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Monde. Pertes, gains et conséquences durables de la guerre Iran-États-Unis

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Des experts analysent comment la guerre Iran-États-Unis redéfinit la diplomatie, la sécurité énergétique et l’équilibre des pouvoirs mondiaux, au-delà des champs de bataille.

La guerre Iran-États-Unis est de plus en plus définie par ses conséquences économiques et géopolitiques, autant que par son issue militaire. Si Washington et Téhéran continuent de revendiquer la victoire dans ce conflit toujours latent, les semaines de combats ont perturbé les économies, les marchés de l’énergie et la diplomatie bien au-delà des zones de conflit.

Selon Euronews, la région du Golfe a subi à elle seule des pertes de 584 millions de dollars (515 millions d’euros) par jour durant la première semaine de la guerre, en raison des fermetures d’espace aérien et des perturbations du tourisme et des activités commerciales.

Alors que le conflit s’oriente vers des négociations, son impact à long terme sera probablement mesuré non seulement par les gains et les pertes sur le champ de bataille, mais aussi par la capacité de chaque camp à résister aux pressions, à façonner le règlement d’après-guerre et à influencer l’évolution de l’ordre sécuritaire régional.

L’opération Epic Fury a coûté aux États-Unis environ un milliard de dollars (876, 920 millions d’euros) par jour, selon Deutsche Welle. Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) a indiqué que la guerre avait coûté 11,3 milliards de dollars (9, 648 milliards d’euros) aux États-Unis au sixième jour et 16,5 milliards de dollars ( 14, 472 milliards d’euros) au douzième jour. Le coût cumulé de l’opération à la mi-juin atteignait 113,3 milliards de dollars ( 99, 378 milliards d’euros), selon l’Iran War Cost Tracker.

« Le président Donald Trump pensait que la guerre serait de courte durée et que les mollahs capituleraient rapidement après la décapitation de leurs dirigeants. Ce ne fut pas le cas », a déclaré le Dr Joseph A. Kéchichian, chercheur principal au Centre de recherche et d’études islamiques du roi Faisal à Riyad, en Arabie saoudite, à Vision Times.

Conflit régional, coûts mondiaux

L’Iran a riposté à l’opération Epic Fury des États-Unis et à l’opération Roaring Lion d’Israël en lançant plus de 7 000 missiles et drones sur les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) abritant des installations militaires et diplomatiques américaines, notamment des infrastructures énergétiques stratégiques, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et des centres urbains. Les États-Unis ont dénombré 13 soldats tués durant ce conflit, tandis que 20 à 25 civils ont péri lors des frappes de représailles iraniennes dans la région du Golfe.

Dans une analyse publiée par Manara Magazine, organe de presse du Cambridge Middle East and North Africa Forum (MENAF), l’analyste John Calabrese a écrit que les États du CCG avaient passé des années à tenter d’empêcher la « régionalisation du conflit », pour finalement constater que celle-ci « se produisait à grande échelle » en raison de l’opération Epic Fury.

« Malheureusement, les monarchies arabes du Golfe ont été prises dans le tourbillon régional, tandis que l’Iran a perdu toute l’empathie que les peuples de la péninsule arabique pouvaient avoir envers leurs voisins musulmans », a déclaré Dr. Kéchichian.

Les pertes ne se sont pas limitées aux pays du Golfe. Elles se sont étendues jusqu’à l’Indo-Pacifique et aux Amériques, où les prix de l’énergie à la consommation ont augmenté de 8 % au Japon. Au Brésil, les prix du diesel et de l’essence ont grimpé de plus de 20 %, ceux du kérosène ont doublé et l’inflation a atteint 0,88 % pour le seul mois de mars.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Fonds monétaire international (FMI) et le Groupe de la Banque mondiale ont déclaré dans un communiqué conjoint le 14 avril que l’impact de la guerre avait été « très asymétrique, touchant de manière disproportionnée les importateurs d’énergie, en particulier les pays à faible revenu ». Les effets se sont également fait sentir au Pakistan, médiateur dans les négociations de paix, où l’inflation a progressé régulièrement, passant de 7,3 % en mars à 10,9 % en avril, avant d’atteindre 11,7 % en mai, selon Bloomberg.

Selon la déclaration conjointe, le choc provoqué par la guerre a également fait grimper les prix mondiaux des engrais, suscitant des inquiétudes quant à la sécurité alimentaire et une hausse du chômage à l’échelle mondiale. Le coût cumulé de la guerre entre les États-Unis et l’Iran a été supporté par le monde entier, dont la plupart des pays n’ont joué aucun rôle dans le déclenchement de l’opération Epic Fury.

