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France. Débat enflammé au Sénat sur l’écriture inclusive : entre préservation de la langue et quête d’égalité

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Le Sénat français a récemment été le théâtre d’un débat animé portant sur l’écriture inclusive, un sujet de controverse qui divise la société.

Le 30 octobre, le Sénat a voté en faveur d’une proposition de loi présentée par Pascale Gruny, sénatrice LR de l’Aisne, visant à interdire l’utilisation de l’écriture inclusive dans tous les cas où une norme exige la rédaction de documents en français. Cette interdiction toucherait les actes juridiques (devenant nuls de plein droit), les documents publiés par des organismes publics ou privés fournissant un service public, ainsi que les modes d’emploi, les contrats de travail, les règlements internes d’entreprises, les thèses, mémoires universitaires, copies de concours ou d’examens, entre autres.

Emmanuel Macron a exprimé son désaccord envers l’écriture inclusive, en affirmant que « le français se suffit du masculin comme forme neutre, sans nécessité d’ajouter de points, des tirets ou d’autres éléments pour faciliter sa lisibilité ». (Image : svklimkin / Pixabay)

La question de l’interdiction de cette pratique a été mise aux voix au Sénat, avec 221 voix en faveur de l’interdiction contre 82 voix opposées. Ce vote s’est déroulé le jour de l’inauguration par le président Emmanuel Macron de la Cité internationale de la langue française dans le château restauré de Villers-Cotterêts, où le Président de la République a pris position en exprimant ses inquiétudes quant à la possibilité de voir la langue française céder aux tendances contemporaines. Emmanuel Macron a donc exprimé son désaccord envers l’écriture inclusive en affirmant que « le français se suffit du masculin comme forme neutre, sans nécessité d’ajouter de points, des tirets ou d’autres éléments pour faciliter sa lisibilité ».

Pour le Sénat l’écriture inclusive nuit à la langue française

Outre l’interdiction de l’écriture inclusive, le texte du Sénat cible également les « mots grammaticaux » qui sont à l’origine de néologismes, tels que « iel » (une contraction de « il » et « elle ») et « celleux » (une contraction de « celles » et « ceux »). Pascale Gruny a qualifié l’écriture inclusive de nuisible pour la langue française, la rendant illisible, imprononçable et inapte à l’enseignement, tandis que le sénateur Étienne Blanc l’a décrite comme une « idéologie mortifère ». En réponse, les sénateurs des bancs écologistes et socialistes ont exprimé leur indignation, considérant la position du Sénat comme rétrograde et réactionnaire. Ils voient dans l’écriture inclusive un moyen de progresser vers l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le Sénat a voté en faveur d’une proposition de loi présentée par Pascale Gruny, sénatrice LR de l’Aisne, visant à interdire l’utilisation de l’écriture inclusive dans tous les cas où une norme exige la rédaction de documents en français. (Image : aymane jdidi / Pixabay)

Ce débat passionné a dépassé les frontières du Sénat. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a exprimé son souhait de « protéger » la langue française contre ce qu’elle qualifie de « wokisme », dont l’écriture inclusive est une manifestation grotesque. Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise, a répondu en défendant la richesse de la langue française, affirmant qu’elle appartient à ceux qui la parlent.

La question de l’écriture inclusive, parfois appelée « écriture dite inclusive », implique des pratiques rédactionnelles et typographiques visant à mettre en avant la forme féminine des mots en substituant au masculin générique une graphie inclusive. Le débat est loin d’être clos, mais cette proposition de loi du Sénat a ravivé les discussions sur l’avenir de la langue française et le rôle de l’État dans sa régulation. La ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, en gardant une position feutrée, a souligné la nécessité de garantir l’égalité devant la langue sans pour autant imposer des mesures excessives.

Il est maintenant envisagé que le groupe LR de l’Assemblée nationale reprenne le texte dans son agenda parlementaire lors de la séance du 7 décembre prochain. Ils pourraient tirer parti de leur pouvoir de négociation, dû à l’absence d’une majorité absolue, pour éventuellement faire adopter cette proposition de loi et mettre fin à ce débat sur l’écriture inclusive, qu’ils considèrent comme une « sabir d’ultragauche » inappropriée pour la langue française.

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