Le 7 octobre, le Parlement européen a adopté à une large majorité, un rapport sur les relations politiques Union Européenne (UE)-Chine, appelant à des mesures plus fermes contre Pékin en raison de pratiques commerciales déloyales, d’espionnage, du soutien à la guerre menée par la Russie en Ukraine et des tensions croissantes dans le détroit de Taïwan.
Les députés ont approuvé le rapport par 454 voix contre 86, avec 110 abstentions. La résolution précise que les relations entre l’Union européenne et la Chine ont atteint un « point critique », citant les politiques économiques et les activités géopolitiques de Pékin. Bien que la résolution ne modifie pas directement la politique de l’UE, elle témoigne de la pression croissante au sein du bloc pour faire face au Parti communiste chinois (PCC), selon Euronews.
La résolution appelle à des garanties économiques renforcées, à une réduction de la dépendance aux minéraux critiques chinois et à une coopération sécuritaire plus étroite avec les partenaires démocratiques de la région indo-pacifique.
Le lobbying de Pékin ne parvient pas à infléchir la position du Parlement européen
Le South China Morning Posta rapporté que Pékin avait consacré des ressources considérables, pour faire pression sur les parlementaires européens, afin de modérer la position du Parlement à l’égard de la Chine.
Les relations semblaient s’améliorer quelque peu en 2025, avec la reprise des échanges entre responsables européens et chinois et la levée par Pékin des sanctions imposées à certains parlementaires européens. Cependant, les inquiétudes concernant l’espionnage chinois, la surcapacité industrielle et les relations entre Pékin et Moscou continuaient de peser sur les relations bilatérales.
La députée belge Hilde Vautmans, auteur du rapport, a soutenu lors des débats parlementaires que la Chine avait maintes fois mis à l’épreuve les limites du droit international.
« Ce Parlement peut envoyer un message clair : plus de dumping, plus d’espionnage, et place à une concurrence loyale », a déclaré Mme Vautmans, selon le compte rendu initial du débat.
Les registres de transparence officiels du Parlement européen montrent que Mme Vautmans a tenu de nombreuses réunions avec des représentants de la Chine, de Taïwan et d’organisations de défense des droits humains pendant la rédaction du rapport.
Malgré les efforts diplomatiques, les parlementaires ont maintenu la désignation de la Chine comme « rival systémique », renforçant ainsi une approche de plus en plus conflictuelle à l’égard de Pékin.
L’UE envisage des contre-mesures concernant les terres rares et la surcapacité industrielle
La position dominante de la Chine sur les matières premières critiques, notamment les terres rares essentielles aux industries automobiles, de défense et d’énergies propres européennes, constitue une préoccupation majeure de la résolution.
Les parlementaires ont exhorté la Commission européenne et les États membres de l’UE à envisager d’activer l’instrument anti-coercition de l’Union si Pékin tente d’exploiter la dépendance de l’Europe aux approvisionnements chinois à des fins de pression politique ou économique.
En avril 2025, la Chine avait imposé des restrictions à l’exportation sur plusieurs terres rares, perturbant les chaînes d’approvisionnement internationales. Le Parlement européen avait déjà condamné ces restrictions, soulignant que la position dominante de Pékin dans la transformation des terres rares lui conférait un important pouvoir de négociation économique.
Le dernier rapport met également en garde contre la menace que représente la surcapacité industrielle chinoise pour les fabricants européens, notamment dans le secteur des véhicules électriques.
Le vote a coïncidé avec la visite à Pékin du commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, pour des négociations visant à réduire le déficit commercial croissant de l’UE avec la Chine. Selon Reuters, ce déficit dépasse désormais 1 milliard d’euros par jour, accentuant les inquiétudes concernant l’emploi et la compétitivité industrielle en Europe.
L’Allemagne et la France ont également proposé des mesures de défense commerciale renforcées. Le Financial Timesa indiqué que les deux pays plaident pour un mécanisme permettant de restreindre rapidement l’accès au marché de l’UE lorsque des gouvernements étrangers utilisent des chaînes d’approvisionnement critiques comme moyen de pression économique.
Le Parlement européen accuse la Chine de soutenir la guerre menée par la Russie
La résolution critique également vivement le soutien de Pékin à Moscou, qualifiant la Chine de « facteur déterminant » de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Selon Euronews, les parlementaires ont cité le soutien diplomatique et l’aide matérielle apportés par la Chine au complexe militaro-industriel russe comme preuves du rôle de Pékin dans le maintien du conflit.
La note d’information du Parlement européen de septembre identifiait également la Chine comme un important fournisseur de biens à double usage, notamment de composants utilisés dans les armes et les drones russes.
Pékin a rejeté à plusieurs reprises les accusations de soutien à la campagne militaire russe, affirmant sa neutralité dans le conflit et arguant que ses relations commerciales avec Moscou relèvent d’un commerce légitime.
Les parlementaires réclament un renforcement de la présence navale près de Taïwan
Le rapport adopté appelle également à une coopération sécuritaire plus étroite entre l’UE et ses partenaires démocratiques de la région indo-pacifique, notamment par le maintien d’une présence navale européenne et la tenue d’exercices militaires conjoints dans le détroit de Taïwan et ses environs.
Le South China Morning Posta indiqué que cette recommandation figurait parmi les dispositions sécuritaires les plus importantes de la résolution, témoignant de l’inquiétude croissante des Européens face aux pressions militaires exercées par Pékin sur Taïwan.
Le PCC revendique la souveraineté sur Taïwan, île autonome, et n’a jamais renoncé au recours à la force pour la placer sous son contrôle.
Le Parlement européen a souligné à plusieurs reprises l’importance de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan, selon sa note d’information officielle.
Bien que la résolution ne soit pas juridiquement contraignante, son adoption indique un soutien croissant des parlementaires européens à une approche plus ferme à l’égard de Pékin, s’étendant au-delà des différends commerciaux pour inclure la sécurité militaire et les alliances internationales de la Chine.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : European Parliament Takes Tougher Stance on China Over Espionage, Trade and Support for Russia
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