« Pour le reste du monde, un nouveau chapitre s’ouvre, qui a affaibli les États-Unis aux yeux de leurs alliés comme de leurs adversaires et, il ne faut pas l’oublier, a mis en lumière le fait que les conflits entre grandes puissances et petits pays en développement ne sont plus une fatalité », a déclaré Dr. Kéchichian.

Guerre Iran-États-Unis : qui a tenu bon ?

Les États-Unis et l’Iran ont tous deux revendiqué la victoire dans cette guerre, qui n’est pourtant pas encore définitivement terminée, les deux camps ayant mené des frappes supplémentaires après le fragile accord de paix du 17 juin.

Le président américain Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises que l’opération Epic Fury avait atteint ses objectifs militaires en détruisant l’infrastructure militaire iranienne.

« C’est une victoire pour les États-Unis d’Amérique, rendue possible grâce au président et à nos formidables forces armées », avait déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, le 8 avril, dans un communiqué annonçant que l’Iran avait accepté un cessez-le-feu et la réouverture du détroit d’Ormuz, tandis que l’administration Trump œuvrait à un accord de paix plus large.

La Maison Blanche a maintes fois articulé son récit de la victoire autour du concept de « Paix par la force ». Parallèlement, le général Dan Caine, chef d’état-major des armées iraniennes, a déclaré le 8 avril que l’opération Epic Fury avait été un succès car elle avait atteint trois objectifs militaires « distincts » : « Détruire les capacités balistiques et de drones de l’Iran, détruire sa marine et anéantir son industrie de défense afin de garantir que l’Iran ne puisse plus projeter sa puissance au-delà de ses frontières.»

Le cessez-le-feu d’avril a été marqué par des combats sporadiques qui ont persisté jusqu’à l’accord du 17 juin.

L’Iran met en avant le récit d’une victoire inattendue

Le récit de la victoire iranienne s’appuie sur des superlatifs encore plus nombreux. Les autorités soulignent que l’Iran, loin de capituler, a prolongé le conflit jusqu’à obtenir un cessez-le-feu et entamer des négociations de paix. Le premier cycle de pourparlers n’a abouti à aucune avancée majeure et les négociations sont entrées dans un second cycle, assorti d’une prolongation de 60 jours pour parvenir à un accord final.

Les déclarations de victoire ont continué de refléter la rhétorique hostile qui a caractérisé les négociations de paix de juin en Suisse. Les différends concernant les opérations israéliennes au Liban persistent, des désaccords subsistent sur l’allègement des sanctions et la vérification des installations nucléaires iraniennes, et les tensions ont été exacerbées par le retrait temporaire de la délégation iranienne suite aux menaces proférées par Donald Trump. Des signes de désaccord étaient également visibles lors d’une séance photo conjointe et par le refus de la délégation iranienne de serrer la main au début des pourparlers.

Après que les États-Unis et l’Iran ont déclaré la fin des hostilités au début du mois, les responsables iraniens ont proclamé leurs « grandes victoires » le 15 juin sur les plans politique et diplomatique et n’ont pas qualifié le résultat de compromis, selon Arab News.

« L’ennemi qui avait attaqué pour réaliser ses objectifs maléfiques a été vaincu dans tous ses objectifs et la République islamique d’Iran a remporté de grandes victoires dans la guerre », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, dans des propos diffusés à la télévision d’État.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré qu’une « fin permanente et immédiate de la guerre » avait été déclarée sur tous les fronts, y compris au Liban, et que les opérations militaires cesseraient dès ce jour.

Malgré le délai de 60 jours accordé pour parvenir à un accord définitif, Kazem Gharibabadi a maintenu que l’Iran se réservait le droit de suivre sa propre voie en cas de « violations de l’autre camp ».

La télévision d’État iranienne, IRIB, a présenté le cessez-le-feu comme le fruit de la pression militaire exercée par Téhéran, affirmant que les forces iraniennes avaient imposé leur « volonté divine et de fer » à ce qu’elle qualifiait d’« ennemis américains et sionistes ».

La bataille au-delà du champ de bataille

Cette confrontation de récits autour de la victoire s’explique en grande partie par le fait que, malgré l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei le 28 février, la théocratie demeure intacte et l’appareil administratif de l’État continue de fonctionner, bien que sous tension. Dr. Kéchichian a qualifié cette situation d’erreur d’appréciation des États-Unis.

« La guerre contre l’Iran a été une erreur stratégique de l’administration Trump, qui n’est pas parvenue à renverser les mollahs. Au contraire, on pourrait affirmer que Téhéran est parvenu à " anéantir " ses opposants internes en renforçant ses arguments nationalistes pour défendre le pays et, bien sûr, en se maintenant au pouvoir », a-t-il déclaré.

