie, auteur de l’étude.

Les composés bioactifs et les micronutriments présents dans les champignons, ainsi que les vitamines et les minéraux susmentionnés, sont considérés comme faisant partie intégrante d’un régime alimentaire sain, tandis que les antioxydants sont essentiels à la prévention des maladies. En particulier, deux antioxydants soufrés, le glutathion et l’ergothionéine, favorisent un vieillissement en bonne santé et protègent contre les maladies chroniques.

Les vertus médicinales des champignons dans le traitement et la prévention du cancer
Culture de champignons shiitake. Ce champignon apprécié aussi bien pour ses vertus culinaires que médicinales est l’un des champignons les plus faciles à cultiver à la maison. (Image : Edsel L / Flickr / CC BY-SA 2.0)

« Les champignons sont la source alimentaire la plus élevée d’ergothionéine, qui est un antioxydant et un protecteur cellulaire unique et puissant. La reconstitution des antioxydants dans l’organisme peut contribuer à protéger contre le stress oxydatif et à réduire le risque de cancer », a déclaré le coauteur de l’étude, Djibril Ba, étudiant diplômé de Penn State.

Tous les champignons ne sont pas égaux en termes de composés anticancéreux. Les niveaux d’ergothionéine et de glutathion varient selon les espèces, ce qui rend certains champignons plus efficaces que d’autres pour réduire le risque de cancer, même si l’on peut tirer profit de la consommation de presque tous les champignons comestibles. Le directeur du Penn State Center for Plant and Mushroom Products for Health (Centre des Produits Végétaux et Champignons pour la Santé), Robert Beelman, également coauteur de l’étude, a déclaré : « ce que nous avons découvert, c’est que, sans aucun doute, les champignons sont la source alimentaire la plus importante de ces deux antioxydants pris ensemble, et que certaines espèces en sont vraiment remplies. »

Des espèces spécifiques

L’étude de Penn State a révélé que les champignons shiitake, maitake et pleurotes contenaient des quantités élevées d’ergothionéine et de glutathion. cependant, le cèpe (Boletus edulis), a été désigné comme le champignon contenant la quantité la plus élevée des deux antioxydants. Health Fitness Revolution (Revolution de la Forme Physique) a dressé la liste des « dix champignons les plus sains » dans un rapport de 2018. Beaucoup d’entre eux affichaient des propriétés anti-cancer.

Le reishi, ou lingzhi (靈芝) en chinois, offre des avantages stupéfiants pour la santé. En plus d’être antibactérien, antiviral et antifongique, les polysaccharides uniques qui stimulent le système immunitaire confèrent à ce champignon la réputation d’ancien symbole de longévité. Les phytonutriments principaux du reishi appartiennent à la catégorie des triterpénoides, notamment des lanostanoïdes. Les plus connus sont les acides ganodériques et lucidéniques qui inhibent la croissance des cellules cancéreuses.

Le shiitake, étonnamment riche en vitamine D, contient aussi un composé antitumoral appelé lentinan. C’est l’un des champignons les plus faciles à cultiver à la maison, il est aussi délicieux que nutritif.

Les pleurotes, qui constituent une grande famille de champignons comprenant plus de 200 espèces, sont thérapeutiques et exercent un rôle préventif sur le cancer du sein et du côlon. Plus précisément, la consommation d’extraits ce champignon sous forme de thé ou d’alcool s’est avérée bénéfique.

Le champignon de Paris, le champignon le plus utilisé en cuisine, s’est avéré efficace dans la prévention du cancer du sein et du côlon chez les humains et les animaux.

Les vertus médicinales des champignons dans le traitement et la prévention du cancer
Le maitake, qui signifie en japonais « champignon dansant », tire son nom du fait que les personnes qui trouvaient ce champignon rare et comestible au pied des ormes, des chênes et des érables étaient si heureuses qu’elles dansaient. (Image: Wendell Smith / Flickr / CC BY 2.0)

Le maitake, particulièrement utile pour contrôler le diabète, est également un puissant stimulant immunitaire aux propriétés anticancéreuses. On dit qu’une demi-tasse de maitake par jour « débarrasse le système » des cellules anormales et libère des cellules tueuses qui attaquent les cellules malignes.

Le shimeji présente des niveaux élevés de bêta-glucanes, qui aident à combattre l’asthme et à stimuler la capacité de guérison du système immunitaire. Selon l’Institut national du cancer du Japon, les bêta-glucanes peuvent également retarder et détruire les tumeurs en croissance.

La plupart de ces champignons peuvent être trouvés dans les magasins d’alimentation naturelle ou les épiceries asiatiques, et tous peuvent être consommés et appréciés sans effets secondaires dangereux, contrairement à tout traitement conventionnel contre le cancer. Alors, ajoutez un peu de ces trésors que vous offre la terre à votre alimentation dès aujourd’hui, et votre corps vous en remerciera demain.

Traduit par Fetty Adler

Version en anglais : The ‘Magic’ of Mushrooms – Nutritional, Medicinal Value Extends to Cancer Prevention