Dans le contexte de la crise économique mondiale engendrée par la guerre contre l’Iran, une question se pose : la reconstruction est-elle la seule préoccupation de l’Iran ou le conflit a-t-il irrémédiablement transformé le monde ? Comment la communauté internationale doit-elle appréhender la reconstruction après cette guerre d’une violence inouïe ?

En raison des représailles iraniennes, cette question résonne particulièrement fort dans la région du Golfe. Calabrese y voit la mise en lumière d’une grave vulnérabilité inhérente au modèle économique du Golfe.

« La transformation économique du Golfe – son positionnement en tant que plaque tournante stable pour les capitaux, la logistique et les talents internationaux – reposait sur la prévisibilité. Cette hypothèse a été considérablement fragilisée », écrit John Calabrese.

« Les perturbations des infrastructures énergétiques et des voies d’exportation ne sont pas de simples chocs de prix. Elles représentent une réévaluation du risque géopolitique inhérent au modèle économique du Golfe. »

Reconstruction et réalignements géopolitiques

Selon l’analyste John Calabrese, cet affaiblissement du modèle se répercute directement sur le domaine nucléaire et se manifeste également lors des négociations.

« La perte de crédibilité des engagements américains – tant en matière de garanties de sécurité que d’assurances diplomatiques – complique la négociation de contraintes sur les programmes stratégiques des adversaires », a-t-il précisé.

Ainsi, lors des négociations de paix en Suisse, lorsque les États-Unis ont annoncé la levée des sanctions pétrolières contre l’Iran, des gains sont apparus non seulement pour l’Iran, mais aussi pour l’ensemble de la région du Golfe et l’économie mondiale.

De son côté, Dr. Kéchichian attribue à Donald Trump le mérite d’avoir reconnu ce « nœud du problème ». « Le président américain a finalement admis que le moteur économique mondial avait été affecté négativement par sa guerre mal préparée, qui a dévasté de nombreuses économies, y compris celle des États-Unis et de la plupart de ses partenaires. La levée des sanctions pétrolières aidera donc l’Iran, mais, tout aussi important, elle aidera tous les autres », a-t-il affirmé.

Les pays européens, dont le Royaume-Uni, la France, l’Italie et l’Allemagne, ont qualifié les négociations d’« opportunité unique de rétablir la stabilité régionale et de stabiliser l’économie mondiale ». L’Inde a salué l’accord, tandis que la Chine n’a pas encore publié de déclaration officielle. Cependant, selon un rapport de Reuters, les raffineries d’État chinoises envisagent de reprendre leurs importations de pétrole iranien.

Dr. Kéchichian a déclaré que la réduction des tensions dans le détroit d’Ormuz entraînerait une nouvelle baisse des prix du pétrole et du gaz, même si ce processus pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Dans ce contexte, alors que les négociations de paix établissent le cadre de la reconstruction et de la redéfinition de la géopolitique régionale et mondiale, Dr. Kéchichian a affirmé que, malgré les lourdes pertes subies pendant la guerre, l’Iran a réalisé d’importants gains géopolitiques, notamment grâce à l’évolution du paysage stratégique du détroit d’Ormuz.

« Dans ces circonstances, la principale conséquence géopolitique réside dans la valeur ajoutée pour l’Iran (pays stratégiquement bien placé) et le Sultanat d’Oman (par lequel transitait autrefois la majeure partie du trafic maritime entrant et sortant du Golfe, et qui pourrait le redevenir une fois le déminage effectué), ce qui souligne leur rôle fondamental dans la garantie de la sécurité régionale », a déclaré Dr. Kéchichian.

Concernant la reconstruction de l’Iran ravagé par la guerre, l’administration Trump offre également, indirectement, des opportunités aux acteurs extérieurs au conflit direct, à travers son projet de « fonds de reconstruction et de développement » pour l’Iran.

Ce « fonds de reconstruction et de développement » de 300 milliards de dollars ( 263, 262 milliards d’euros), proposé par les États-Unis, n’impliquerait aucun versement direct du gouvernement américain à l’Iran. Reuters a rapporté que ce fonds est conçu comme un véhicule d’investissement du secteur privé, soutenu par des entreprises des États-Unis, des pays arabes du Golfe, d’Asie et d’autres régions. Selon des responsables américains, ce fonds ne contiendrait aucun argent provenant des contribuables américains.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : The Losses, Gains, and Lasting Consequences of the US-Iran War

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